En mal de médicaments

par Antoine Kaburahe, Léandre Sikuyavuga, Fabrice Manirakiza, Agnès Ndirubusa, Clarisse Shaka, Rénovat Ndabashinze, Christian Bigirimana, Martine Nzeyimana, Diane Uwimana, Raymond Nzimana, Lorraine Josiane Manishatse, Edouard Madirisha

En mal de médicaments

En mal de médicaments

Antoine Kaburahe, Léandre Sikuyavuga, Fabrice Manirakiza, Agnès Ndirubusa, Clarisse Shaka, Rénovat Ndabashinze, Christian Bigirimana, Martine Nzeyimana, Diane Uwimana, Raymond Nzimana, Lorraine Josiane Manishatse, Edouard Madirisha
Photos : Fabrice Manirakiza, Agnès Ndirubusa, Clarisse Shaka, Rénovat Ndabashinze, Christian Bigirimana, Martine Nzeyimana, Diane Uwimana, Raymond Nzimana, Lorraine Josiane Manishatse, Edouard Madirisha
28 février 2017

Peut-on encore se soigner correctement au Burundi ? Oui, à condition d’avoir les moyens. De nombreux médicaments sont d’ailleurs en vente libre. Le ministère de la Santé tente de réguler le secteur. Pour les pauvres, c’est plus difficile. Le médicament reste un luxe. La carte d’assistance offerte par le gouvernement est peu prisée par les hôpitaux et les pharmacies car l’Etat honore peu ses engagements. Certains se tournent vers la médécine traditionnelle, plus accessible.

Une enquête de la rédaction d’Iwacu
Coordination
Antoine Kaburahe & Léandre Sikuyavuga

Pharma shopping
Les pharmaciens n’hésitent pas à vendre des antibiotiques et autres médicaments sans ordonnances.

L’achat de certains médicaments, comme les antibiotiques, exige d’avoir une ordonnance médicale. Mais dans plusieurs pharmacies de Bujumbura, ces produits sont quasiment en vente libre. Un reporter d’Iwacu Iwacu a fait le tour de quelques pharmacies de la capitale. Sidérant.

Il est 9 h 40 minutes. Nous sommes dans la zone de Kamenge en commune Ntahangwa, en Mairie de Bujumbura. Sous un ciel ensoleillé, j’entre dans une pharmacie. Il n’y a pas grand monde, sauf une femme âgée.

Le pharmacien a le dos tourné. Il prend la tension de la dame en lui prodiguant quelques conseils. La pharmacie est juste un petit local. Les médicaments s’empilent sur des étagères. Les boîtes arrivent presque au plafond. « Je paie combien? », demande la cliente. «300 Fbu », répond le «pharmacien», un jeune homme d’une vingtaine d’années.

Il se tourne vers moi. « Puis-je avoir du Ciprofloxacine?» (Un antibiotique fort). C’est 2000 Fbu. Je lui tends l’argent. Il me remet sans problème deux tablettes de 20 comprimés. « Je les prends comment ?» Sa réponse est approximative. Normalement, me dit-il, tu les prends selon ta maladie. Et de me demander de quoi je souffre. « Ce n’est pas pour moi. C’est pour mon frère. » Ah ! Fait le pharmacien. Il me dit de lui donner un comprimé le matin et un autre le soir.

Je lui demande s’il n’y a pas des effets secondaires. « Il va se sentir faible le matin, mais ce n’est pas grave.» Dans la foulée, il me fournit de l’Amoxicilline 500 mg sans me poser aucune autre question et il m’indique comment les prendre : deux comprimés le matin et deux autres le soir.

A 500 m de là, une autre officine. Elle ne paie pas mine. C’est juste un petit local avec deux étagères. Les araignées se sont fait la joie de tisser leurs toiles sur les tôles. Il n’y a pas de plafond. Deux clients attendent d’être servis.

La « pharmacienne », une jeune fille d’une vingtaine d’années, est en train d’expliquer à un jeune garçon comment utiliser le médicament qu’il vient d’acheter. C’est du « Dynamogen. » Apparemment, le garçon ne comprend rien, mais il finira quand même par acheter le produit.

