Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3651 jours. Nous ne l'oublions pas.

Budget 2026/2027 : Que de l’incertitude

Le président de la République a promulgué le 30 juin 2026, le budget général, exercice 2026-2027. Cette année le gouvernement va dépenser plus de 7 000 milliards BIF. Quelle analyse faisons-nous de ce budget ? Quelle réponse face aux préoccupations des citoyens ? Quelles priorités ? Prof Michel Masabo, juriste et expert en matière de finances publiques, trouve que le nouveau budget ne produira pas le résultat escompté.

Dans l‘affectation du budget général de l‘Etat, exercice 2026-2027, le ministère ayant le budget dans ses attributions se taille la part du lion avec une enveloppe dépassant 3 000 milliards BIF. L’enfant pauvre est celui en charge de la jeunesse qui est doté de 24 milliards BIF.

Quelques augmentations sont à noter. Les budgets alloués aux ministères ayant respectivement l’éducation, la santé et l’environnement dans leurs attributions ont augmenté par rapport aux montants des trois derniers exercices budgétaires.

Ainsi, le budget alloué au ministère en charge de l’environnement a connu une baisse les années précédentes passant de plus de 506 milliards BIF au cours de l’exercice 2023/2024 à environ 334 à 335 milliards BIF durant les deux exercices suivants. Pour l’exercice en cours qui a débuté le 30 juin 2026, l’enveloppe a été revue à la hausse pour atteindre plus de 622 milliards BIF.

Pour la santé publique, lors du précédent exercice, le ministère avait reçu près de 195 milliards BIF contre plus de 337 milliards BIF en 2023/2024. Pour cette année, le budget est de plus de 315 milliards BIF.

Au niveau de l’éducation, le ministère bénéficiait d’une augmentation continue de son budget. A titre d’exemple, son enveloppe est passée de plus de 693 milliards BIF en 2025-2026 à plus de 764 milliards en 2026-2027.

Cependant, les crédits consacrés au développement fondamental et post-fondamental sont en baisse. Ils représentent 12% du budget en 2024/2025, 9% en 2026/2026 et seulement 5% dans le budget en cours.


Réactions

Diomède Ninteretse : « Une erreur stratégique »

« Les taxes et impôts vont toucher directement les ménages et les entreprises qui voudront bien supporter les charges du gouvernement qui voudra vivre de la manière la plus prestigieuse possible », indique cet économiste.
Il fait savoir que les entreprises vont répercuter cette hausse sur les prix et les services. Selon lui, c’est le dernier paysan qui va payer le dernier franc.

M. Ninteretse trouve qu’il est probable qu’en 2026/2027, les Burundais verront leur pouvoir d’achat diminuer à concurrence de 40% » et que « ce sont les Burundais qui vont supporter les 40% ».

Au finish, une pression fiscale excessive va ralentir la croissance économique au lieu de la stimuler.
« Dans cette situation où la croissance économique est projetée à 4% avec un budget augmenté à 40%, c’est une erreur stratégique que le Burundi n’avait connu depuis la nuit des temps ».

Pamphile Malayika : « Il faut une bonne gouvernance »

Cet ex-député revient sur les préoccupations de la population. Pour lui, le gouvernement burundais devrait affecter un budget conséquent dans les secteurs prioritaires tels que l’éducation, l’agriculture, l’énergie, …

Il recommande au gouvernement d’injecter des fonds dans l’extraction des minerais car, 4 milliards BIF qui proviendront de l’or et 15,4 milliards BIF des minerais dits de type T restent insuffisants
Il suggère aussi une bonne gouvernance et la transparence dans la gestion budgétaire et le respect de la loi.
« Il faut réduire les dépenses allouées aux missions tant de l’intérieur que de l’extérieur et réduire les frais de l’intendance des hautes dignitaires », insiste-t-il.
M. Malayika recommande de recouvrer et de rapatrier les fonds détournés car, 7 milliards BIF à recouvrer restent peu.


Eclairage

Interview avec Prof Michel Masabo : « Le nouveau budget ne produira pas le résultat escompté »

Budget en hausse tant en recettes qu’en dépenses, sa progression par rapport à la pression fiscale, conséquences de cette dernière, les grands défis… Coup de projecteur par Prof Masabo sur le nouveau budget.

Quelle analyse faites-vous du budget général de l’Etat exercice 2026-2027 ?

Je pourrai faire quatre observations. Primo, par rapport au budget précédent, les prévisions de recettes ont augmenté autour de 25,5% tandis que les prévisions de dépenses ont augmenté de 29%.

Secundo, les dépenses de fonctionnement restent importantes. On peut les évaluer autour de 48%.
Tertio, il accuse un déficit très important. Le déficit global avec dons est de 384 860 209 226 BIF tandis que le déficit global sans dons est de 2260 691 169 819 BIF.

Quarto, c’est un budget ambitieux qui est orienté vers l’investissement financé par les ressources intérieures et on estime que cela va permettre de relancer l’économie.

Quid de la progression de ce budget par rapport à la pression fiscale ?

La pression fiscale est le rapport entre tous les prélèvements par rapport au Produit intérieur Brut (BIB). Elle devrait atteindre au moins 20% pour permettre le fonctionnement des services publics et pour financer les investissements.

Au Burundi, elle est entre 16% et 19%. C’est encore insuffisant. Mais, compte tenu de notre économie, elle est élevée. Pour les pays développés comme la France, la pression fiscale est de 43%, en Suède c’est 43 %. Mais, leurs économies permettent de supporter cela.

Qu’en est-il des conséquences ?

Elles sont néfastes. Premièrement, la pression fiscale peut réduire la consommation. Ce qui ralentit l’économie. Les ménages consomment, les entreprises aussi. Si les impôts, et la plupart sont des impôts indirects, sont incorporés au prix, les ménages ne vont pas consommer suffisamment, les entreprises mêmement.

Deuxièmement, la pression fiscale réduit l’investissement. Quand on fait des affaires c’est pour faire des profits légitimes. Et quand le poids des impôts est très élevé, il y a trop d’impôts. On risque d’être découragé et on laisse d’investir.

Troisièmement, quand il y a des impôts trop lourds, les contribuables risquent d’adopter des comportements d’évitement de l’impôt. Ils vont chercher de manière licite ou illicite à échapper à l’impôt.
Bref, l’effet escompté ne se produira pas.

Quels sont les grands défis que comporte le nouveau budget ?

J’y vois principalement trois. Primo, il y a une incertitude par rapport à la mobilisation des ressources. Il ne faut pas oublier que les prévisions de recettes inscrites dans le budget ne sont que des évaluations. On peut les atteindre, si on les dépasse c’est mieux comme on peut aller en deçà.

Un exemple…

Regardez le montant qui est inscrit au titre des dons, il est très élevé par rapport au budget de l’année dernière. Qu’est-ce qui justifie qu’on aura ça ? C’est compter sur l’extérieur avec des aléas. Probablement qu’on n’aura pas ça. Les partenaires extérieurs ne se bousculent pas pour appuyer le budget.

Au sein du ministère des Finances on le sait déjà. Les prévisions sont là avec une certaine erreur de 10%.
Secundo, l’inflation est très élevée. Elle ne devrait pas atteindre les deux chiffres. Quand l’inflation atteint 10% c’est déjà trop. Au Burundi, on en est autour de 40%.

Quid des conséquences de cette inflation ?

On peut citer la réduction de la consommation et le manque de compétitivité. Nos produits ne seront pas compétitifs à l’extérieur. Il y aura de l’incertitude générale au niveau économique. Vous placez vos capitaux, vous n’êtes pas sûrs d’avoir des intérêts et à quel taux parce que l’inflation frappe tout cela.

Le dernier défi, c’est le poids de la dette publique. Les chiffres que nous avons pu récolter montrent que la dette intérieure est évaluée à 6 300 milliards BIF et la dette extérieure tourne autour de 1 900 milliards BIF. On risque de consacrer le gros des ressources à rembourser cette dette publique.

De tout ce qui précède, qu’est-ce que vous recommandez ?

D’abord, il faut se fixer des objectifs réalistes par rapport à la situation économique. Il ne faut pas par exemple surévaluer les prévisions alors que c’est aléatoire. Il ne faut pas compter sur les dons, ça peut venir ou pas.

Ensuite, il faut faire preuve de rigueur dans la mobilisation des ressources. Cela implique qu’on continuera à élargir l’assiette fiscale, à intégrer dans le circuit fiscal officiel tous ceux qui tenteraient d’y échapper.

Il faut appliquer la loi et une rigueur dans la collecte fiscale et autres produits sans oublier la transparence dans la gestion budgétaire.

Cela impliquerait par exemple de réduire des dépenses qui ne sont pas du tout indispensables. Je signalerai par exemple les sommes qui sont allouées aux prières et autres activités similaires qui pourraient servir à des investissements plus productifs.

Enfin il faut consolider l’économie. Cela veut dire qu’il faut augmenter les efforts pour réduire l’inflation et privilégier les investissements productifs. Effort fiscal et effort dans la consolidation de l’économie vont toujours ensemble.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU