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Commune Mpanda : Les abandons scolaires persistent encore

Sur les collines Gahwazi I et II, en commune Mpanda, les abandons scolaires continuent de marquer le quotidien de nombreux jeunes malgré une légère baisse ces dernières années. Pauvreté, grossesses précoces, conflits familiaux et manque d’enseignants figurent parmi les principales causes. Les autorités locales, les éducateurs et la communauté s’activent pour freiner ce phénomène aux lourdes conséquences.

Jeannette Ndayishimiye, une jeune fille de 19 ans originaire de la localité de Gahwazi II, témoigne avoir abandonné ses études il y a quatre ans en raison de la pauvreté familiale.
« J’étais en 5ᵉ année. J’avais des difficultés à me procurer le matériel scolaire. Il m’arrivait de passer tout un trimestre avec seulement quelques cahiers. Ce qui rendait la prise de notes très difficile. J’ai donc dû abandonner les études pour aider mes parents ainsi que mes petits frères et sœurs. »
Aujourd’hui commerçante dans un centre de négoce de la localité, elle reconnaît que cette décision a des conséquences dans sa vie quotidienne.

« Dans mon travail, je rencontre parfois des difficultés liées à mon abandon scolaire. Par exemple, j’ai du mal à faire certains calculs mentaux ou à additionner rapidement les montants. J’éprouve aussi des difficultés en langues comme le français, le kiswahili ou l’anglais alors que toutes ces matières sont enseignées à l’école. »
Mlle Ndayishimiye lance un message fort aux jeunes filles. « J’encourage les autres à poursuivre leurs études afin d’acquérir plus de connaissances et de mieux préparer leur avenir. »

Des grossesses non désirées

Florence Nduwayezu, originaire de la meme localité, témoigne elle aussi de son abandon scolaire lié à une grossesse non désirée.
Elle raconte avoir été séduite par des promesses, de l’argent et des cadeaux de la part de son petit ami. « J’étudiais en 11ᵉ année post-fondamentale. J’ai arrêté les études à cause d’une grossesse. Mon objectif était de terminer mes études, mais cela n’a pas été possible. »

Aujourd’hui, elle exprime de profonds regrets en voyant ses anciens camarades poursuivre leur parcours scolaire. « Je regrette parce que mes collègues vont terminer leurs études et obtenir leurs diplômes. Le plus difficile, c’est qu’on m’a empêchée de retourner à l’école. »
Elle fait elle aussi un clin d’œil aux autres jeunes filles.
« Les filles doivent savoir se protéger et éviter de tomber dans le piège des hommes. Elles doivent continuer leurs études pour assurer leur avenir. »

Antoinette Ndayitegeyamashi, une agente de santé communautaire sur la colline Gahwazi I, indique que les abandons scolaires s’observent encore dans cette localité même si des efforts sont en cours pour y faire face.
« Il arrive que nous allions chercher certains enfants directement chez eux pour les ramener à l’école. Nous organisons également des séances de sensibilisation dans les familles comme nous le faisons pour les questions de santé. En matière d’éducation, nous travaillons en collaboration avec l’administration afin de montrer aux parents l’importance de la scolarisation des enfants. »
Elle souligne aussi que le comportement de certains parents constitue parfois un facteur déterminant. « Des fois, le père peut gaspiller les ressources familiales au lieu de satisfaire les besoins des enfants. Dans ce cas, l’administration intervient pour lui donner des conseils. »


Réactions

Fidèle Ntacombonye : « Les abandons scolaires sont liés à plusieurs facteurs »

Le directeur de l’école fondamentale Gifugwe I fait savoir que des cas d’abandons scolaires sont bel et bien enregistrés dans son établissement.
« Nous avons enregistré 48 cas d’abandons dans toute l’école. Les cas les plus fréquents concernent les élèves de la septième année ainsi que ceux des premières années. »

Selon lui, le passage de la sixième à la septième année constitue une étape critique pour de nombreux élèves. « En septième, l’enseignement se fait en français, une langue que certains élèves qui viennent de la sixième année ne maîtrisent pas. Cela les décourage et les conduit alors à abandonner car ils ne se sentent plus à l’aise en classe. »

Le directeur évoque également d’autres causes, notamment les maladies et les conflits familiaux. « Dans les familles où les disputes sont fréquentes, l’enfant évolue dans un environnement instable qui ne favorise pas la poursuite des études. Il finit par abandonner. »
Concernant les statistiques, sur les 48 élèves ayant abandonné, 21 sont des filles contre 27 garçons. La majorité des abandons est enregistrée en septième année (27 cas) et dans les premières années (19 cas).
Au-delà de ces chiffres, il note une certaine amélioration. Il estime en effet que « comparativement aux cinq dernières années, le taux d’abandons scolaires a diminué. »

Le directeur Ntacombonye souligne un autre défi majeur : le manque d’enseignants. « Certains enseignants ont quitté leurs postes pour aller chercher de meilleures opportunités ailleurs, notamment dans le commerce ou l’agriculture, faute de rémunération satisfaisante. »
Face à cette situation, l’école fait appel à des enseignants bénévoles.
« Ce sont des enseignants sans matricule. Ce qui rend difficile leur encadrement, notamment en cas d’absentéisme. Nous demandons au gouvernement de nous fournir des enseignants qualifiés et officiellement reconnus. »

Il conclut en soulignant l’impact direct de ce manque sur les élèves.
« Lorsqu’un enfant vient en classe et ne trouve pas d’enseignants pendant plusieurs jours, il se décourage et finit par abandonner. En revanche, la régularité des enseignants contribue à maintenir les élèves à l’école et à réduire les abandons. »

Domitien Niyonkuru : « Les abandons scolaires préoccupent les autorités »

Le chef de la colline Gahwazi I, en zone Mpanda dans la commune Mpanda affirme aussi que les abandons scolaires demeurent une réalité dans cette localité, même si le taux a sensiblement diminué par rapport aux années antérieures.
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent ce phénomène, notamment la pauvreté des ménages, le temps excessif que certains enfants passent dans les salles de cinéma ainsi que le manque de motivation chez certains élèves.
« Dans le but d’éradiquer ce phénomène, nous organisons, en collaboration avec les directeurs des écoles, des séances de sensibilisation destinées aux enfants et aux parents. Car, il arrive que les parents eux-mêmes soient à l’origine des abandons scolaires. »

Le chef de colline souligne également les conséquences déjà visibles de ce phénomène sur Gahwazi I. « Les abandons scolaires entraînent plusieurs effets négatifs dont l’augmentation du nombre d’enfants en situation de rue, des cas de vols ainsi que des noyades dans les rivières. »

Il évoque un autre facteur préoccupant : le comportement de certains motards qui avaient l’habitude d’attirer les jeunes filles avec des lifts, contribuant ainsi à l’augmentation des grossesses en milieu scolaire.
« Nous avons pris des mesures pour mettre fin à cette pratique et les motards ont cessé de traîner avec les élèves dans les rues. »

Il dénonce également l’implication des hommes en provenance d’autres localités qui séduisent les jeunes filles en leur promettant le mariage. « Ces promesses se soldent souvent par des grossesses non désirées, conduisant aux abandons scolaires. »
Face à cette situation, Domitien Niyonkuru lance un appel aux jeunes, en particulier aux jeunes filles, de rester vigilants et de poursuivre leurs études.
« Dans les années à venir, ceux qui n’auront pas étudié auront difficilement accès aux postes de prise de décisions. Les jeunes doivent faire preuve de courage pour préparer leur avenir. Ce sont eux qui remplaceront les générations actuelles. »

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