La grande majorité des habitants de cette colline a passé une partie de sa vie dans les camps de réfugiés en Tanzanie ou en RDC à la suite des crises cycliques qu’a connues le Burundi. Ils considèrent que les traumatismes non pris en charge peuvent favoriser la propagation des messages de haine. A long terme, ils peuvent contribuer à l’émergence des violences collectives.
Pour eux, malgré la paix retrouvée et le retour au pays, tous les problèmes ne sont pas résolus. Ils considèrent que les rapatriés se heurtent à des conflits fonciers, à des difficultés d’accès au logement et à la pauvreté. Certains ont le sentiment de ne pas être pleinement acceptés par la communauté d’accueil. « Ces situations peuvent provoquer un sentiment d’injustice, de frustration ou d’abandon. »
Jean Ntiyanzimvye, un habitant, fait savoir que les blessures du passé restent béantes. Les difficultés liées à l’accès à la terre, au logement, à l’emploi ou aux services sociaux de base peuvent raviver les blessures du passé. « Beaucoup sont revenus des camps de réfugiés mais certains ne sont pas encore rétablis dans leurs droits. Cela fait que des gens restent avec des traumatismes et se considèrent comme étrangers dans leur pays ».
Pour un autre habitant, certains rapatriés s’isolent et évitent les échanges avec leurs voisins. Ils éprouvent des difficultés à faire confiance aux autorités et aux autres membres de la communauté. « Cet isolement réduit les occasions de retisser des liens sociaux. Ce qui peut accentuer le sentiment d’exclusion. »
Pascasie Ndayizeye a le même avis. Elle affirme elle aussi qu’être victime d’injustice ou de discrimination rappelle les souffrances vécues lors des crises. « Il y a des gens qui éprouvent un sentiment de frustration. Ce qui renforce les tensions dans le voisinage. Des groupes sociaux considérés comme responsables de leurs souffrances sont pris pour cibles. »
Tout le monde appelle alors à une écoute sociale et au rétablissement des gens dans leurs droits respectifs.
L’administration ne nie pas les faits
William Hamenyimana, conseiller collinaire de Mugerama reconnaît que les blessures du passé restent béantes chez certains. Cela se remarque dans leur langage. Il est aussi conscient qu’il existe toujours des rapatriés qui ne sont pas encore rétablis dans leurs droits. Cette situation renforce la méfiance et la frustration.
Il précise néanmoins que la question a été résolue à 90%. L’administration essaie également de sensibiliser les gens à la bonne cohabitation pour éviter des conflits.
Appel à une pris en charge psychosociale
La psychologue Félicité Ntikurako explique que les blessures du passé influencent profondément les comportements et le langage des personnes concernées.
Elle fait savoir qu’une personne ayant vécu un événement traumatisant présente souvent des symptômes qui montrent qu’elle reste prisonnière de son passé. « L’événement s’est produit il y a des années. Elle continue à le revivre comme s’il venait de se reproduire ».
Dans cet état, la personne ne parvient plus à vivre pleinement le présent. Elle interprète les situations actuelles à travers le prisme de son expérience douloureuse. Cette reviviscence du traumatisme, dit-elle, peut conduire à la globalisation. « La victime a tendance à considérer que tout le monde est malfaiteur alors que l’auteur est une seule personne bien précise ».
Cette psychologue rappelle que les massacres ou les conflits de grande ampleur sont toujours précédés par un long processus de préparation.
Afin de prévenir cette spirale, elle invite les pouvoirs publics à renforcer la prise en charge psychosociale des populations. Elle recommande la création de salons thérapeutiques communautaires dans les établissements scolaires, les structures de santé et dans d’autres institutions publiques.
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