Des habitants de la colline Ntega, zone Ntega, commune Kirundo en province de Butanyerera fustigent la diffusion et la propagation des messages haineux. Ils indiquent que ces messages engendrent les crises qui forgent des cycles de propagation de la haine.
La prénommée Léoncia est l’unique rescapée de sa famille lors de la crise de Ntega-Marangara de 1988. Elle témoigne que ce passé douloureux n’a jamais été véritablement pris en charge et que de nombreuses familles vivent encore avec de profonds traumatismes. Certaines familles des victimes ou des rescapés nourrissent une rancœur persistante envers des bourreaux présumés.
Cette colère se reporte parfois sur leurs descendants ou sur les jeunes générations, accusés des faits qu’ils n’ont ni connus ni commis. En retour, ces derniers développent de la méfiance à l’égard de ces familles, entretenant ainsi un véritable cercle vicieux.
Une autre habitante souligne que malgré des initiatives de rapprochement, les divisions persistent et certains jeunes de Ntega continuent d’être perçus comme violents. « Lors des formations, les jeunes filles originaires des communes Busoni et Ntega étaient invitées à se regrouper ensemble. Elles se méfiaient de nous car nous étions perçues comme des meurtrières. », témoigne-t-elle.
Un autre rescapé de la crise souligne que la haine est parfois ravivée dans des lieux publics, Il arrive qu’une personne, voyant quelqu’un d’une autre ethnie, lance des propos du genre : « Vous vous souvenez du passé. On ne permettra plus que ce qui s’est passé lors de la crise de Ntega-Marangara se reproduise ». Un langage jugé frustrant et traumatisant, contraire à l’objectif de construire une société juste et prospère.
Pour M.N., un habitant de Ntega, les messages de haine, les divisions et la méfiance refont surface chaque 15 août. Cette date marque symboliquement le début des massacres de la crise de Ntega-Marangara, survenus en 1988. Il a coïncidé avec la fête de l’Assomption. « À cette date, certaines familles des victimes, hutu comme tutsi, se recueillent chez elles. Ce repli ravive la méfiance et fragilise le vivre-ensemble », explique-t-il.
Promouvoir un langage pacifiste
De son côté, un quinquagénaire, témoin ayant vécu la crise, affirme que les violences ont été précédées par la propagation de discours haineux. Ils ont occasionné des morts, des déplacés et une fracture durable du tissu social.
Face à ce constat, les habitants appellent à la retenue et à la promotion d’un langage pacifique et réconciliateur afin d’éviter la répétition des violences du passé.
Selon Désiré Sindayigaya, chef de colline à Ntega, les traumatismes du passé expliquent en partie le recours persistant à un langage haineux chez certains habitants. Âgé de 16 ans au moment de la crise, il en a été un témoin direct.
D’après lui, malgré les traumatismes encore vifs, de nombreux citoyens s’efforcent aujourd’hui de transcender les différences. Des réunions de sensibilisation et d’explication ont notamment été organisées pour renforcer la cohésion sociale.
Selon Hélène Mpawenimana, enseignante-chercheuse en communication de l’Université du Burundi, les messages de haine suscitent souvent la peur, la colère ou le ressentiment. Dans le contexte burundais, marqué par des tensions intercommunautaires, ces émotions peuvent pousser les destinataires à répondre par des messages agressifs ou discriminatoires. Le cycle vicieux reprend.
Pour Mme Mpawenimana, à force de voir et de recevoir des messages haineux, certaines personnes peuvent percevoir ces propos comme normaux ou acceptables. « Ce cercle vicieux crée un climat de tensions et d’insécurité qui rend difficiles la communication pacifique et la confiance entre groupes sociaux. »






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