Certains habitants de la colline Ngarama en commune Ruyigi de la province de Buhumuza, estiment que cette sagesse ancestrale s’adresse directement à ceux qui profèrent des injures et utilisent un langage haineux sans se contrôler. Le proverbe rappelle que la parole, une fois prononcée, échappe à son auteur et peut causer des dégâts irréversibles. Jean Ndayizeye, un habitant, explique la portée du message. « Nos ancêtres ont voulu conseiller ceux qui ne maîtrisent pas leurs émotions et qui disent du n’importe quoi. Comprendre cette réalité et s’efforcer de l’appliquer devient alors une bonne chose. »
Pour d’autres résidents, la tradition burundaise rejette les paroles lancées au hasard, le langage violent et les propos tenus sous l’emprise de l’émotion. C’est pourquoi, rappellent-ils, les ancêtres mettaient en garde contre ceux qui s’exprimaient sans réfléchir afin de prévenir la haine et les divisions.
Evelyne Ndayizeye insiste sur la responsabilité individuelle. « Chacun doit prendre garde pour éviter de semer la haine et la zizanie à travers ses discours ». Elle rappelle que ceux qui parlent sans mesurer le regrettent souvent après avoir constaté les dégâts : la haine, les divisions et, dans des cas extrêmes, les massacres.
Le contrôle et la maîtrise de soi
Les habitants de la colline Ngarama sont unanimes. Le contrôle et la maîtrise de soi dans le langage permettent de maintenir de bonnes relations avec les autres et de préserver le vivre-ensemble. En appliquant le proverbe « Irirenze umunwa riba rirenze impinga », ils voient un moyen concret de désamorcer les tensions et de protéger la cohésion sociale dans le pays.
Selon Marie Kibwigiri, la cheffe de la colline Ngarama, ce proverbe joue un rôle important dans la maîtrise de la communication. Elle indique qu’une mauvaise parole a des conséquences néfastes notamment les divisions, la méfiance et les suspicions. Elle conseille la population à suivre la ligne tracée par les ancêtres qui est de bien réfléchir avant de tenir des propos.
D’après le sociologue Richard Nkunzimana, « un mauvais langage tue » et il est important de réfléchir avant de parler. Pour lui, chaque mot prononcé produit un impact positif ou négatif sur la société. Il rappelle que les crises cycliques qui ont secoué le Burundi ont laissé des traces profondes. Dans ce contexte, tenir des propos déplacés sans mesurer leur gravité et portée revient à alimenter les tensions, souligne-t-il.
Communiquer, un acte de responsabilité collective
Richard Nkunzimana reprend le proverbe français : « Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ». L’objectif est d’éviter les ennuis liés aux mauvaises interprétations des propos tenus au sein de la société. La prudence dans la communication devient ainsi un acte de responsabilité collective.
Bien plus, la règle vaut pour tous. Les citoyens ordinaires tout comme les dirigeants doivent utiliser un langage pacifiste et réfléchi. « Toute personne est appelée à communiquer avec prudence. Le discours tenu par une autorité ou par un simple citoyen doit être cadré et orienté vers la consolidation de la paix », insiste-t-il.
« Il fait faire de la parole un instrument de cohésion plutôt qu’un facteur de division. Maîtriser son langage, c’est protéger la communauté. », conclut-il.