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Région Centre/Gitega : Le quartier Yoba déclare la guerre contre la boisson Kick vendue au détail

A Yoba, l’un des quartiers populaires et très peuplé de la capitale politique, l’administration locale a décidé de frapper fort. La vente de la liqueur Kick par petits verres est désormais proscrite. Si les autorités brandissent l'argument de la sécurité sociale et publique ainsi que la protection des mineurs, les petits vendeurs dénoncent une stigmatisation sociale.

L’ambiance est devenue pesante dans les échoppes qui bordent les artères du quartier Yoba. Le Kick , cette boisson alcoolisée à forte concentration, ne peut plus être servi à la gorgée. Jusque-là, moyennant quelques centaines de francs burundais, n’importe quel passant pouvait s’offrir un shot. Une pratique que l’administration locale juge désormais responsable de la déchéance sociale d’une partie de la jeunesse.

Pour les responsables du quartier, la situation était devenue incontrôlable. L’accessibilité financière de cet alcool au détail favorisait une consommation excessive. Ils estiment que cela constituait un catalyseur de nombreux maux : oisiveté chronique, violences domestiques et hausse de la criminalité. « Nous ne pouvons plus croiser les bras face à une jeunesse qui se détruit à petit feu », confie Salvator Bukuru, le chef du quartier Yoba. D’après lui, en vendant au détail, on permet à n’importe qui, même à un enfant avec quelques pièces en poche, de s’enivrer.

Dans les rues, le soulagement est palpable chez certains. Thérèse Nduwarugira, une mère de famille du quartier, témoigne : « On ne se sentait plus en sécurité le soir. Les jeunes boivent ces petits verres toute la journée sans manger. Ils deviennent agressifs et s’adonnent au vol pour payer la prochaine dose.»

Les petits commerçants en colère

Pourtant, à quelques mètres de là, derrière les comptoirs des boutiques, le discours est radicalement différent. Chez les commerçants, la mesure est perçue comme un coup de massue. Le Kick n’étant pas un produit interdit sur le territoire national, ils ne comprennent pas pourquoi leur quartier est spécifiquement ciblé par cette restriction. Un gérant d’une petite échoppe, ne cache pas son amertume. « C’est une injustice flagrante. Pourquoi cibler nous, les petits, alors que dans les cabarets huppés du centre-ville, on sert des whiskys de luxe au verre sans aucun problème ? » Même sentiment de discrimination chez le prénommé Louis qui affirme que, lui et ses collègues de Yoba subissent des injustices administratives au lieu d’être encouragés dans leurs activités.

Il trouve que la décision n’a aucun sens dans la mesure où dans les autres quartiers proches de Yoba la liqueur continue d’être servie, y compris au centre-ville, à la vue de tout le monde. « Là-bas, personne ne parle de criminalité. Parce que nos clients sont modestes, on les prive de consommer selon leurs moyens » Pour eux, l’argument de la lutte contre l’alcoolisme cache une politique de deux poids deux mesures qui pénalise uniquement les classes populaires.

Les acteurs économiques locaux demandent plutôt une concertation. Ils proposent, par exemple, une régulation des horaires d’ouverture plutôt qu’une interdiction qui, selon eux, risque d’encourager la vente clandestine encore plus difficile à contrôler.

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