Lundi 23 février 2026

Société

Edition spéciale : 5 ans après la mise en place des médiateurs collinaires, des défis toujours

23/02/2026 0
Edition spéciale : 5 ans après la mise en place des médiateurs collinaires, des défis toujours
Prestation de serment des notables collinaires élus dans la zone urbaine de Nyakabiga le 22 septembre 2022

Le jeudi 12 février 2026, une Edition spéciale en synergie des médias partenaires de la Benevolencija a été organisée sur l’évaluation de l’état des lieux de l’institution des médiateurs collinaires, 5 ans après le début de ses travaux. L’institution fait face à moult défis qui méritent des solutions concrètes.

Les intervenants, la population de toutes les provinces du pays à travers des reportages, ont apporté des réponses aux questions centrales. Quelles sont les difficultés rencontrées et comment y remédier ?
En commune Rutana, province de Burunga, la population dénonce les problèmes de fonctionnement à cause du nouveau découpage administratif. La colline Rutana a été divisée en trois quartiers et deux d’entre eux se retrouvent sans médiateurs. « On constate que la répartition des médiateurs n’a pas été bien faite. Il y a des quartiers où il n’y a aucun médiateur. Cela fait que lorsqu’on a des litiges à régler, on ne sait pas vers qui se tourner. »

Sophie Ndazigimana, cheffe de la zone Rutana, reconnaît ce problème. Elle indique qu’en attendant l’élection de nouveaux médiateurs, l’équipe qui prestait sur la colline Rutana continue à jouer pleinement son rôle. Elle ajoute que les procédures de l’élection de nouveaux médiateurs suivant le nouveau découpage administratif sont déjà envisagées.

Une prime insuffisante et irrégulière

En province de Gitega, commune Gitega, sur la colline Songa, la population salue le travail des médiateurs collinaires. Elle souligne qu’ils travaillent avec neutralité. La nommée Niragira est satisfaite de son procès qui avait duré 18 ans dans différentes juridictions sans être clôturé. Le litige a été résolu par les médiateurs collinaires de Songa. Ce procès a commencé dans des juridictions de Gitega puis transféré à Bujumbura avant de retourner à Gitega.

Les habitants de Songa soulignent que les médiateurs rencontrent beaucoup de défis notamment une rémunération insuffisante et des problèmes de déplacement. Ils demandent que la rémunération des médiateurs collinaires soit revue à la hausse et qu’on leur octroie des moyens de déplacement.

En province de Bujumbura, le manque de locaux ainsi que la prime minime qui leur est destinée figurent parmi les principaux défis rencontrés par les médiateurs collinaires des différents quartiers de la ville de Bujumbura.

La plupart d’entre eux exercent des fonctions dans des salles de classe ou dans des bâtiments destinés à d’autres activités. « Nous n’avons pas de locaux propres à nous où nous pouvons travailler sans aucune perturbation. On nous prête une salle de classe pour exercer notre travail. », indique un médiateur dans le quartier Jabe.
Il dit que la somme de 33 000 francs burundais par trimestre n’est pas proportionnelle à la tâche qui leur est assignée.

Encore que cette indemnité tarde à leur parvenir

« Nous demandons que cette indemnité soit revue à la hausse pour travailler convenablement. Il faut aussi nous donner des endroits sûrs et sécurisés ainsi que nous fournir du matériel suffisant. », insistent les médiateurs collinaires.

Un autre défi relevé est le manque de formation de certains de leurs collègues. Selon eux, cette situation entraîne parfois des violations du secret professionnel et de l‘ingérence dans des affaires qui ne relèvent pas de leurs compétences.

Pour Martin Blaise Nyaboho, président de la CNIDH, les médiateurs ont besoin d’un soutien et des formations pour mieux agir

En province de Butanyerera, la population de la colline Rwintare de la commune Kayanza se dit satisfaite de la mise en place de l’instance des médiateurs collinaires car, cela a permis la diminution sensible des litiges
Ferdinand Bucumi, président du tribunal de Résidence de Kayanza se réjouit du travail de cette instance. Il déplore néanmoins un certain relâchement de la part de certains qui ne donnent plus de rapports ou qui le font avec un grand retard. Il fait savoir que des réunions de renforcement des capacités et de rappel de la mission de l’instance s’avèrent aussi nécessaires.

Pour sa part, Martin Blaise Nyaboho, président de la Commission nationale indépendante des droits de l’Homme, CNIDH, ces notables qui sont natifs du village connaissent les sources de ces conflits et litiges. Ils sont mieux indiqués pour proposer des solutions adéquates et appropriées. « Prévenir ces conflits, c’est aussi promouvoir les droits de l’Homme. J’encourage ces notables à aller toujours de l’avant puisque c’est à travers les missions basées sur les communautés que les droits de l’Homme peuvent être promus et protégés. »

Besoin d’un renforcement des capacités

Il appelle le ministère en charge de la justice à trouver des solutions aux défis auxquels fait face cet organe. « Il faut organiser annuellement, ou une fois les deux ans, des renforcements des capacités pour ces notables qui sont éparpillés un peu partout dans le pays. Ça pourrait aussi faciliter leur travail et leurs missions. »

D’après l’avocat-conseil, Salvator Minani, les médiateurs collinaires doivent résoudre les conflits dans la neutralité. Pour lui, c’est un complément au système judiciaire formel puisque, même s’ils ne remplacent pas les tribunaux modernes, les notables collinaires jouent un rôle de filtre judiciaire.
Il estime que ces médiateurs devraient être bien informés des responsabilités qui leur sont confiées à travers des formations et des séances d’encadrement. Ce qui les éviterait de se comporter comme des juges. « Lorsque vous observez comment ils conduisent les débats, comment ils rédigent les procès-verbaux, il y en a qui se comportent comme des juges alors que ce sont des médiateurs. »

Salvator Minani parle également de la prime dont le montant est jugé insuffisant. Il estime qu’il faut un texte réglementaire qui précise comment les médiateurs collinaires et de quartiers peuvent être rémunérés.
Le Conseil des notables collines a été institué par le décret n° 100/188 du 29 juillet 2021. Les notables actuellement en fonction ont été élus en septembre 2022. Ce décret précise que leur mission principale est de concilier les parties en conflit. La loi souligne que le mandat est gratuit mais que les médiateurs bénéficient d’un encouragement dont le montant est déterminé par voie réglementaire.

La synergie a été diffusée sur les radios Bonesha FM, Isanganiro, Rema FM, Shima FM, Agaseke FM de Ruyigi, Remeshamahoro de Kirundo ainsi que dans le journal Iwacu et Jimbere Magazine.

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