
Dans son mot d’ouverture, Micheline Bigirimana qui a représenté le gouverneur de la province de Bujumbura, a rappelé que « le rôle des jeunes dans le leadership politique n’est pas seulement une question d’équité mais une condition incontournable pour une gouvernance inclusive, responsable et constructive. » Elle a insisté sur la nécessité de les considérer comme des acteurs majeurs du processus démocratique.
Selon la chargée du Projet ARPOG, le bilan actuel fait état de vulnérabilités persistantes. Piliers de la mobilisation électorale, les jeunes restent en effet en marge du pouvoir. Ils n’occupent que 5,4 % des sièges à l’Assemblée nationale (6 députés sur 111) depuis 2025.
Les échanges ont mis en lumière ce paradoxe et les réformes nécessaires pour transformer les ligues de jeunes en véritables espaces d’influence politique. Conférenciers et intervenants sont tombés d’accord que « sans cadre légal, la représentation des jeunes reste symbolique. »
L’expert Dr. Eric Nkengurutse a dressé un tableau clinique de cette marginalisation. Si le secteur privé affiche une représentativité de 29 %, la sphère politique reste un bastion difficilement accessible aux jeunes. Dans les postes non électifs (ministres, directeurs généraux), la présence des jeunes chute à un maigre taux de 3 %. Plus alarmant encore, au sein de cette infime minorité, les filles subissent une double mise à l’écart. Il a souligné le contraste frappant avec la réalité démographique : les moins de 25 ans représentent 60 % de la population.
Pour Dr. Thierry Ingabire, président du Conseil national de la Jeunesse, le défi est aussi celui du développement humain. Longtemps freinés par des parcours académiques qui se terminent tardivement, les jeunes entrent souvent dans la vie professionnelle au seuil de la limite d’âge politique. Mais, il appelle aussi à une prise de conscience. « Personne ne va vous servir des quotas. Il faut que la jeunesse soit compétitive, qu’elle montre qu’elle est capable. »
Obstacles institutionnels
Dr. Ingabire a dénoncé les discriminations liées à l’expérience professionnelle ou à l’âge (accès au Sénat), une situation qu’il trouve aggravée par le nouveau découpage administratif. Ce constat a été partagé par Alexis Niyonkuru, membre du Comité exécutif national du parti Sahwanya-Frodebu. Il a précisé que la réduction des communes et des provinces a mécaniquement diminué les éventuels postes accessibles aux jeunes. Il a déploré la faible application de la Charte africaine de la jeunesse qui encourage pourtant cet accès aux responsabilités.
« L’heure est à la réglementation »

Le débat a également permis de dégager une vérité partagée par les jeunes partisans présents : la bonne volonté ne suffit plus. Que ce soit à travers l’application rigoureuse de la Charte africaine de la jeunesse ou par des réformes internes aux partis, l’heure est à la réglementation.
Un autre obstacle, interne celui-là, a été soulevé par Pamphile Niyirema, représentant des jeunes du parti APDR, à savoir le manque de solidarité. « Les jeunes doivent se mettre ensemble pour élire les jeunes capables », a-t-il lancé. Il a appelé les membres de cette catégorie sociale à un sursaut collectif.
Un consensus pour l’avenir
L’atelier s’est achevé sur une conclusion unanime. Pour que la gouvernance soit réellement participative et inclusive, le passage d’une inclusion volontaire à une inclusion réglementée s’impose. A l’approche des prochaines échéances électorales, le message adressé aux décideurs est sans équivoque. La jeunesse ne veut plus seulement se limiter à mobiliser les électeurs. Elle aspire désormais à participer pleinement à la prise de décisions et à diriger
La rencontre a réuni parlementaires, jeunes des ligues partisanes, représentants de la société civile et médias pour définir les mécanismes qui sont de nature à renforcer l’accès des jeunes aux instances de décisions.