Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3640 jours. Nous ne l'oublions pas.

Des quartiers en pleine expansion, mais peu viabilisés

Le gouvernement envisage des opérations de viabilisation dans certains quartiers périphériques de Bujumbura où des maisons sont déjà construites. De nombreux propriétaires s'en inquiètent. Des experts en urbanisme dénoncent un manque de planification en la matière.

Au nord de la ville de Bujumbura, notamment dans le quartier Tenga, de nombreuses maisons aux architectures modernes sortent de terre. Derrière ces constructions qui poussent rapidement se cache toutefois une réalité préoccupante : les petites avenues reliant les habitations ne respectent souvent aucune norme de viabilisation. Les systèmes de canalisation et de drainage des eaux sont inexistants. Plusieurs riverains craignent des conséquences désastreuses lors des fortes pluies.

Dans une boutique du quartier, un père de famille accueille les clients aux côtés de son épouse. Il affirme avoir acheté sa parcelle dans le respect des procédures légales avant d’y construire sa maison.
« Je n’ai pas construit clandestinement. Tout s’est fait en bonne et due forme. Aujourd’hui, on nous parle de viabilisation après les constructions. Cela n’augure rien de bon », confie-t-il.

Comme lui, plusieurs habitants disent avoir obtenu leurs terrains en toute légalité. Ils peinent à comprendre pourquoi leurs quartiers sont aujourd’hui qualifiés d’anarchiques.
« Pour acheter une parcelle ici, les mesures ont été prises devant les autorités compétentes. Aujourd’hui, on nous dit que nos constructions sont anarchiques. Où étaient ces mêmes autorités lorsque nous achetions ces terrains ? », s’interroge un autre résident.

Tout en reconnaissant la nécessité de prévenir les risques d’inondation ou d’autres catastrophes, ces habitants estiment que les travaux de viabilisation auraient dû être réalisés avant l’installation des populations.
« Les autorités auraient dû aménager les quartiers avant de laisser les gens investir des millions dans l’achat des terrains et la construction de leurs maisons », regrette un habitant.


Réactions

Gabriel Rufyiri : « Un projet doit être encadré par la loi »

Pour le président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), toute politique d’urbanisation doit reposer sur un cadre légal rigoureux.
Selon lui, avant toute autorisation de construire, l’État, en tant que régulateur, doit s’assurer que le site ne présente aucun risque majeur, notamment en cas de fortes pluies.

Il déplore en outre la multiplication des constructions anarchiques. « Des maisons sont construites à proximité des rivières sans respecter les 25 m réglementaires. Cela traduit une défaillance dans les décisions publiques ».

L’ancien schéma directeur de l’urbanisme, explique-t-il, n’a jamais été suffisamment actualisé malgré l’expansion rapide de la ville. « Les constructions anarchiques se multiplient dans les périphéries parce que le schéma directeur n’a pas suivi l’évolution de la ville », souligne-t-il.
Avec l’extension continue de Bujumbura, il estime que l’absence d’un schéma directeur actualisé rendra les interventions futures dans la viabilisation de plus en plus complexes.

Pour lui, les citoyens devraient construire uniquement dans des zones préalablement viabilisées. Il estime également que chaque quartier devrait respecter les normes architecturales définies afin d’assurer une urbanisation harmonieuse.
« Aujourd’hui, chacun construit selon ses propres moyens et ses préférences. Cela complique énormément la gestion de la ville », observe-t-il.

S’agissant des éventuelles démolitions de maisons construites dans des zones problématiques, M. Rufyiri appelle à la prudence. « Toute démolition devrait être étudiée minutieusement. Notre vision du développement urbain reste malheureusement à court terme ».

Il regrette également l’absence d’une planification à long terme. « Il aurait fallu planifier le développement de la ville sur au moins cinquante ans. La croissance démographique était prévisible. Aujourd’hui, même pendant les périodes de pénurie des carburants, les embouteillages persistent ce qui constitue un signe évident d’un déficit de planification. »

Selon lui, des quartiers aujourd’hui fortement urbanisés comme Carama, Tenga, Gihosha Rural ou Nyabugete ne figuraient pas dans l’ancien schéma directeur. « Ceux qui avaient élaboré cette vision auraient dû anticiper l’évolution démographique et l’extension des villes », conclut-il.

Gaspard Kobako : « La viabilisation doit précéder les constructions »

Pour cet expert en urbanisme, le principal problème réside dans l’absence de planification préalable. « Le gouvernement dispose d’un schéma directeur, mais celui-ci n’est plus adapté à la réalité actuelle. Souvent, l’État attend que les problèmes deviennent critiques pour intervenir », explique-t-il.

Selon lui, toute opération de viabilisation doit être planifiée avant l’occupation des terrains, avec des mécanismes d’indemnisation clairement définis lorsque cela s’avère nécessaire. « Viabiliser après les constructions pénalise aussi bien les citoyens que l’État. Les habitants risquent de perdre les investissements réalisés dans leurs maisons ».

Face à l’expansion rapide de Bujumbura, il recommande au gouvernement de mettre en œuvre un plan d’urbanisation strict. « La ville continue de s’étendre sur de nouveaux espaces. L’État doit fixer des limites claires et empêcher les constructions dans les zones non aménagées plutôt que d’intervenir une fois les problèmes installés », conclut-il.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU