Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3758 jours. Nous ne l'oublions pas.

Accident vasculaire cérébral, AVC : Des familles aux prises avec de lourds sacrifices

Célébrée le 29 octobre, la Journée mondiale de l’AVC rappelle les dangers de cette maladie. Au Burundi, des familles qui ont des patients hospitalisés luttent pour financer les soins, parfois au prix de la vente de leurs biens tandis que d’autres voient leur quotidien et leurs études bouleversés.

Au-delà des souffrances du malade, l’accident vasculaire cérébral (AVC) chambarde également la vie de ses proches. Entre les dépenses liées aux soins, les responsabilités familiales et les difficultés à poursuivre leurs activités quotidiennes, les familles sont mises à rude épreuve.

Étudiante à l’Université du Burundi, Gisèle Kaneza, voit ses études perturbées depuis l’hospitalisation de sa mère, victime d’un AVC. Obligée de consacrer une grande partie de son temps à prendre soin d’elle, elle éprouve des difficultés à suivre normalement les cours. « Parfois, je ne me présente pas aux cours. Je reste ici lorsqu’il n’y a personne pour me remplacer. Je suis l’aînée de la famille et mes frères et sœurs sont encore petits. Ils sont à l’école secondaire. Je me sacrifie donc, car je n’ai pas d’autre choix. Je me rattraperai plus tard dans mes études. Ce qui me préoccupe actuellement, c’est la vie de ma mère. »

Un grand poids financier

Schéma illustrant les deux types d’AVC : ischémique et hémorragique

À ces difficultés s’ajoute le poids financier de la maladie. Pour Gérard Nibigira, qui a sa femme hospitalisée également à l’hôpital Roi Khaled, les frais d’hospitalisation et d’achat des médicaments sont particulièrement lourds. « Nous venons de passer presqu’un mois à l’hôpital. Ma femme a eu un deuxième AVC. Nous avons dû vendre notre terrain à l’intérieur du pays pour assurer les frais de traitement. »

Cette vente illustre les sacrifices consentis par certaines familles pour assurer les soins de leurs proches. Les dépenses médicales affectent directement leurs économies et les obligent parfois à se séparer de biens acquis au fil des années. L’AVC devient ainsi une épreuve qui dépasse le cadre médical. Il fragilise l’équilibre économique et social de toute une famille.


Interview avec Dr. Patrice Barasukana : « Il faut respecter le traitement pour éviter les récidives »

Le médecin neurologue et enseignant-chercheur à l’Université du Burundi, explique les causes, les signes d’alerte et les moyens de prévention de cette maladie. Il insiste sur l’urgence de la prise en charge, le respect du traitement pour éviter les récidives ainsi que l’amélioration de l’accès aux examens diagnostiques au Burundi.

Qu’est-ce qu’un accident vasculaire cérébral (AVC) ?

L’AVC, communément appelé attaque cérébrale, est une urgence médicale et neurologique. Il survient lorsqu’un vaisseau sanguin du cerveau se bouche, privant ainsi une partie du cerveau d’oxygène ou lorsqu’il se rompt et provoque un saignement. Il peut entraîner des handicaps importants.

Quels sont les principales causes et les facteurs de risque ?

Les causes comprennent les problèmes cardiaques lorsqu’un caillot se forme dans le cœur et migre vers le cerveau, l’athérosclérose, qui rétrécit les artères ainsi que les maladies des petites artères cérébrales.

L’hypertension artérielle mal contrôlée est le principal facteur de risque. Le diabète, l’excès de cholestérol, le tabagisme, la consommation excessive et chronique d’alcool ainsi que la sédentarité augmentent également le risque. Certains contraceptifs hormonaux peuvent aussi l’accroître chez certaines femmes selon leur situation individuelle.

Quels sont les principaux signes d’alerte ?

Le premier signe est l’apparition brutale d’une faiblesse ou d’une paralysie d’une partie du corps. Cela peut notamment se manifester par une paralysie du visage, avec une déviation de la bouche.

On peut également observer des troubles de l’équilibre ou de la marche. Une personne qui marchait normalement peut soudainement avoir des difficultés à se tenir debout ou à marcher.

Les troubles de la vision, comme une vision double ou une perte soudaine d’une partie du champ visuel, peuvent aussi être des signes d’AVC. Il faut également surveiller les difficultés à parler, à articuler ou à comprendre les paroles ainsi que les pertes soudaines de sensibilité.

Pourquoi chaque minute compte-t-elle ?

En anglais, on dit « Time is brain », c’est-à-dire que le temps, c’est du cerveau. Lorsqu’une artère est bouchée, les cellules cérébrales manquent d’oxygène. Si la circulation n’est pas rétablie rapidement, elles peuvent mourir et provoquer des lésions irréversibles. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de limiter les séquelles sont importantes.

Les jeunes sont-ils de plus en plus touchés par l’AVC ?

C’est un constat que nous faisons également. Nous recevons des patients jeunes, âgés de moins de 40 ans, victimes d’AVC.

Cependant, il faudrait réaliser des études pour déterminer précisément les causes de cette situation au Burundi. Parmi les hypothèses à explorer figurent le stress, les facteurs de risque méconnus ou mal contrôlés, notamment l’hypertension artérielle et le diabète ainsi que la consommation chronique d’alcool.

Il ne faut donc pas considérer l’AVC comme une maladie qui concerne uniquement les personnes âgées. Les jeunes doivent également connaître les facteurs de risque et les signes d’alerte.

Peut-on faire plusieurs AVC ? Comment prévenir les récidives ?

Oui, une personne ayant déjà subi un AVC peut en faire un autre. Selon les données de la littérature que nous citons, environ 35 % des patients récidiveraient dans les deux premières années.

La prévention repose sur le respect du traitement prescrit, sans arrêt de sa propre initiative, et sur un suivi médical régulier. Il faut contrôler l’hypertension, le diabète et le cholestérol, tout en adoptant de bonnes habitudes de vie.

L’AVC peut-il être guéri ? Existent-ils des traitements ?

La prise en charge dépend du type d’AVC, de sa gravité et du délai d’arrivée à l’hôpital. Dans certains AVC ischémiques (lorsqu’une artère cérébrale est obstruée), des traitements permettent de rétablir la circulation sanguine dans l’artère bouchée. Lorsque le patient arrive tardivement, les médecins doivent traiter les complications, prévenir de nouveaux accidents et organiser la rééducation. Il est également essentiel de corriger les facteurs de risque modifiables comme l’hypertension, le diabète, le tabagisme et la sédentarité.

Dispose-t-on de données précises sur l’AVC au Burundi ?

À ma connaissance, il n’existe pas encore d’étude nationale permettant d’en déterminer précisément la prévalence.

Une étude menée vers 2019 ou 2020 dans plusieurs grands hôpitaux de Bujumbura, notamment le CHUK, l’Hôpital militaire, l’Hôpital Prince Régent Charles et l’Hôpital Kira, aurait recensé plus de 400 cas par an. Toutefois, elle ne concernait que les patients ayant pu bénéficier d’un scanner. Le nombre réel pourrait donc être supérieur. Une étude nationale permettrait de mieux mesurer l’ampleur du problème et de planifier les soins.

Quel message adressez-vous aux patients et à leurs familles ?

Aux patients, je recommande de garder espoir, de respecter leurs traitements et de suivre les conseils des professionnels de santé.

Je conseille également aux patients de se regrouper en associations ou en groupes de parole pour partager leurs expériences, s’encourager mutuellement et sensibiliser la population. Le témoignage d’une personne ayant vécu un AVC peut aider à prévenir d’autres cas.

Aux familles, je demande d’accompagner les personnes touchées. L’AVC peut entraîner une perte d’autonomie et nécessiter une aide quotidienne pour les déplacements et l’hygiène. Les proches doivent soutenir les patients moralement et dans les soins.

Quel message adressez-vous à la population et aux pouvoirs publics ?

La population doit pratiquer une activité physique régulière, manger équilibré, éviter le tabac et limiter l’alcool. Les personnes hypertendues ou diabétiques doivent suivre leurs traitements et effectuer les contrôles médicaux recommandés.

J’interpelle également les pouvoirs publics sur la nécessité de faciliter l’accès au scanner et à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et d’équiper davantage les hôpitaux. Ces examens sont essentiels pour diagnostiquer rapidement les AVC et améliorer la prise en charge.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU