A Gatumba, dans les quartiers Rusizi, Murinzi et Mahotera, la montée des eaux de la rivière Rusizi et le débordement du lac Tanganyika plongent les habitants dans une situation critique. Entre habitations détruites, avenues transformées en rivières et recrudescence de maladies liées à l’insalubrité, la population lance un cri d’alarme. Elle demande la construction urgente d’une digue pour se protéger durablement.
Depuis le mois de mars 2026, 2 384 familles de la zone Gatumba ont été affectées par la montée des eaux de la rivière Rusizi et le débordement du lac Tanganyika. Une situation qui perdure depuis près de cinq ans et suscite l’indignation des habitants contraints de vivre dans des conditions précaires.
« On nous demande de quitter les lieux. Mais, dès que la saison sèche arrive, les inondations cessent. Pourquoi ne pas plutôt envisager le curage de la rivière ainsi que la construction d’une digue ? », s’indigne Charles Niyonzima, un habitant de la zone.
Ce dernier souligne également la difficulté de quitter Gatumba, une localité qui leur permet, malgré les défis, de subvenir à leurs besoins. « Ici, le coût de la vie est relativement bas comparativement à d’autres endroits. Nous sommes une famille de six personnes et j’arrive à répondre à nos besoins sans trop de difficultés. Les revenus que je tire de la vente du poisson que je pêche suffisent à faire vivre ma famille. Me demander de partir vivre loin du lac rendrait ma vie beaucoup plus difficile », explique-t-il.
La nommée Kamariza A. partage le même constat. Selon elle, la population de cette zone se sent abandonnée par les autorités. « Le problème des inondations à Gatumba ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons même sollicité l’autorisation du gouvernement pour cotiser afin de faire venir des machines capables de curer la rivière mais sans succès. Une machine était déjà sur place et avait commencé les travaux mais ils ont été stoppés. Cela nous donne l’impression que nos dirigeants ne souhaitent pas réellement trouver une solution durable. La seule alternative qui nous est proposée est la délocalisation. »
Pour de nombreux habitants, la solution ne réside pas dans un déplacement forcé mais dans des mesures durables tels que le curage de la rivière Rusizi et la construction d’une digue afin de protéger définitivement la population contre ces inondations récurrentes.
Des maladies liées à l’insalubrité
Certaines femmes rencontrées dans le quartier Rusizi témoignent des conséquences sanitaires liées à l’insalubrité de leur environnement. Elles expliquent qu’elles contractent fréquemment des maladies infectieuses, en raison de leur exposition régulière à des eaux stagnantes qu’elles doivent traverser pour se rendre aux champs ou vaquer à leurs activités quotidiennes.
Marthe Bukuru, une femme d’une cinquantaine d’années, témoigne qu’avec ses filles, elle a réussi à construire une maison en planches surélevée au-dessus du niveau de l’eau. Malgré cette initiative, les maladies restent fréquentes.
« L’eau dans laquelle nous pataugeons est très sale. Le contenu de nos toilettes détruites s’est mêlé aux eaux de l’inondation. Ce qui favorise l’apparition de nombreuses maladies infectieuses. Les femmes, en particulier, souffrent fréquemment d’infections vaginales, des mycoses des pieds provoquant des démangeaisons, des fissures entre les orteils et parfois une mauvaise odeur. Malgré cela, nous ne pouvons pas abandonner nos parcelles. Nous gardons l’espoir que cette vie difficile changera un jour. »
Une autre femme, âgée de près de soixante ans et ayant requis l’anonymat, explique que leur attachement à cette localité s’explique par son accessibilité. Selon elle, la zone reste très praticable. Ce qui les incite à ne pas quitter les lieux malgré les difficultés rencontrées.
« Il est relativement facile de trouver un emploi dans notre zone. La proximité avec la frontière Gatumba-Kavimvira facilite également nos activités génératrices de revenus. La population d’ici est travailleuse et déterminée à gagner sa vie à la sueur de son front. Nous demander de quitter cet endroit pour aller vivre dans des sites où nous dépendons de l’aide est inacceptable pour nous. Nous habitons cette zone depuis l’époque du président Bagaza. Pourquoi aujourd’hui vient-on nous dire que Gatumba n’est pas une zone habitable ? C’est une question que je me pose souvent. D’autant plus qu’une autre partie de la zone n’a jamais été inondée. »
Une délocalisation transitoire comme solution alternative
Dieudonné Mubanda, le chef de la zone Gatumba, indique qu’après l’identification des zones inondées, le rapport établi fait état de plus de 2 384 familles touchées. Il signale qu’ils ont déjà transmis le rapport à la plateforme chargée de la gestion des inondations et des catastrophes naturelles. Il fait savoir que la plateforme a déjà sollicité une aide mais que les bailleurs et partenaires ont estimé qu’ils ne pouvaient pas intervenir tant que les populations restent dans les zones inondées. « Ils conditionnent leur appui à une délocalisation préalable des habitants vers des sites sécurisés comme Maramvya où il y a un terrain prévu pour accueillir les déplacés. »

Cet administratif rassure la population en affirmant que le gouvernement a pris des mesures pour protéger la rivière Rusizi. « Un projet de protection des rives de la rivière Rusizi est en cours. Nous ne savons pas encore quand les travaux commenceront. C’est le gouvernement qui en assure la gestion et il ne peut pas abandonner les habitants de Gatumba. »
Il fait un appel à la population : « J’invite également la population encore présente dans les zones inondées à quitter les lieux car, rester dans ces eaux comporte de nombreux risques d’autant plus que les toilettes ont été détruites par l’inondation. »







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