Depuis le 18 février 2026, se soulager dans un buisson est un délit conformément à une ordonnance conjointe signée le 9 octobre 2025 par trois ministères ayant respectivement l’intérieur, la santé publique et les finances dans leurs attributions. Des voix s’élèvent pour dénoncer son application qu’elles jugent « précipitée » au regard des mesures d’accompagnement en termes d’infrastructures et d’équipements publics qui manquent cruellement.
Un débat médiatique a été organisé le 31 mars 2026 par la Benévolencija avec la participation des politiciens et des intervenants issus de la société civile, autour de cinq thématiques dont celle en rapport avec l’hygiène et l’assainissement.
« Quid de la valeur ajoutée de l’ordonnance conjointe sur l’hygiène et la salubrité publiques », tel était le cinquième et dernier thème du débat organisé par six médias partenaires de la Benévolencija, à savoir la radiotélévision Isanganiro, la radio Bonesha FM, la radio Shima, la radio Rema FM, le journal Iwacu et le magazine Jimbere.
Fumer en public, se soulager dans les lieux publics, jeter des bouteilles en plastique par terre, … sont désormais punis par la loi du 9 octobre 2025.
« La loi qui prévoit des amendes pour ceux qui ne respectent pas les règles d’hygiène aidera à améliorer la situation. Elle n’est pas nouvelle mais, elle a été renforcée pour rappeler aux citoyens l’importance de l’hygiène et du respect d’autrui. », souligne Hamza Burikukiye de Capès+ qui est intervenu lors du débat.
Mais sur le terrain, la mise en œuvre de la mesure est problématique. Sur les routes qui serpentent les collines, une question demeure en effet sans réponse : où aller se soulager quand l’organisme n’en peut plus par exemple ?
« Lorsqu’on m’a arrêté, je me suis soulagé parce que j’en avais vraiment besoin. Il n’y avait pas de toilettes publiques à proximité », témoigne un citoyen.
Des infrastructures d’abord
Comme lui, plusieurs citoyens estiment que l’État devrait d’abord mettre en place des infrastructures adaptées avant d’appliquer des sanctions.
La question des infrastructures est donc au cœur des critiques. Pamphile Malayika ancien député, rappelle que l’ordonnance du 28 février 2026 vise à mettre en œuvre des lois déjà existantes. Il explique qu’elle s’appuie notamment sur un texte de 2018 qui réglemente l’hygiène et la salubrité au Burundi. Et pourtant, ce cadre légal prévoit la construction de toilettes publiques et d’installations de lavage dans les lieux à forte affluence tels que les marchés, les arrêts bus ou les routes, avec une distance d’au moins 500 m entre ces installations qui n’existent pas jusqu’aujourd’hui.
Selon lui, l’État aurait dû commencer par rendre ces infrastructures accessibles avant d’appliquer les sanctions prévues. Il compare cette situation à celle d’un parent qui doit d’abord donner les moyens à ses enfants avant de les punir. Il évoque également d’autres pistes pour faire respecter la loi, tout en laissant entendre que les amendes pourraient aussi répondre à un besoin de mobilisation de ressources.
La mesure est légale
Sur le plan légal, l’avocat Salvator Minani apporte un éclairage différent. Il souligne que l’ordonnance conjointe est conforme aux lois existantes, notamment le Code pénal ainsi qu’aux textes relatifs à l’environnement et à la santé publique. Il précise que les amendes prévues ne sont pas excessives et qu’elles figurent déjà dans des dispositions antérieures, y compris dans le Code de la santé publique datant de 1982. Il rappelle enfin que l’État dispose de plusieurs moyens pour assurer le respect de la loi.







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