« C’est un monstre silencieux. » C’est ainsi qu’Onesphore Nibigira décrit l’hépatite B, une maladie qu’il traîne depuis sa naissance. Âgé de 48 ans, marié et père d’un enfant de 11 ans, ce journaliste multimédia explique avoir découvert qu’il est porteur du virus à l’âge de 23 ans, alors qu’il se rend au Centre de transfusion sanguine, derrière l’hôpital de Gitega, pour donner son sang durant la guerre.
À cette époque, les médecins lui assurent que le virus disparaîtra de lui-même en six mois. La même réponse lui sera donnée pendant plusieurs années, y compris après une consultation chez un spécialiste qui lui prescrit plusieurs examens.
Le tournant intervient en 2015 ou 2016 lorsqu’un médecin généraliste, le Dr James Nihorimbere, constate que le taux de ses plaquettes est anormal. Il lui demande d’effectuer une charge virale. Les résultats révèlent une charge virale très active.
Après d’autres examens réalisés par un spécialiste, Onesphore Nibigira commence un traitement en 2016. Les médicaments lui sont fournis gratuitement sur présentation d’une ordonnance renouvelée chaque année.
« Tu ne sens rien alors que ta santé dégringole »
Pour Onesphore Nibigira, le plus grand danger de l’hépatite B est son évolution silencieuse. « Il est là, il est en toi, il te ronge. Tu ne sens rien. Tu travailles comme d’habitude, tu fais ton sport comme d’habitude, comme si de rien n’était, alors que ta santé dégringole inexorablement ».
Selon lui, cette caractéristique explique pourquoi de nombreuses personnes découvrent leur maladie lorsqu’elle est déjà compliquée. Il affirme être régulièrement contacté par des patients ou leurs proches qui apprennent alors leur diagnostic à un stade avancé.
Au-delà de la maladie, il évoque la stigmatisation, parfois la discrimination, ainsi que les conséquences économiques, sociales et psychologiques supportées par les malades, leurs familles et le pays.
Pour lui, la meilleure réponse reste le dépistage. Il encourage la population à se rendre dans un centre de santé ou à profiter des campagnes de collecte de sang pour connaître son statut.
Si le résultat est positif, il invite à consulter un médecin. S’il est négatif, il recommande de se faire vacciner contre l’hépatite B. Il rappelle que la vaccination se fait en trois injections.
Il insiste également sur l’importance d’abandonner l’alcool et le tabac lorsqu’on est porteur du virus, tout en précisant qu’il ne suit aucun régime particulier, si ce n’est qu’une alimentation saine, un repos suffisant et une bonne hygiène de vie.
Des hépatites restent peu connues

Pour le Dr Donatien Irambona, une hépatite est une inflammation du foie. Il distingue cinq groupes d’hépatites : les hépatites virales, les hépatites toxiques, la stéato-hépatite non alcoolique, les hépatites auto-immunes et les hépatites d’origine diverse.
Au Burundi, les hépatites virales B et C sont les plus importantes sur le plan clinique en raison de leur évolution possible vers la cirrhose et le cancer du foie.
Le médecin explique que les hépatites A et E se transmettent par la voie féco-orale, tandis que les hépatites B, C et D se transmettent par voie sexuelle, sanguine et de la mère à l’enfant.
Selon lui, les hépatites chroniques sont généralement silencieuses. Les premiers signes n’apparaissent souvent qu’à un stade avancé, avec notamment des douleurs au niveau de l’hypochondre droit, une fatigue intense, une augmentation du volume de l’abdomen ou des œdèmes des membres inférieurs.
Le Dr Donatien Irambona fait savoir que les hépatites sont encore insuffisamment connues au sein de la population. Il constate que de nombreux patients arrivent dans les structures de soins alors que la maladie est déjà avancée et qu’ils ne peuvent plus bénéficier d’une perspective curative.
Le coût des examens et des traitements, un frein à la prise en charge
Ce spécialiste souligne que les hépatites B et C sont diagnostiquées dans la plupart des structures de santé du pays, contrairement aux hépatites A, D et E, qui ne le sont que dans quelques structures privées.
Il relève cependant que les examens indispensables, notamment la charge virale, sont coûteux. Le traitement de l’hépatite C coûte environ 600 à 700 000 francs par mois. Celui de l’hépatite B coûte environ 200 000 francs par mois lorsqu’il est disponible en vente libre, ce qui le rend difficilement accessible pour une grande partie de la population.
Pour prévenir ces infections, ce médecin recommande d’améliorer l’hygiène pour les hépatites A et E, d’éviter les rapports sexuels non protégés, de ne pas partager les objets tranchants ou piquants et de dépister toutes les femmes enceintes afin de protéger l’enfant à naître.
Pour Onesphore Nibigira, le message reste le même : « Les gens apprennent qu’ils ont la maladie trop tardivement, souvent lorsque c’est déjà compliqué. » Il appelle ainsi la population à ne pas avoir peur du dépistage et à consulter avant l’apparition des complications.
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