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Politique

Mukike : Quand la construction d’un marché inquiète

28-12-2017

Trente maisons et boutiques ont été détruites la semaine dernière à Kavovo en commune Mukike de la province Bujumbura. L’espace récupéré abritera un marché en dur. Les propriétaires réclament des indemnités.

Vendredi le 15 décembre à 14 heures. Les habitants de Kavovo, à l’endroit où sera construit un marché moderne, assistent impuissants à la destruction de leurs maisons et boutiques par des bulldozers. Ils ne savent pas à quel saint se vouer.

Raphaël Bucumi, commerçant au marché de Kavovo n’y va pas par quatre chemins : «Cette décision est injuste. L’administrateur communal a ordonné la destruction des maisons et des boutiques sans le moindre avertissement».

Là où le bât blesse, ce responsable communal avait déclaré que des indemnités ne seront pas versées. Il les accuse d’avoir construit sur un terrain appartenant à la commune : « Ce n’est pas le cas ».

M. Bucumi affirme avoir acheté sa parcelle à 96 mille Fbu en 1994 à Cyprien Nutwiwe. «L’achat s’est fait en bonne et due forme». Les autorités communales avaient certifié l’achat.

Les documents administratifs en témoignent. Et de se demander : « Comment les autorités communales de l’époque avaient certifié la vente d’un terrain appartenant à la commune?»

Désespéré, ce père de huit enfants précise que sa maison avait une valeur de 27 millions de Fbu. Il était établi sur cette parcelle avec sa famille : « Aujourd’hui, nous sommes sans abris». Cette propriété était son gagne-pain. «Le manque à gagner dépasse un million de Fbu par mois.» Avant de souligner qu’ils ne vont pas lâcher : «Nous réclamons des indemnités équivalentes aux biens détruits».

Un bulldozeur en train de détruire une boutique

«Les bulldozers ont détruit mes trois maisons d’une valeur de 5o millions de Fbu», regrette Ntarina, un autre commerçant au marché de Kavovo.

Les marchandises ont été également emportées. La valeur dépassait 10 millions de Fbu. La destruction de nos maisons n’a pas respecté les conclusions d’une réunion entre les commerçants et les membres du Conseil communal tenu au mois d’août dernier.

Au cours de cette réunion, ces responsables communaux avaient clairement déclaré que les maisons et boutiques en dur ne seront pas détruites : « Seules les propriétaires des kiosques en bois étaient avisées».

M. Ntarina affirme qu’il avait acheté sa parcelle en 1982 à un certain Lambert pour un montant de 100 mille Fbu. La commune ne s’est jamais s’opposée à cette vente. Avant de préciser : «Le manque à gagner s’élève à 300 mille Fbu par mois.» Et il demande au gouverneur de se saisir de cette question.

Carine Magwingwiri habite à Kavovo, elle parle d’une spoliation pure et simple : «Ma maison a été démolie injustement. Elle ne se trouvait pas dans la propriété de la commune. Je l’avais construite sur un terrain que j’avais acheté à Melchior Ntawumenya en 2006 pour un montant de 620 mille Fbu». Les autorités administratives avaient certifié l’opération d’achat.

Mme Magwingwiri précise qu’il avait sollicité un crédit pour construire sa maison « Actuellement, j’ai trouvé un abri avec ma famille chez un ami.» Et de signaler qu’elle avait déposé une plainte au tribunal de grande instance de Bujumbura.

«Une propriété de la famille Inamugunga»

André Musobozi, membre de cette famille, soutient que la commune a occupé illégalement leur propriété en 1958. C’est à partir de cette date qu’a vu le jour le marché de Kavovo.

«Depuis cette période, nous avons réclamé en vain sa restitution.» Les autorités administratives qui se sont succédé à la tête de la commune avaient élargi progressivement la superficie du marché. «Elles ont également vendu des parcelles aux commerçants». En 2000, ils ont déposé une plainte au tribunal administratif. Actuellement, le dossier se trouve à la Cour suprême.

M. Musobozi désapprouve, par ailleurs, la décision de l’administrateur communal. « Il a choisi la voie de la force. Il a décidé de construire un marché sur un terrain litigieux». Le dossier se trouve dans les mains de la justice. Il se demande pourquoi l’administrateur n’a pas attendu la décision finale de la Justice.

Le terrain occupé par la commune, dit-il, s’étend sur une superficie de 5 hectares. Il s’étonne que les autorités communales continuent d’élargir cette superficie. «Et des fois, elles déploient des forces de sécurité pour intimider les gens».

«Le terrain appartient à la commune »

Rénovant Nimubona, administrateur de la commune Mukike, balaie du revers de la main les accusations des habitants de Kavovo. Leurs allégations ne sont pas fondées : « Ils réclament des indemnités alors qu’ils ont construit leurs maisons sur un terrain appartenant à la commune».

Il appelle les personnes lésées à attendre la décision de la justice. «Ceux qui auront gain de cause recevront leurs indemnités.» Avant de préciser : «Même ceux qui avaient des maisons en dur, nous les considérons comme ceux qui avaient des kiosques en bois».

M. Nimubona affirme que les habitants et les commerçants de cette localité ont été mis en demeure depuis le mois de janvier de cette année. «La majorité des commerçants se sont réjouis de ce projet. Seule une poignée de gens avait refusé de déménager». Ils indiquent qu’ils ont acheté leurs parcelles à la commune.

Avant de renchérir : «La commune n’a jamais par le passé vendu le moindre mètre carré aux particuliers». Une autre catégorie de commerçants évoquent avoir acheté leurs propriétés à d’autres personnes : «Ils n’ont qu’à adresser leurs plaintes à la justice».

L’administrateur communal rejette également les accusations de la famille Inamugunga. «Cette famille a porté plainte au tribunal administratif contre la commune en 2000. Elle n’a pas eu gain de cause». Elle a interjeté appel à la Cour suprême. «Qu’elle attende le jugement définitif.» Et de promettre : «Si la Justice lui donne raison, la commune lui accordera un autre terrain».

Et de tranquilliser les commerçants dont les boutiques ont été détruites. Ils assurent qu’ils auront droit à un stand dans le nouveau marché, une promesse de l’administration.

Ce projet permettra le développement de la commune Mukike : «Les travaux de construction seront exécutés en deux phases.» La première phase va coûter 400 millions de Fbu. Une fois le projet concrétisé, les recettes communales augmenteront considérablement.

  1   Vos commentaires
  1. Joas

    La loi de la jungle érigée en mode administration! La prochaine étape est l’expulsion des ménages et des champs.

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