« L’embellissement de la ville est en soi une bonne chose. Mais, exiger à chaque citoyen de paver l’espace situé entre la chaussée et sa parcelle est un casse-tête compte tenu du coût des matériaux que cela exige », s’indignent certains citoyens rencontrés dans la ville de Bujumbura. Ils évoquent une santé financière faible ne leur permettant pas la mise en application de ladite ordonnance.
Du sud au nord de la ville, en passant par le centre, les critiques fusent de partout. Les riverains des axes routiers se lamentent. « Nous adhérons à ce projet. Mais, les autorités devraient tenir compte de la capacité financière de chaque citoyen avant de prendre des sanctions », estiment-ils.
Par ailleurs, ils disent que l’entretien de l’espace public incombe, au premier chef, aux services publics. « Ma maison se trouve sur la route principale. Elle est en brique adobe. Pourquoi m’exiger de paver devant cette maison qui n’est pas cimentée à l’intérieur », s’insurge N.F, un habitant du quartier Kiyange en commune Ntahangwa.
Il fait savoir qu’il a contracté une dette auprès d’un ami pour acheter deux sacs de ciment. « Pour ne pas m’attirer des ennuis avec l’administration locale, j’ai fait le pavage bon gré malgré ».
Dans certains quartiers, les habitants estiment qu’il est difficile de garantir la propreté du moment que ces quartiers ne sont pas viabilisés. « A certains endroits, les eaux usées s’écoulent sur la voie publique ou sur la chaussée. Comment alors garantir la propreté dans ces conditions », s’interrogent-ils.
D’autres évoquent le manque d’eau. Dans certaines localités du nord et du sud de la capitale économique, l’eau est devenue une denrée rare. Les habitants peuvent passer plus d’une semaine sans eau dans les robinets. Ils ne voient donc pas comment garantir la propreté dans ces conditions.
Cap sur la RN3
Les propriétaires des parcelles se trouvant aux abords de la route nationale Bujumbura-Rumonge (RN3) s’interrogent sur la valeur ajoutée de paver la chaussée d’une route complètement délabrée et pleine de nids de poule.
Le long de cette route, la mesure est appliquée presque à moitié. Les gens s’insurgent contre son état piteux. Selon eux, faire le pavage serait une peine perdue. « Pendant la saison pluvieuse, les véhicules jettent de la boue sur les piétons et sur nos habitations. Pendant la saison sèche, c’est la poussière qui envahit nos habitations », déplore H.L. un habitant du quartier Ruziba, commune Mugere.
Par ailleurs, la plupart des propriétaires ayant déjà fait le pavage craignent des démolitions éventuelles. Ils ont entendu dire qu’il y a un projet de réhabiliter ladite route. « A qui incombera la responsabilité de remettre en état le pavage qui sera démoli ? A qui reviendra la responsabilité financière de réparer les dommages causés ? »
D’un côté, pas d’harmonie, de l’autre, des amendes excessives
Sur le terrain, le constat est que l’ordonnance est appliquée différemment. L’harmonie et le respect des normes en matière de construction laissent à désirer.
« Le pavage devait être uniforme pour tout le monde afin que la ville ait un même look », regrette G.K. un habitant du quartier Rohero, zone et commune Mukaza. D’après lui, quand les uns posent les dalles et qu’à côté le voisin met un béton armé, l’harmonie est compromise. Les raisons avancées par les propriétaires des parcelles restent les moyens financiers limités.
« Par ailleurs, l’autorité ayant sorti l’ordonnance ne l’a pas accompagnée d’un schéma directeur à suivre, encore moins, il n’y a pas eu de coordination. D’où, chacun le fait comme il l’entend ».
Sur d’autres axes routiers comme le boulevard Lieutenant Général Adolphe Nshimirimana, rien n’est encore fait. Les concernés disent attendre la fin des travaux de sa réhabilitation. « Je ne peux pas engager aucune dépense du moment qu’on est en train de tout démolir », se désole le prénommé James, habitant du quartier Mutakura, zone Cibitoke en commune Ntahangwa.
Par ailleurs, les citoyens dénoncent que les amendes administratives sont excessives. Selon eux, certains administratifs à la base s’arrogent le droit d’infliger des amendes qui dépassent le plafond fixé par la loi.
G. estime que les ministères ayant sorti l’ordonnance devraient revoir à la baisse les amendes prévues. « Je n’ai jamais eu plus de 20 000 BIF dans ma poche. Comment vais-je payer les 100 000 BIF qui m’ont été infligés».
Qu’en est-il des établissements publics ?
Au moment où certains services publics s’activent pour faire le pavage devant leurs bureaux, d’autres trainent les pieds. Dans la commune Ntahangwa, plusieurs établissements scolaires n’ont pas encore répondu à l’appel. Les responsables avancent comme motif les moyens financiers limités.
Il a été constaté aussi que le pavage n’a pas encore été fait devant les bureaux de la commune Ntahangwa dont le chef-lieu se trouve sur la RN5 (route Bujumbura-Cibitoke) dans la zone Mutimbuzi.
Dans le centre-ville, le pavage devant le ministère des Affaires étrangères et le nouveau siège de la Banque commerciale du Burundi est flambant neuf. Ce qui n’est pas le cas devant le building communément appelé « Grand bureau » qui abrite certains services du ministère de l’Intérieur et de la Fonction publique.
Le ministre de l’Intérieur tranquillise

La tournée du 30 juin a été effectuée par quatre ministres, à savoir Léonidas Ndaruzaniye, en charge de l’intérieur ; Egide Nijimbere en charge des infrastructures ; celui de la Santé publique Fidèle Nkezabahizi et Evelyne Butoyi en charge de la communication.
S’adressant à la population, Léonidas Ndaruzaniye a tranquillisé. Il a précisé que le gouvernement n’a pas l’intention de sanctionner la population comme certains peuvent le croire. « L’ordonnance vise plutôt à améliorer les conditions de vie des citoyens et à promouvoir une culture d’hygiène et d’assainissement ».
Mais, il a en même temps annoncé qu’à partir du 30 juin 2026, toute personne qui ne respectera pas les dispositions de cette ordonnance s’exposera aux sanctions prévues par la loi. « Les récalcitrants s’exposent à la rigueur des sanctions prévues par la législation burundaise en la matière ».
Il a également demandé aux autorités administratives à la base, de s’impliquer davantage dans la sensibilisation et de faire le suivi de la mise en œuvre des mesures d’hygiène.
Le ministre Ndaruzaniye a enfin déclaré que le mois de juillet est officiellement dédié à l’hygiène et à l’assainissement sur toute l’étendue du territoire national sous le thème : « Un Burundi propre et sans déchets ».
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.