Je demande à la jeune fille de l’Augmentin, un antibiotique. Elle me présente deux boîtes : Augmentin Clavox et Augmentin dafraclav. Elle m’avertit que les prix ne sont pas les mêmes. Je reste dubitatif. « Vous êtes sûre que c’est la même chose?» Avec un regard méprisant, elle réplique : « Si tu as étudié, tu verrais que les composants sont identiques. La seule différence, c’est leur pays d’origine. »

Je continue de poser quelques questions . Normalement, un pharmacien est là pour cela. « Tu vas l’acheter ou quoi ?», me lance-t-elle, agacée. Je finis par acheter du Brufen Ibuprofène 400 mg. Elle m’explique le dosage avec l’assurance qu’il n’y aura pas d’effets secondaires.

Des antibiotiques achetés comme de petits pains

Dans la zone Bwiza, même situation comme à Kamenge. « Chaque fois que je me sens mal ou que mes enfants souffrent, je cours chez le pharmacien et il me donne tous les produits que je demande», indique une maman de quatre enfants. « Pourquoi payer une consultation alors que nous savons de quoi nous souffrons», renchérit une autre maman.

Ce que je vais vérifier. Dans une pharmacie du coin, une jeune fille accueille les clients avec un sourire éclatant. Un monsieur, avec une grosse barbe, tient la caisse. J’explique à la fille que mon enfant de 3 ans tousse surtout la nuit. Directement, elle me propose un médicament dénommé Rhinathiol. « Vous n’auriez pas un autre médicament moins cher qui peut remplacer celui-là?» Elle me propose un produit du nom de « Delased Paediatric » fabriqué au Kenya et six fois moins cher. « C’est la même chose. Il y a aucun danger pour ton enfant. » Et le monsieur à la caisse me confirme qu’on peut acheter tout sans ordonnance.

A la recherche des médicaments rares

Jetant un coup d’œil dans un coin, je remarque un petit frigo. Alors, une question me vient à la tête : qu’en est-il des médicaments délivrés avec ordonnance comme l’insuline ou la morphine? « Je peux avoir de l’insuline?» Et je m’entends répondre qu’il n’en a pas, mais que je peux en trouver facilement. Et la morphine? Même réponse. Je visite quelques pharmacies de Bwiza. Ces produits sont introuvables.

Je décide alors de pousser ma quête vers le centre-ville. J’entre dans une pharmacie tout près de l’endroit communément appelé «Bata ». Je fais semblant d’attendre quelqu’un. Pendant plus de 30 minutes, j’observe. Des gens entrent pour diverses raisons et sortent avec des sachets remplis de médicaments. Des amoxicillines, des paracétamols, des compresses, des Ciprofloxacine, des selexid, des Flagyl, des oroken,… La plupart de ces médicaments sont des antibiotiques qui, normalement, devaient être vendus uniquement avec une prescription médical. Très peu de clients en avaient.

Doucement, je m’approche de la dame en blouse blanche assise derrière le comptoir. Occupée sur son ordinateur, elle ne me regarde même pas. Apparemment l’adage le « client est roi » lui est inconnu.

Je lui demande si elle peut me donner de l’insuline. « Il existe plusieurs sortes d’insuline. Tu prends laquelle?» De l’Octrapid, je lui dis, et je mentionne que j’ai oublié l’ordonnance. « Pas de problème. Ce sera 19.500 Fbu », répond-elle.

Je réitère l’expérience dans une autre officine, mais cette fois l’insuline est à mon père. « S’il t’a indiqué le nom de l’insuline qu’il prend, il suffit de payer seulement», souligne le pharmacien.

Je papote quelques minutes avec le pharmacien et il me confie que parfois certaines personnes raflent leur stock en un claquement de doigts. Je me dis, les revendeurs doivent se faire beaucoup d’argent surtout dans les milieux ruraux.

Bon, je suis fixé pour l’insuline. C’est facile. J’essaie un produit plus difficile. Je commence par le Postinor communément appelé «la pilule du lendemain » (contraceptif synthétique largement utilisé pour prévenir les grossesses non désirées). L’air soupçonneux, le pharmacien me dit qu’il n’en a pas. Même réponse aux deux autres pharmacies que je visite.

