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Théiculture au Burundi : entre désintéressement des producteurs et défis de l’OTB

Le faible prix des feuilles de thé, le désintéressement des théiculteurs, le manque d’engrais… figurent parmi les principaux défis auxquels fait face actuellement le secteur du thé au Burundi. La direction de l’OTB reconnaît la baisse de la production et annonce des mesures pour y faire face. Faustin Ndikumana appelle à une réforme profonde de la gouvernance des entreprises publiques.

« Nous n’avons plus de motivation pour continuer à cultiver le thé. Les prix sont faibles alors que le thé exige beaucoup de force et de temps avant d’arriver à la récolte », déplorent certains théiculteurs de la commune Kayanza rencontrés sur le lieu de vente des feuilles vertes de thé.

Albert Karenzo, la cinquantaine, souligne que les difficultés ne se limitent pas aux prix. Selon lui, les producteurs ne sont pas payés directement après la livraison de leurs récoltes. « On nous donne des jetons ou des quittances et nous devons revenir un autre jour pour toucher notre argent. On peut passer toute une journée ici et rentrer sans avoir été payé. C’est malheureux. »

Pour lui et d’autres théiculteurs, le prix d’un kilogramme de feuilles de thé reste insuffisant au regard des dépenses engagées dans la culture. « Cinq cents BIF le kilo, c’est peu. Les feuilles de thé, comme celles de beaucoup d’autres plantes, ne pèsent pas lourd. Pour obtenir un kg, il faut une grande quantité de feuilles. De plus, la récolte se fait de manière sélective : seules les trois feuilles situées à l’extrémité de la tige sont récoltées, les autres ne sont pas nécessaires. Ainsi, une personne peut récolter plus de trois sacs et se retrouver avec seulement 8 à 10 kg. Cela représente très peu d’argent. »

Rappelons que lors d’une conférence de presse, les représentants des agriculteurs au sein de l’OTB ont indiqué que, sur une période de dix ans, l’Office burundais du thé aurait enregistré des pertes estimées à 7,5 millions tandis que la récolte serait passée de 11 t à 7,5 t. Parmi les raisons citées figure le désintéressement des théiculteurs pour cette culture.

 « C’est réel. La production du thé a baissé »

Gilles Mukundwa : « Nous avons proposé une hausse du prix du kilogramme de feuilles vertes afin de mieux motiver les théiculteurs »

Interrogé, Gilles Mukundwa, le directeur général de l’OTB, confirme que la production du thé a effectivement baissé. Selon lui, la principale cause est la démotivation des théiculteurs liée au prix du kilo de thé qu’ils jugent insuffisant.

« En deuxième position vient le manque de fertilisants minéraux au cours de ces trois dernières années ainsi que le manque de main-d’œuvre. »

Pour faire face à cette situation, il fait savoir que l’entreprise a proposé une hausse du prix du kilogramme de feuilles vertes afin de mieux motiver les théiculteurs. « Nous faisons également un plaidoyer pour obtenir l’autorisation d’importer des engrais. Nous sommes aussi en train d’expérimenter la mécanisation de certaines tâches afin de faire face à la rareté de la main-d’œuvre. »


Réaction

Faustin Ndikumana : « Il faut assainir le leadership des entreprises publiques »

Le président de Parcem rappelle d’abord que l’OTB est une entreprise publique à vocation commerciale, spécialisée dans la production de biens destinés à être commercialisés. Il la considère également comme une entreprise stratégique compte tenu de son rôle dans la vie économique du pays, et comme une entreprise industrielle à forte intensité capitalistique.
« Mais, malheureusement, l’entreprise affiche actuellement de faibles performances économiques. Les résultats sont médiocres. La cause, encore une fois, c’est une gestion souvent défaillante, un coût de production élevé, un manque de compétitivité, une faible capacité d’innovation, une absence d’adaptation à l’environnement ainsi qu’un manque de professionnalisme et d’énergie. Ce sont des caractéristiques que l’on retrouve surtout dans plusieurs entreprises publiques. »

Pour lui, les causes profondes de cette situation se trouvent notamment au niveau du leadership. Il dénonce une politisation excessive des nominations. Selon lui, les hauts cadres dans des entreprises publiques, y compris les directions générales, sont nommés pour des raisons politiques au détriment de l’expérience, de l’expertise et des compétences techniques nécessaires à la gestion d’une entreprise.
« C’est un handicap majeur au niveau du pilotage, de la gestion stratégique de l’entreprise et de la gouvernance. Dans ces circonstances, il n’existe pas de contrat de performance ni d’obligation de résultat puisque les nominations se font par décrets politiques, souvent pour récompenser des militants. Il n’y a pas non plus de véritable exigence en matière de dividendes à verser. »

La corruption et la faiblesse du contrôle

Une autre cause évoquée par le président de Parcem est la corruption qu’il qualifie de « cancer » de l’administration publique. « Les hauts cadres nommés pour diriger ces entreprises en profitent pour s’enrichir individuellement au détriment de la croissance des activités de l’entreprise. L’intérêt personnel prime sur l’intérêt général de l’entreprise. »

Il regrette également l’absence de mécanismes suffisamment efficaces pour prévenir et sanctionner les pratiques de corruption. « Ce qui est également préoccupant, c’est l’absence de mécanismes efficaces de déclaration des biens et la persistance de l’impunité face à la corruption. Tout le monde finit par se dire : “Si j’y arrive, c’est mon tour.” »

Ndikumana pointe par ailleurs la faiblesse des mécanismes de contrôle au sein des entreprises publiques. « Il n’y a pas de contrôle interne efficace. L’audit externe n’est pas suffisamment rigoureux et les états financiers ne sont pas toujours déposés auprès de la Cour des comptes pour certification. »

Un environnement macroéconomique difficile

Pour le président de Parcem, ces difficultés internes sont aggravées par un contexte macroéconomique défavorable marqué notamment par l’inflation, les difficultés de financement et les coûts élevés de certains intrants.

« L’inflation limite la compétitivité et la capitalisation de ces entreprises. La privatisation a également échoué. Pourtant, ces entreprises à forte intensité capitalistique pourraient bénéficier d’investissements, notamment étrangers, afin de leur permettre de se recapitaliser. »

Selon lui, une mauvaise planification et une mauvaise orientation des politiques publiques empêchent ces entreprises de bénéficier d’une véritable bouffée d’oxygène grâce à la recapitalisation. « Cette dernière pourrait accroître leur capital et permettre de privatiser leur gestion afin de les rendre beaucoup plus performantes et compétitives. Le gouvernement doit aussi prendre en compte les facteurs macroéconomiques tels que la fiscalité, le carburant, l’inflation et l’électricité qui influencent directement les coûts de production. »

Face à cette situation, cet économiste appelle à un assainissement profond des entreprises publiques aussi bien sur le plan de leur gouvernance que de leur fonctionnement financier. « Il faut assainir le leadership, maîtriser les charges, renforcer la transparence, lutter efficacement contre la corruption et recapitaliser ces entreprises à travers un plan structuré. Il faut également réaliser des audits organisationnels et financiers afin d’évaluer leur situation et, à terme, privatiser leur gestion. »

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