Vu de loin, le camp des réfugiés de Busuma offre un panorama d’un site remplissant les conditions vitales minimales. Des tentes blanchâtres à perte de vue sont séparées par des avenues apparemment bien aménagées. Mais, plus on approche, plus une autre réalité se dessine. Déjà sur les visages des occupants, c’est le désespoir. On voit des enfants mal vêtus, affamés, ventres ballonnés, etc. « Donnez-moi à manger. Aidez-moi », lancent-ils à tout nouveau-venu dans le site. Certains n’hésitent même pas à exposer leurs ventres-creux pour susciter la pitié. Des vieux et de veilles mamans sont retranchés dans des tentes usées. Ils essaient de se protéger contre des vents froids qui envahissent le site tout l’avant-midi.
Certaines mères ne parviennent pas à retenir leurs larmes. « C’est très touchant quand on est une mère et que tes enfants te demandent à manger alors que tu n’as rien à leur offrir », avoue une mère réfugiée. Après avoir essuyé ses larmes, elle décrit les conditions de vie très dures vécues. «Nous souffrons beaucoup dans ce camp. Nous mourons de faim. On passe très souvent une journée ou deux jours sans rien mettre sous la dent. »
D’après elle, la situation se détériore du jour au jour. Elle indique qu’ils ne reçoivent presque plus d’assistance alimentaire. « C’est vraiment très insignifiant si bien qu’on ne peut pas continuer à parler d’assistance. » Cette mère de cinq enfants ajoute que même l’aide financière a été revue à la baisse. « Avant, chaque personne recevait 38 mille BIF par mois mais, actuellement, c’est 13 mille BIF. Trouvez-vous cela humain ? »
De son côté, le prénommé Delphin, un autre réfugié signale que cette somme est très minime. « Qu’est-ce qu’on peut acheter aujourd’hui avec cet argent ? Pire, on nous dit que c’est pour tout un mois. C’est se moquer de nous tout simplement. » Selon lui, même pour un bébé, c’est insignifiant. « Les gens vivent comme des animaux. Nous n’avons pas de tentes ni de nourritures. Et quand on tombe malade, Dieu seul sait la suite. »
Cet enseignant revient sur d’autres difficultés. Il évoque le froid qui règne sur place. « Vraiment, il fait très froid de telle sorte qu’on voit même des hommes adultes trembloter. L’eau, les médicaments, les lieux d’aisance, … manquent aussi cruellement. »
A l’approche du début de la saison pluvieuse, le prénommé Bosco, un autre réfugié, évoque le manque ou la vétusté des tentes. « Même ceux qui ont des tentes, celles-ci sont déjà usées ou déchirées peut-être suite à ces vents. Comment allons-nous vivre avec les pluies ? »
« Nous voulons regagner notre chère patrie »

Pour ces réfugiés congolais, le seul moyen pour échapper à ce calvaire est le rapatriement. «Nous voulons rentrer chez nous. Ici, tout le monde demande de regagner notre pays, la RDC. Nous ne savons pas pourquoi on ne nous laisse pas partir », lâche Delphin.
Très remonté, un autre réfugié congolais a hâte de rentrer. « Qu’on amène beaucoup de bus, et qu’on embarque tous les réfugiés pour qu’on regagne notre chère patrie. »
Interrogé s’il ne craint pas la guerre qui sévit encore dans certaines localités de l’est de la RDC, sa réponse est tranchante. « Vaux mieux mourir par balles au lieu de mourir de faim et de froid ici, devant nos enfants. Nous allons nous battre pour notre pays. »
« De la patience ! », plaident Gitega et le HCR
« Votre sécurité importe plus. Personne ne peut s’engager à envoyer des gens dans des zones où il y a encore des conflits et des affrontements. Bien sûr que cela va prendre du temps mais je pense qu’il faudrait aussi nous comprendre. Votre sécurité et vos vies importent plus », a insisté Edouard Bizimana, le chef de la diplomatie burundaise. C’était le 14 août 2026 après une visite effectuée dans ce camp en compagnie avec la représentante du HCR au Burundi, des diplomates africains et d’un représentant de l’Union africaine.
Tout en reconnaissant que leurs conditions de vie sont très difficiles, il leur a demandé d’être patients.
Il a en outre souligné que le Burundi est pour le retour de la paix en RDC. « Le gouvernement du Burundi travaille main dans la main avec les partenaires, le gouvernement congolais et le HCR. Le Burundi soutient et soutiendra toujours toutes les initiatives visant à ramener et à renforcer la paix à l’est de la RDC. »
Le retour de la paix est aussi mis en avant par le HCR avant d’autoriser un rapatriement massif. « L’ensemble de la communauté internationale ne peut pas s’engager à envoyer les gens là où il y a encore des combats. C’est pourquoi nous allons y aller progressivement et petit à petit », a souligné, à son tour, Brigitte Eno-Mukanga, représentante du HCR au Burundi.
Elle a par ailleurs annoncé qu’une réunion tripartite (HCR, Burundi et RDC) tenue à Kinshasa a seulement autorisé le retour vers des zones sécurisées. « Nous avons commencé le rapatriement au mois d’avril. Maintenant, nous sommes presque à 13 mille personnes qui sont déjà partis. »
Selon elle, chaque semaine, des convois d’environ 1 000 personnes sont organisés pour rapatrier des réfugiés congolais originaires des zones déjà sécurisées.
Pour pouvoir assister ces réfugiés, les besoins sont évalués à 33,2 millions de dollars américains selon l’appel à fonds lancé en décembre 2025 par le HCR et le gouvernement du Burundi. Plus de six mois après, la mobilisation est encore à 30%.
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.