Et le Cytotec? Le produit aide dans les interruptions volontaires de grossesse. Les deux dames assises derrière le comptoir me rient au nez. « Ça ne marche pas comme ça. Laisse l’enfant naître ». Je laisse les deux dames dans une discussion animée. Pour la morphine, je reçois la même réponse. « On n’en vend pas. Peut-être que vous pouvez avoir plus de chance à l’hôpital. » Je fais quatre pharmacies sans plus de réussite. Au cinquième, j’essaie d’amadouer la pharmacienne avec une histoire de mon grand-père qui est très malade et qui a besoin de ce médicament. « Je n’en ai pas, mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas en trouver». Une réponse qui en dit long.

Un pharmacien me confiera plus tard qu’ils ont peur de donner ce genre de médicaments. « C’est pour se protéger, car c’est très délicat. Ça ne veut pas dire que certains ne le font pas. Imaginez les conséquences si un parent découvre que son enfant, qui se drogue à la morphine, s’approvisionne chez toi ? C’est la prison.»

Le décret, toujours en vigueur, No100/150 du 30 septembre 1980 portant organisation de l’exercice de la pharmacie en son article 18 point stipule que « les pharmaciens sont autorisées à délivrer sans prescription médicale à toute personne, tous les médicaments simples et d’usage courant dont la liste est fixée par le ministre de la Santé publique.» Emmanuel Bamenyekanye, directeur de la pharmacie, du médicament et des laboratoires au ministère de la Santé publique, fait savoir qu’ils sont en train de confectionner cette liste et qu’elle va sortir bientôt. « Les antibiotiques sont vendus sur prescription médicale par exemple. Mais, nous sommes au courant que ce n’est pas le cas. C’est lié à l’automédication.»

L’automédication, un danger public
Selon le dictionnaire Larousse, l’automédication est l’utilisation thérapeutique par un malade de médicaments en dehors d’un avis médical. Selon le docteur Janvier Nihorimbere, les inconvénients de l’automédication résident sur trois erreurs. D’abord, il y a une grande probabilité qu’il y ait erreur sur le produit adéquat pour la maladie. « Dans le jargon médical, on dit le vrai diagnostic.» Deuxièmement, il peut y avoir une erreur sur le dosage. «Entendez par là le sous-dosage ou le surdosage.» Dr Nihorimbere explique aussi qu’une erreur sur la durée de la prise du médicament peut occasionner, à court terme ou même immédiatement un surplus de toxicité, voire le décès.
D’après le praticien, quand il y a usage abusif d’un produit, ce dernier ne sera plus efficace, surtout les antibiotiques. «L’automédication va aussi ouvrir la chance à tout charlatan qui veut se faire de l’ affaire. Elle est à combattre. Certains médicaments ne doivent pas être livrés à une personne sans ordonnance.»
Pharmacies sans pharmaciens
Cassien Ntadambanya, responsable de l’Ordre des pharmaciens.

Plus de 400 pharmacies sont tenues par des non professionnels. L’Ordre des pharmaciens lance un appel.

Selon une enquête menée par le ministère de la Santé publique et de lutte contre le VIH sida en 2013-2014, « le Burundi compte plus 6oo établissements pharmaceutiques ». Mais « entretemps, il y a eu d’autres pharmacies qui ont ouvert, mais on ne connaît pas leur nombre », indique-t-on au ministère.

Les pharmaciens en exercice et inscrits au tableau de l’Ordre sont au nombre de 135 . Selon l’Ordre des pharmaciens, tous les spécialistes du médicament sont basés à Bujumbura. Les établissements pharmaceutiques à l’intérieur du pays ne disposent pas de titulaires pharmaciens.

« Vous avez donc plus de 4oo pharmacies qui ne sont pas tenues par les pharmaciens professionnels », souligne le responsable de l’Ordre des pharmaciens, Cassien Ntadambanya.

La situation est choquante pour le pharmacien :« Imaginez un avocat qui ouvre un cabinet médical ! ». La présence d’un professionnel est évidente pour M. Ntadambanya « Il a une expertise, maîtrise les conditions de conservations, la posologie, etc. ».

Par ailleurs, un pharmacien est soumis à l’éthique et la déontologie pharmaceutique. Ce n’est pas un « simple commerçant à l’affût du gain » insiste le directeur de la pharmacie, du médicament et des laboratoires Emmanuel Bamenyekanye.

Pour le responsable de l’Ordre des pharmaciens, Cassien Ntadambanya, il est très facile pour un pharmacien de profession de l’intégrer parce qu’il est soumis à cette déontologie qui régit les spécialistes du médicament.

Il regrette que des opérateurs économiques investissent dans le secteur sans qu’ils ne soient soumis à une quelconque déontologie. « Ils vendent des produits périmés, des médicaments sans prescription médicale… », regrette le professionnel.


Quid des commerçants ambulants ?

Emmanuel Bamenyekanye, directeur de la pharmacie, du médicament et des laboratoires

Emmanuel Bamenyekanye, directeur de la pharmacie, du médicament et
des laboratoires

Les vendeurs des médicaments à la sauvette écument les marchés. A Bujumbura, on les retrouve surtout derrière l’ancien marché Centrale. Des médicaments de plusieurs sortes y sont vendus. Cela va du simple paracétamol pour la fièvre à l’insuline pour les diabétiques.

Normalement, selon le pharmacien Cassien Ntadambanya, il est strictement interdit de vendre les médicaments n’importe où. Les médicaments exigent des conditions de stockage, de température et d’aération. Selon toujours ce spécialiste, ces vendeurs bravent le soleil et la pluie. La température influe sur la composition chimique des médicaments. « Mal conservé, le médicament peut devenir un poison, un danger de mort» prévient-il.

Face à ce défi de santé publique, le directeur de la pharmacie, du médicament et des laboratoires, Emmanuel Bamenyekanye tranquillise. Une Commission de lutte contre la vente des médicaments illicites a été mise en place. A cet effet, cette commission a répertorié quelques cas de vente illicite de médicaments. Ils sont pour la plupart concentrés en milieux urbains. « Rien de nature à alarmer la population ».

La vente ambulante de médicaments laisse penser que les vendeurs ambulants ne s’approvisionnent pas via les canaux légaux. Il s’agit également des médicaments non autorisés d’entrée au Burundi. Néanmoins, ils défient le contrôle des instances habilitées et se retrouvent sur le marché.

M. Bamenyekanye estime que si nous nous référons à d’autres pays africains, nous pouvons nous estimer heureux. Le gros de nos médicaments arrive par voie officielle. « Ceux qui arrivent par voie détournée sont vraiment une infime partie ».

Emmanuel Bamenyekanye assure que la commission va continuer à maintenir le contrôle afin que le taux de médicaments vendus en dehors des circuits légaux soit le plus bas possible.

Le défi lié à la pauvreté

Pauvre, la population a du mal pour se payer les médicaments.

« On a beau rendre disponible géographiquement le médicament, il demeure inaccessible pour une couche de la population », déplore l’Ordre des pharmaciens. Le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le VIH sida indique qu’en plus de la mutualité et de l’assistance maladie il faudra aussi réglementer le prix du médicament pour éviter toute spéculation.

Le directeur de la pharmacie, du médicament et des laboratoires, Emmanuel Bamenyekanye accuse les vendeurs de médicaments de profiter de l’absence de la loi pour faire des spéculations. Son département a soumis à l’autorité compétente un draft de loi avec les taux de marges fixées pour les importateurs et les vendeurs de médicaments. « La réglementation mise en place permettra d’éviter toute spéculation ou abus. »

Que ce soit du côté de l’Ordre des pharmaciens crée en 1999, que ce soit au ministère responsable de la santé tous convergent vers la nécessité de renforcer la collaboration interprofessionnelle pour établir les responsabilités des uns et des autres.

Il faut former des pharmaciens

Un constat : il n’y a aucune faculté de pharmacie au pays. Tous les pharmaciens ont fait leurs études à l’étranger (Europe, Maghreb, Chine… )

Quelques parents assez fortunés envoient leurs enfants en formation en Ouganda, au Rwanda ou en Inde.
Plus de 400 pharmacies sont tenues par des personnes qui ne sont pas du métier, des infirmiers pour la plupart.

Souvent, les promoteurs de ces pharmacies sont des simples commerçants qui investissent dans le secteur sans la moindre connaissance du domaine pharmaceutique. L’essentiel pour eux étant de « vendre » le médicament.

« Il faut que le Gouvernement ouvre une faculté de pharmacie, il en va de l’assurance d’une meilleure qualité de santé de sa population », assure un pharmacien rencontré.

Rencontre / Servilien Mpawenimana : « Le grand défi est le système d’approvisionnement ».
Servilien Mpawenimana, directeur technique de la Camebu.

La Centrale d’achat de médicaments approvisionne tous les grossistes publics. Son directeur évoque les principaux défis .

D’où viennent les médicaments distribués par la Camebu ?

Chaque année, la Camebu, qui importe des médicaments génériques, lance un appel d’offres . Les candidats fournisseurs sont de diverses origines : Chine, Inde, Kenya, Tanzanie, Ouganda, etc. Les principaux fournisseurs sont des maisons grossistes basées en Europe entre autres IDA Foundation, Mission pharma, etc.

Des maisons sûres ?

Pour être sélectionnée comme fournisseur de la Camebu, la maison doit répondre à de nombreuses exigences. Elle doit nous fournir des documents administratifs : l’agrément comme industrie pharmaceutique délivré par le ministère de la Santé de son pays d’origine, son adresse physique, etc.

Des documents techniques sont aussi exigés. Pour chaque produit, le fournisseur doit transmettre le dossier qui montre les techniques, le certificat d’analyse et de bonne pratique de fabrication du produit, etc. Les produits livrés sont directement envoyés au laboratoire d’analyse pour vérifier leur qualité. Ces médicaments doivent être conformes aux normes de l’OMS.

Qui sont vos partenaires ?

La Camebu approvisionne les districts sanitaires et pharmacies publics seulement. En théorie, elle devrait ravitailler les pharmacies aussi bien publiques que privées, conformément au Décret portant création de la Camebu . Mais en pratique, nous approvisionnons les districts publics pour le moment, car toutes les demandes ne peuvent pas être satisfaites. La priorité revient donc aux districts sanitaires publics.

Comment se passe la distribution des médicaments ?

La Camebu fait une commande une fois par an, sur budget du gouvernement. Elle distribue les médicaments aux grossistes publics qui, à leur tour, approvisionnent les hôpitaux et pharmacies publics. Mais les grands hôpitaux comme CHUK, les hôpitaux provinciaux, etc. peuvent se ravitailler directement à la Camebu.

Ensuite, nous recouvrons l’argent auprès des acheteurs. La Camebu encaisse une marge bénéficiaire de 15 % des ventes, ce qui assure le fonctionnement de la boîte (paiement des salaires et autres besoins).

Quid des prix?

Le médicament acheté directement à la Camebu est à bas prix par rapport à celui dans pratiqué dans une pharmacie. La quinine, par exemple, qui se vend à 160 Fbu à la pharmacie peut s’acheter à 128 Fbu à la Camebu.
Mais il y a des médicaments qui sont plus chers. La qualité du médicament influe sur son prix.

La conservation des médicaments respecte-t-elle les normes ?

La Camebu essaie de respecter les normes de conservation. Nous adoptons les bonnes indications de stockage indiquées par l’OMS en respectant le monitoring de la température, de l’humidité, etc. Les défis ne manquent pas, cependant. Nous sommes dans la région tropicale, humide, ce qui ne favorise pas la durée de validité de certains médicaments. Ils se périment. Dans ce cas, les médicaments sont enlevés des étagères et détruits.( Voir notre article sur la destruction )

Quels sont les grands défis qui minent la Camebu ?

Le grand défi est notre système d’approvisionnement. Nous sommes très limités dans la fourniture des médicaments. La Camebu ne fait la commande qu’une seule fois par an (« préqualification annuelle »). Ailleurs dans d’autres pays, la préqualification est continue.

Nous avons déjà programmé la commande pour l’année 2017. Les contrats sont en cours de signature. Les médicaments qui seront nécessaires ou urgents après la commande ne pourront pas être fournis.

Pourquoi ?

La Camebu est une institution publique qui utilise les codes et lois du marché public. Ce sont des principes contraignants pour la Camebu étant donné que les intrants médicaux ne sont pas disponibles à tout moment. Nous plaidons pour que le système change, que la commande soit libre.

Autres problèmes ?

Le retard des fournisseurs dans la livraison, des médicaments non conformes à la commande, des produits périmés… Le manque de devises freine aussi la distribution, la Camebu paie ses importations en devises.

Destruction des médicaments périmés : un casse-tête
C’est à Musenyi qu’ont été détruits, en septembre, 12 tonnes de médicaments périmés

« Les médicaments périmés doivent être détruits dans un endroit vaste fermé, à combustion variant entre 900 et 19000c», confie Servellien Mpawenimana, directeur technique au sein de la Centrale d’Achat de médicaments essentiels, de dispositifs médicaux et matériels de laboratoire du Burundi (CAMEBU).

Au Burundi, il n’y a pas cette expertise et on n’a pas encore trouvé d’endroits appropriés. Et la destruction doit se faire chaque année. Avant ces produits pharmaceutiques périmés ou de mauvaise qualité sont stockés. Un projet qui permet une destruction permanente est en cours d’étude, selon ce technicien de la CAMEBU.

A l’heure actuelle, M. Mpawenimana reconnaît qu’il y a un problème général de gestion des produits pharmaceutiques périmés. Car, ces produits sont détruits à ciel ouvert, ce qui est très dangereux pour la population des environs et l’environnement.

Musenyi, nouveau site de destruction

Au mois de septembre, la CAMEBU a brûlé environ 12 tonnes de médicaments périmés. L’opération a eu lieu à Musenyi, à 4km, de Bugarama, commune et province Muramvya. Cela a été fait dans un fossé de 15 m de profondeur.
Une fumée nauséabonde a envahi les champs et les habitations se trouvant à plus ou moins 500 m du site.

« Contrairement au site de Buterere tout près du Lac Tanganyika, cet endroit est choisi parce que son sol est imperméable à l’eau », justifie M. Mpawenimana. Il précise que que la fumée a été absorbée par les arbres de la Kibira. « Ce qui atténue l’impact sur la santé humaine ».

Ce qui ne convainc pas les environnementalistes. « Brûler des médicaments périmés en plein air est très dangereux pour la santé humaine. C’est d’ailleurs porter atteinte à tout organisme vivant du site ou environnant», fait savoir Dr Charles Niyonkuru, environnementaliste et professeur à l’Université du Burundi.
Pour lui, ce genre d’opération doit d’abord être précédé d’une étude d’impact environnemental et être effectuée en commun accord avec différents ministères : le ministère de l’eau, de l’environnement et de l’aménagement du territoire, celui de la Santé publique et celui de l’Industrie. « Au cas contraire, il faut s’attendre à des maladies cardio-vasculaires».

Patrice Bigumandondera, spécialiste dans le traitement des eaux usées et déchets, indique que lors de cette opération, des rejets toxiques envahissent l’atmosphère. Et par l’action du vent, ils peuvent être transportés partout. Ce qui entraîne des maladies respiratoires surtout.

Ce spécialiste propose le renvoi de ces médicaments aux fabricants. Car, motive-t-il, ils disposent des dispositifs pour les détruire. Et Dr Charles Niyonkuru d’ajouter qu’il faut l’utilisation d’un grand incinérateur afin de limiter les dégâts environnementaux. Et le site doit être loin de la population.


Vigilance sur les importations et les conditions de conservation

Les médicaments sont généralement bien conservés même si des défis ne manquent pas. Il s’agit entre autres du faible contrôle de qualité et coupures de courant…

Hangar de stockage de la Camebu. Ici tous les médicaments sont conservés sur des palettes

Hangar de stockage de la Camebu. Ici tous les médicaments sont conservés sur des palettes

A Kamenge, dans une pharmacie, les médicaments sont gardés sur des étagères. Aron Nzambimana, un des pharmaciens rencontrés à la 12ème avenue c’est le meilleur moyen de garder les médicaments : « Il est interdit de les conserver dans des endroits humides, à même le sol, près des murs ou les laisser exposés au soleil. »

