Alors que la Mutuelle de la Fonction publique annonce une nouvelle révision de ses tarifs et de sa liste de médicaments remboursables, les affiliés restent sceptiques.
La Mutuelle de la Fonction publique (MFP) a annoncé la révision des tarifs de remboursement des médicaments accordés à ses affiliés ainsi que la mise à jour de la liste des médicaments pris en charge. Cette annonce a été faite le 20 février 2026 lors d’un atelier organisé à l’intention des différentes parties prenantes.
Selon Dr. Sylvie Nzeyimana, directrice générale de la MFP, la révision intervient tous les deux ans. Elle a précisé que les prix de certains médicaments remboursés par la MFP connaîtront une hausse. Par ailleurs, 620 nouveaux médicaments seront ajoutés à la liste des produits désormais pris en charge par la Mutuelle.
Toutefois, certains affiliés de la MFP expriment des inquiétudes quant à l’impact réel de ces mesures sur leur quotidien. La question de la cherté et des difficultés d’accès aux médicaments remboursés par la MFP continue de susciter des réactions.
« Cela fait déjà longtemps qu’obtenir des médicaments avec la carte de la MFP relève presque de l’impossible. Même lorsque vous parvenez à trouver une pharmacie disposée à vous servir, vous ne pouvez pas obtenir n’importe quel médicament. Les spécialités, par exemple, sont inaccessibles », témoigne N.P., une enseignante.
Elle ajoute que, de manière générale, lorsqu’un affilié se rend dans une pharmacie et qu’il précise d’emblée qu’il utilise la carte de la MFP, on lui répond souvent que le médicament recherché n’est pas disponible. Mais, lorsqu’il ne mentionne pas la Mutuelle, on lui affirme que le médicament est disponible.
D.C., étudiant en médecine, explique que la plupart de ses amis ont renoncé à utiliser la carte de la MFP. Beaucoup ne savent même plus où elle se trouve malgré les cotisations prélevées sur leurs pré-bourses pour la Mutuelle.
« Déjà, utiliser la Mutuelle implique de nombreuses procédures et, au final, on vous annonce que le médicament n’est pas disponible ou qu’il ne peut pas être obtenu. Nous préférons abandonner cette option et acheter les médicaments à 100 % », souligne-t-il.
Des prix de médicaments en constante hausse
L’annonce intervient dans un contexte marqué par une augmentation continue des prix des médicaments. Plusieurs bénéficiaires dénoncent non seulement la cherté des médicaments mais aussi le refus de certains pharmaciens de servir les assurés de la Mutuelle, estimant que les montants remboursés ne couvrent plus les coûts réels d’approvisionnement.
Selon un pharmacien de Bujumbura, les prix des médicaments ont fortement augmenté à l’instar des autres produits de consommation. Depuis 2025, les tarifs auraient pratiquement doublé en particulier pour les spécialités pharmaceutiques. Il cite l’exemple d’un comprimé d’albendazole, dont le prix est passé de 300 FBu à 1 000 FBu actuellement.
Pour N.P., propriétaire d’une pharmacie, la hausse des prix des médicaments s’explique notamment par le manque de devises. Il confirme qu’il peut arriver parfois de refuser de livrer un médicament à un affilié de la Mutuelle. En effet, lorsque les prix des médicaments augmentent sans que les tarifs de remboursement de la Mutuelle ne soient pas révisés en conséquence, il devient difficile de les fournir au risque subir de pertes financières.
« Par exemple, un médicament qui coûtait 100 000 FBu peut ensuite être vendu à 150 000 FBu. Or, si la Mutuelle continue de rembourser 80 % en se basant sur l’ancien prix de 100 000 FBu et que nous délivrons le médicament, il est impossible de réaliser un bénéfice. Cela peut même entraîner une perte. »
Pour les affiliés de la MFP, ajouter d’autres médicaments à la liste alors que même ceux qui existent déjà sur la liste par cette Mutuelle ne vient pas résoudre concrètement leur problème. Ils demandent qu’au moins ceux initialement pris en charge soient effectivement accessibles.
« Nous y croirons lorsque la situation changera réellement. Il faut que toutes ces promesses ne restent pas dans les écrits car cela fait longtemps que la situation stagne. », souligne H.C., un fonctionnaire de l’Etat.
« Soigner le mal par la racine »
Selon Célestin Nsavyimana, président de la Confédération des Syndicats du Burundi (Cosybu), la mesure atténuera les problèmes qui existent déjà mais ne résoudra pas ceux qui minent le secteur de la MFP ni les difficultés que subissent les affiliés.

Pour lui, le problème est qu’il existe une pénurie de devises dans le pays et que les prix sont hors de contrôle. Étant donné que la plupart des médicaments sont importés, ils coûtent très cher, sans oublier leur rareté. À cela s’ajoute la pauvreté des affiliés.
M. Nsavyimana estime que la Mutuelle devrait avoir l’autorisation d’importer elle-même les médicaments même si ce ne sera pas une solution miracle.
« Je me que rappelle lors du cinquantième anniversaire de la MFP, ils avaient organisé une activité , et que la plupart des invités ont souhaité que la Mutuelle puisse elle-même importer les médicaments. »
Pour lui, l’Etat devrait résoudre le problème par la subvention des assurances maladies et aider la MFP pour qu’elle fonctionne mieux. Par exemple, détaxer les médicaments.
« Il faut permettre à la Mutuelle de bénéficier d’un appui, notamment financier, afin que la sécurité sociale se renforce et s’étende au profit des populations. Je pense que garantir la sécurité sociale pour les populations est également une obligation pour les États. »
Il souligne que, dans tous les cas, la MFP et ses partenaires, via les conventions qu’ils font, devraient trouver une entente pour le bien des affilés. Pour lui, l’important c’est que les affilés puissent avoir un accès facile aux soins et aux médicaments.








Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.