Selon Espérance Nkurikiye, les réfugiés perdent souvent espoir avec de longues années d’exil. Ils peuvent être manipulés par des groupes politiques. Certains craignent même que leur retour au pays ne mette leur vie en danger. À leur tour, des résidents peuvent considérer les exilés comme des personnes à surveiller. Ce qui entretient la méfiance.
D’autres habitants soulignent que l’exil favorise les rumeurs et les perceptions négatives entre ceux qui vivent à l’étranger et ceux qui sont restés au pays. Le retour permet alors des contacts directs qui contribuent à déconstruire les stéréotypes et à réduire les tensions.
Pour M.N., les exilés rapatriés peuvent participer aux initiatives de dialogue, de médiation et de réconciliation, démontrant ainsi que les différends du passé peuvent être surmontés par la coexistence pacifique.
Un autre résident rappelle toutefois que la vulnérabilité des exilés est parfois exploitée par des politiques pour les entraîner dans des rébellions.
Jean Ndayizeye estime enfin que les discours de haine prospèrent à partir de la peur de l’autre. Le retour et la réintégration des exilés démontrent concrètement qu’il est possible de vivre ensemble malgré les divergences. Ce qui affaiblit les messages qui présentent certains groupes comme des ennemis.
Préserver leurs propres intérêts
Désiré Mukunzi, conseiller collinaire sur la colline Muyange et ancien réfugié rentré au Burundi en 2012, estime que la persistance des discours de haine est liée au maintien de nombreux Burundais à l’étranger. Il témoigne qu’au camp de réfugiés en Tanzanie, les informations diffusées présentaient souvent les personnes restées au pays comme responsables des malheurs des exilés.
Selon lui, ces messages provoquent le découragement et entretiennent la méfiance envers le Burundi. Il affirme également que certains groupes s’opposent au retour des réfugiés afin de préserver leurs propres intérêts, malgré le retour de la paix et de la stabilité dans le pays.
Pour M. Mukunzi, la présence de milliers de Burundais à l’extérieur demeure une source d’inquiétude. Il craint que certaines personnes ne puissent être manipulées et utilisées pour déstabiliser le pays ou remettre en cause les acquis déjà obtenus.
Estimant que les conditions d’accueil sont aujourd’hui réunies, il lance un appel aux réfugiés pour qu’ils regagnent leur patrie. Il invite également les communautés locales à réserver un bon accueil aux rapatriés et à les accompagner dans leur réintégration. Il exhorte enfin les habitants restés sur les collines à éviter toute attitude de méfiance ou de suspicion à l’égard de ceux qui reviennent d’exil.
Un dialogue sincère autour des causes de l’exil
Le chercheur et expert en consolidation de la paix, Dismas Ndayikengurukiye, estime que le rapatriement volontaire des exilés peut contribuer à réduire les discours de haine, à condition que les causes de l’exil soient abordées dans un dialogue sincère entre les parties concernées.
Selon lui, la présence de Burundais vivant à l’étranger contre leur gré alimente la méfiance entre exilés et résidents. Certains exilés considèrent que la stabilité reste incomplète tant que tous les citoyens ne peuvent rentrer librement tandis que d’autres voix appellent à la vigilance face à ce qui pourrait être préparé hors du pays. Ces perceptions opposées entretiennent les tensions et freinent le retour volontaire.
L’expert souligne également que les réseaux sociaux amplifient aujourd’hui ces frustrations et peuvent favoriser la diffusion de messages hostiles, voire influencer négativement certains partenaires du développement.
Pour renforcer la cohésion sociale, M. Ndayikengurukiye préconise un cadre de dialogue entre les exilés et les autorités afin d’évaluer les causes de l’exil, rassurer les personnes concernées et restaurer la confiance. Un retour fondé sur le dialogue et la confiance permettrait d’atténuer les tensions et de réduire les messages de haine.
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