Samedi 28 mars 2026

Politique

Émission publique des porte-paroles : le gouvernement burundais reste intransigeant sur la réouverture des frontières avec le Rwanda

28/03/2026 0
Émission publique des porte-paroles : le gouvernement burundais reste intransigeant sur la réouverture des frontières avec le Rwanda
Jerôme Niyonzima, secrétaire général et porte-parole du gouvernement (deuxième de e gauche à droite) : « Pour la réouverture des frontière, la balle est dans le camp du Rwanda »

Les porte-paroles des institutions de l’État ont répondu aux différentes questions posées par les journalistes et la population lors d’une émission publique animée ce 27 mars en province Butanyerera, commune Kayanza. Retour sur quelques-unes des réponses, même si beaucoup d’intervenants sont restés sur leur soif.

Le secrétaire général et porte-parole du gouvernement, Jérôme Niyonzima, s’est exprimé sur deux préoccupations majeures de la population : la réouverture des frontières entre le Burundi et le Rwanda, ainsi que la persistance de la pénurie de carburant.

Sur la question des relations avec le Rwanda, le ton du gouvernement reste ferme. Jérôme Niyonzima a indiqué que la réouverture des frontières n’est pas envisagée dans l’immédiat sans conditions préalables. Il a rappelé ce qu’il appelle la genèse de la brouille diplomatique entre les deux pays. « Ce sont des personnes recherchées par la justice qui sont hébergées au Rwanda. Certaines soutiennent les groupes armés qui attaquent le Burundi. »

Selon lui, le Burundi exige notamment la coopération du Rwanda dans la remise de ces personnes. « La balle est dans le camp du Rwanda », a-t-il déclaré, laissant entendre que toute avancée dépendra d’actes concrets de la partie rwandaise. Il a par ailleurs précisé qu’aucune négociation formelle n’est actuellement en cours.

Interrogé sur le point de savoir si, après dix ans d’exil, ces personnes représentent encore une menace pour le Burundi, Jérôme Niyonzima a été catégorique : « Après dix ans, la méchanceté d’une personne peut diminuer ou augmenter. C’est ce qu’on constatera si elles se sont ressaisies. »

Concernant la pénurie de carburant, le porte-parole du gouvernement a reconnu l’existence de difficultés d’approvisionnement, tout en appelant à relativiser la situation. Il a expliqué que la forte demande en carburant peut également être interprétée comme un signe d’intensification des activités économiques. Il a toutefois pointé du doigt des dysfonctionnements internes, notamment l’existence de circuits parallèles et certaines pratiques de stockage qui perturbent la distribution normale.

Jérôme Niyonzima a également tenu à rassurer la population quant à l’impact des facteurs internationaux, estimant que les tensions géopolitiques ne devraient pas affecter de manière significative l’approvisionnement du Burundi. Il a assuré que le gouvernement est à pied d’œuvre pour améliorer la situation, évoquant les efforts en cours pour renforcer les importations et mieux encadrer la distribution. Parmi les mesures mises en avant figure la publication régulière des stations-service approvisionnées afin de faciliter l’accès au carburant. En outre, le gouvernement mise sur les revenus issus du secteur minier pour soutenir l’économie et contribuer à résoudre les difficultés actuelles.

Question du « rapatriement forcé » : plus de 140 000 réfugiés concernés

Pour Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère de l’intérieur, (devant en tenue de police), le retour des réfugiés burundais de la Tanzanie n’a rien de forcé mais plutôt le résultat d’un processus convenu

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a apporté des éclaircissements sur la question du rapatriement des réfugiés burundais vivant dans les camps en Tanzanie.

Face aux préoccupations liées à des expulsions forcées, le porte-parole a adopté la ligne de défense classique du gouvernement. Il a relativisé l’idée de rapatriement forcé, laissant entendre que les retours résultent d’un processus convenu entre États. « Tout retour de réfugiés se fait sur une base volontaire. Ils bénéficient d’un accompagnement à la réintégration sociale et économique une fois au Burundi. »

Selon Pierre Nkurikiye, environ 143 000 Burundais vivent actuellement dans des camps de réfugiés en Tanzanie, notamment à Nduta et Nyarugusu. Il a indiqué que la gestion de leur retour s’inscrit dans un cadre de coopération tripartite impliquant le Burundi, la Tanzanie et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Il a expliqué que les accords initiaux prévoyaient un rythme de 3 000 rapatriements par semaine. Ce rythme s’est toutefois accéléré pour atteindre environ 9 000 retours hebdomadaires, traduisant, selon lui, une dynamique renforcée du processus. « Ce sont des Burundais qui rentrent chez eux. Nous devons les accueillir. »

Initialement, il avait été convenu que les réfugiés du camp de Nduta soient rapatriés et le camp fermé au 31 mars 2026, celui de Nyarugusu au mois de juin 2026. Cependant, lors d’une réunion tripartite tenue le 18 mars 2026, les parties prenantes ont décidé de prolonger ces échéances d’un mois supplémentaire afin de mieux organiser les opérations de retour. Pierre Nkurikiye a par ailleurs affirmé que le gouvernement burundais est prêt à accueillir tous les citoyens qui choisissent de rentrer au pays.

Le cas des réfugiés congolais

Abordant la situation des réfugiés originaires de la République démocratique du Congo présents au Burundi, il a précisé que ceux qui souhaitent retourner dans leur pays peuvent le faire, sous réserve d’un accord préalable des autorités compétentes et dans le respect des procédures en vigueur.

Un député qui sème la terreur

Les porte-paroles des institutions ont également été interpellés par plusieurs habitants de Kayanza au sujet d’accusations visant un certain Vincent Ndagijimana, présenté comme un responsable de torture, d’emprisonnement abusif et arbitraire et de menaces de mort. Ce député et homme d’affaires ayant fait fortune dans le secteur minier serait intouchable. Selon les témoignages des victimes et des proches de personnes incarcérées, il affirmerait contrôler toutes les institutions. Au moins quatre personnes ont témoigné publiquement.

Ces habitants ne comprennent pas comment un parlementaire censé les représenter peut les menacer et les maltraiter. Ils ont demandé au président de la République de leur garantir la sécurité, craignant des représailles après avoir pris la parole publiquement.

Face à ces dénonciations, Agnès Bangiricenge, porte-parole de la Cour suprême, a adopté une position mesurée : le gouvernement ne peut pas se fonder sur des accusations non vérifiées. Elle a promis des enquêtes approfondies pour prendre les mesures qui s’imposent.

Ce n’est pourtant pas la première fois que des voix s’élèvent contre les agissements de cet homme d’affaires natif de l’ancienne commune Kabarore, riche en minerais. Son nom apparaît également dans les rapports des organisations de défense des droits de l’homme comme auteur présumé de violations des droits humains.

Engrais FOMI : une question persistante sans réponses claires

La pénurie d’engrais produits par l’usine FOMI persiste au Burundi. De nombreux citoyens dénoncent une situation alarmante : bien qu’ayant déjà payé leurs engrais, certains ne sont pas servis à temps — parfois jusqu’à la fin de la saison culturale —, ce qui compromet les récoltes et la préparation de la saison suivante.

Réagissant à cette problématique lors de l’émission publique du 27 mars 2026, la porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, Nineza Douce Angélique, a d’abord reconnu l’existence de la pénurie. Elle a mis en avant un facteur central : l’augmentation significative du nombre d’agriculteurs. « L’engouement croissant des Burundais pour l’agriculture a entraîné une hausse importante des besoins en fertilisants, dépassant les capacités disponibles. Cette dynamique crée une pression accrue sur la demande en engrais, qui dépasse souvent les capacités de production et de distribution actuelles. »

Face à ce déséquilibre entre l’offre et la demande, Nineza Douce Angélique a appelé à un changement de pratiques, encourageant les agriculteurs à recourir davantage au fumier organique et à diversifier leurs sources de fertilisation pour réduire leur dépendance aux engrais industriels.

De son côté, le porte-parole du gouvernement, Jérôme Niyonzima, a également reconnu que les engrais FOMI ne suffisent pas à couvrir les besoins de l’ensemble des agriculteurs. Il a toutefois assuré que l’État poursuit ses efforts pour accroître la production et améliorer la disponibilité des fertilisants, sans donner de calendrier précis quant à une résolution de la crise.

Pénurie de médicaments reconnue, mais « en voie de résorption »

Certains habitants de Kayanza dénoncent publiquement les agissements du député Vincent Ndagijimana et demande que leur sécurité soit assurée

Face aux préoccupations liées à la pénurie de médicaments et aux difficultés dans les hôpitaux communaux, le porte-parole du ministère de la Santé, Polycarpe Ndayikeza, s’est exprimé lors de l’émission publique en reconnaissant les défis tout en se voulant rassurant.

Il a admis l’existence d’une pénurie dans plusieurs structures sanitaires, mais affirmé que des mesures concrètes sont en cours pour y remédier. Selon lui, la CAMEBU a récemment reçu les devis nécessaires pour importer les médicaments essentiels, grâce à l’appui du gouvernement burundais et de la Banque mondiale. « Le manque de médicaments se réduit. Les médicaments sont pour le moment disponibles », a-t-il assuré.

Le porte-parole est également revenu sur la situation préoccupante des hôpitaux communaux, confrontés à un déficit important en personnel de santé. Il a reconnu que ces structures souffrent d’un manque d’agents qualifiés et que certains professionnels affectés refusent d’y rester, aggravant ainsi la situation. Il a appelé les responsables sanitaires au niveau provincial et communal à renforcer les affectations dans ces établissements. « C’est vrai que ces hôpitaux ont des problèmes de personnel. Nous demandons aux responsables d’y affecter des employés », a-t-il déclaré.

Suspension des constructions : une mesure temporaire

S’agissant de la suspension des travaux de construction de certains hôpitaux communaux par l’OBUHA, Polycarpe Ndayikeza a tenu à rassurer l’opinion publique. Il a expliqué que cette décision est temporaire et vise à adapter les infrastructures au nouveau découpage administratif, marqué par une réduction du nombre de communes. Les travaux reprendront, a-t-il précisé, après des études techniques permettant de revoir les plans de construction et de les aligner sur les nouvelles exigences. « Les activités vont reprendre après des études pour adapter ces constructions aux nouvelles exigences », a-t-il conclu.

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