Selon les habitants de la colline Karinzi, le silence ne signifie pas toujours que tout va bien. Derrière une apparente tranquillité peuvent se cacher des blessures, des déceptions et des ressentiments qui, avec le temps, deviennent difficiles à maîtriser.
« Une personne qui se sent continuellement ignorée, méprisée ou victime d’injustice peut progressivement développer de la colère envers son entourage. Si cette situation perdure, elle peut finir par chercher des responsables à ses souffrances et s’en prendre à des individus ou à des groupes qu’elle considère comme étant à l’origine de ses problèmes. », explique Jean Ndayishimiye.
Ce constat est partagé par une mère de trois enfants. Pour elle, certaines personnes choisissent de ne pas exprimer immédiatement leurs mécontentements. « À un certain moment, elles peuvent commettre des actes encore plus graves ».
Jean Minani illustre cette réalité par une situation personnelle. Il est en effet en désaccord avec quelqu’un mais, il ne l’a jamais exprimé ni cherché à trouver une solution. Il reconnaît entretenir plutôt l’idée de se venger si l’occasion se présente.
À Karinzi, le message est donc clair : exprimer son mécontentement, chercher à se faire entendre et privilégier le dialogue ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont plutôt des moyens de prévenir l’escalade des conflits.
Plusieurs explications
Pour Pontien Boyabo, le phénomène a plusieurs explications. Certaines personnes gardent leurs frustrations dans l’espoir de prendre leur revanche un jour. D’autres, par contre, préfèrent se taire parce qu’elles estiment que personne ne veut les écouter.
Il cite le cas d’un habitant dont les champs avaient été endommagés par le bétail de son voisin. Au lieu de porter plainte ou de saisir l’administration pour obtenir réparation, la victime a gardé sa colère pendant un certain temps. Plus tard, elle a décidé de se venger en coupant un champ entier de caféiers appartenant à son voisin, soit une vingtaine de plants.
S’exprimer et chercher le dialogue
Il invite ainsi les habitants à ne pas laisser les rancœurs s’accumuler en recherchant des conseils et une médiation auprès des personnes compétentes, notamment les responsables administratifs, dès qu’un conflit survient.
Le linguiste et membre de l’Académie Rundi, Ferdinand Mberamihigo, attire quant à lui, l’attention sur les dangers des frustrations longtemps gardées en silence. À travers les proverbes kirundi, il rappelle que la sagesse traditionnelle puise dans l’observation des réalités sociales pour décrire les comportements humains et leurs conséquences.
Il évoque notamment deux expressions, à savoir « Utara mu nda ugatarura ibiboze » qui met en garde contre les rancœurs accumulées qui sont susceptibles de ressortir sous une forme négative, et « Uwihoreye ahonga bike » qui valorise la patience et la maîtrise de soi face aux provocations. Pour lui, ces proverbes, qui exploitent des images, décrivent des situations réellement vécues, parfois sous des angles différents.
M. Mberamihigo souligne particulièrement qu’une colère nourrie par les rumeurs, les menaces et les discours présentant autrui comme un ennemi peut conduire à la violence.
Pour prévenir ces dérives, il préconise l’écoute, le dialogue et l’accompagnement psychologique afin d’aider les personnes à exprimer leurs griefs et à rechercher des solutions. Il insiste sur l’importance de libérer la parole avant que les frustrations ne dégénèrent en conflits.
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