
Les dés sont jetés. À un an du scrutin présidentiel, le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, vient d’être investi par son parti, le CNDD-FDD, comme candidat à sa propre succession. Une occasion pour lui de présenter son programme. Dans son discours, il a précisé les grandes priorités. Entre autres : sécurité et stabilité de l’État, promotion d’une justice équitable, renforcement de la bonne gouvernance et de l’État de droit, lutte contre la pauvreté et amélioration des conditions de vie, modernisation des secteurs économiques et sociaux clés du pays (agriculture, élevage, commerce, éducation). Le programme de Ndayishimiye repose sur une logique claire : stabilité, développement progressif, souveraineté économique qui s’inscrivent dans la continuité.
La désignation du président sortant a suscité moult critiques et interprétations. Une opinion estime que la désignation relativement précoce d’Évariste Ndayishimiye réduit les risques de divisions au sein du parti qui reste un parti structuré mais sensible aux équilibres internes. C’est aussi une stratégie défensive, un besoin de renforcer la légitimité du candidat, une volonté d’éviter toute surprise politique. Elle donne un avantage stratégique sur l’opposition.
Pour ses détracteurs, le programme reste très général avec peu de chiffres, de calendrier, d’indicateurs mesurables. Ils dénoncent les restrictions politiques, le manque d’indépendance institutionnelle. Ils se demandent si la frontière entre gouvernance et campagne ne devient pas floue : « En officialisant sa candidature tôt, Ndayishimiye peut présenter ses actions actuelles comme partie de son programme, utiliser les politiques publiques comme outil de campagne. » Ils évoquent l’article 105 de la Constitution qui stipule que si le président de la République en exercice se porte candidat, il ne peut pas dissoudre le Parlement.
Selon un politologue, cette désignation anticipée n’est pas exceptionnelle dans des systèmes politiques dominés par un parti fort. Elle répond à trois logiques principales : contrôle interne (discipline du parti), avantage stratégique (face à une opposition faible), construction progressive de la victoire.
L’article 1 de la Constitution stipule que le Burundi est une République démocratique. Tout régime démocratique implique, en théorie politique, la présence de forces d’opposition. Que propose l’opposition, apparemment fragmentée et affaiblie, aux Burundais ? C’est facile de critiquer.
Une opposition qui n’existe que pendant les élections reste faible. Elle doit devenir une force politique permanente, utile et visible au quotidien, passer d’une logique électorale à une logique d’influence. Elle ne devrait pas se poser la question de comment gagner en 2027, mais plutôt comment peser chaque jour sur la société et le pouvoir. Elle doit devenir une force de proposition permanente. On l’entend rarement réagir, par exemple, sur les prix qui montent, les pénuries, les décisions du gouvernement. Même sans être au pouvoir, l’opposition burundaise devrait surveiller les politiques, défendre les citoyens, jouer un rôle d’équilibre. Les Burundais attendent d’elle un projet de société efficace, concret et crédible, une vision claire. Ils ont besoin d’un bon programme politique qui va droit au but, qui trace quelques priorités fortes, des mesures concrètes.
En définitive, une opposition forte ne se « réveille » pas pour les élections. Elle existe déjà comme alternative crédible avant même le vote. Si l’opposition burundaise veut devenir compétitive, elle doit être utile aux citoyens, être présente en permanence. Elle doit structurer son organisation, produire des idées concrètes, construire une crédibilité sur le long terme. Les élections ne sont que le moment où le travail est évalué, pas le moment où il commence. Le parti de l’aigle a bien compris la logique…