Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3654 jours. Nous ne l'oublions pas.

Dix ans après Jean Bigirimana, la question qui refuse de mourir

Dix ans se sont écoulés depuis ce vendredi 22 juillet 2016 où notre rédaction apprenait que notre confrère Jean Bigirimana venait d’être arrêté à Bugarama. Dix années de silence. Dix années sans vérité. Dix années durant lesquelles une même question continue de hanter le Burundi : où est Jean Bigirimana ?

Le temps apaise parfois les blessures. Il n’efface pas les disparitions. Lorsqu’un être humain disparaît sans laisser de trace, ce ne sont pas seulement une épouse, des enfants ou des collègues qui vivent dans l’incertitude. C’est toute une société qui finit par considérer l’inacceptable comme une fatalité.

L’affaire Jean Bigirimana dépasse aujourd’hui le destin d’un seul homme. Elle interroge notre rapport à la justice, la valeur que nous accordons à la vie humaine et la responsabilité de l’État envers chacun de ses citoyens.

Jean était journaliste. Mais avant tout, il était un citoyen burundais. Comme tout citoyen, il avait droit à la protection de la loi. S’il avait commis une infraction — ce qui n’a jamais été démontré — il avait droit à un procès équitable. Rien de cela ne lui a été accordé.

Une disparition forcée ne prive pas seulement une victime de ses droits ; elle fragilise l’État de droit. Lorsqu’ aucune réponse n’est apportée à la disparition d’un homme, chacun comprend que demain, cela pourrait arriver à n’importe qui. L’impunité ne s’arrête jamais à une seule victime.

Pour Iwacu, ces dix années ont été celles d’une absence qui ne s’est jamais refermée. Nous avons continué à exercer notre métier, convaincus que le meilleur hommage à Jean n’était ni le silence ni la peur, mais la fidélité à notre mission.

Cette année encore, les plus jeunes journalistes de la rédaction déposeront une gerbe en sa mémoire. Ce geste signifie que la relève est là, prête à poursuivre le même engagement : informer avec rigueur et donner la parole à tous. Dix ans après, nous ne demandons ni privilège ni compassion. Nous demandons la vérité.
Où est Jean Bigirimana ? Qui l’a arrêté ? Que lui est-il arrivé ? Qui répondra de sa disparition ?

Nous pensons aujourd’hui à son épouse, Godeberthe, ainsi qu’à leurs deux fils contraints de vivre loin de leur pays. Leur attente est aussi la nôtre.

Nous avons déposé plainte contre X et poursuivrons toutes les démarches nécessaires. Non par esprit de revanche, mais parce qu’aucune société ne peut durablement se construire sur des disparitions sans vérité.

Un proverbe kirundi affirme qu’ « agapfuye kabazwa ivu ». Nous refusons cette résignation. Nous croyons, au contraire, qu’ « agapfuye kabazwa abantu ». Les morts demandent des comptes aux vivants. Et tant que la vérité ne sera pas connue, Jean Bigirimana continuera de nous rappeler cette exigence.

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