Pour les médicaments qui nécessitent des frigos ou des chambres froides, M. Nzambimana explique que ce genre de médicaments sont surtout vendus au centre-ville : « Nous ne vendons que des médicaments en comprimés, facile à conserver dans un endroit sec à l’abri de la lumière. »

A la pharmacie Humura de la zone Bwiza, en plus des étagères, un réfrigérateur est placé dans coin. D’après le propriétaire, il contient des sirops, des suppositoires et d’autres médicaments nécessitant une basse température : « Le seul problème est le délestage et des coupures de courant intempestives qui pose problème.

J’ai dû acheter un groupe électrogène et cela me coûte les yeux de la tête pour garder mes médicaments dans des conditions exigées. »

Pour Emmanuel Nsengimana, chef du service approvisionnement à la Camebu (la centrale d’achats), la conservation des médicaments doit respecter certaines exigences. Il s’agit de la date de péremption, de la température sous laquelle ces médicaments doivent être conservés, etc : « Toutes ces conditions doivent être marquées sur chaque boîte de médicament. »

Une température surveillée matin et soir

L’une des chambres froides de la Camebu.

L’une des chambres
froides de la Camebu.

Certains médicaments doivent être conservés sur des étagères ou des palettes, d’autres dans des chambres froides comme les vaccins et des sirops, d’autres encore dans des magasins climatisés mais jamais à même le sol.

A la Camebu, la conservation respecte les règles de l’art car elle possède plusieurs hangars dans lesquels sont entreposés des centaines de cartons des médicaments : « La température est surveillée matin et soir. » Outre ces hangars, elle possède plusieurs magasins climatisés, deux chambres froides fonctionnelles et une autre qui le sera bientôt. En cas de coupure de courant, un groupe électrogène se déclenche automatiquement.

Pour éviter que des médicaments traînent à l’aéroport ou sur les frontières , des agents de la Camebu anticipent et dédouanent avant leur arrivée.

Bien plus, lorsqu’un médicament n’a que quelques mois avant sa date de péremption, la Camebu l’envoie dans des laboratoires pour vérifier s’il garde tous ses principes actifs. A la réception des médicaments, elle procède au contrôle de qualité. Une opération qui coûte 80 millions de Fbu chaque année à l’institution.

Toujours dans un souci de la bonne conservation, les pharmacies des districts sanitaires et celles de tous les centres de santé du Burundi, ont été dotées de frigos : « Et même là où il n’y a pas de courant, nous leur avons donné des groupes électrogènes. »

Un contrôle renforcé

Malgré les bonnes conditions de conservation observée un peu partout à Bujumbura, il arrive que certains importateurs ne les respectent pas. Emmanuel Bamenyekanye, le directeur des laboratoires, des médicaments et des pharmacies au ministère de la Santé, les a mis en garde au début de l’année.

Il leur a rappelé que tous les des médicaments devraient respecter les conditions de conservation exigées pour leurs produits pharmaceutiques.

Tous les importateurs des médicaments sont agréés par le ministère de la Santé Publique. Ils doivent respecter la licence d’importation. Les contrôles se sont renforcés sur les frontières pour éviter les fraudes mais aussi pour vérifier si la licence d’importation correspond aux médicaments importés et les conditions de transport et de conservation des médicaments respectées : « Des fois, nous menons une descente surprise à l’aéroport de Bujumbura pour vérification. »

Au début de l’année, des médicaments ne respectant pas ces règles ont été amenés par l’avion de ligne Ethiopien Airlines : « Nous avons constaté que les cartons avaient été abîmés probablement par l’humidité et ces médicaments ont été détruits. »

Eclairage / Spécialités ou génériques ?
Cassien Ntadambanya

Quelle est la différence entre une « spécialité » ou un « générique ». Explication de Cassien Ntadambanya, président de l’Ordre des pharmaciens .

Dans les pharmacies, un constat : les génériques coûtent bien moins cher que les spécialités. L’Amoxicilline, un générique se vend à 2400Fbu au moment où Clamoxyl (sa spécialité) se vend à 12.000Fbu.

«Quand on parle de spécialités en général, c’est une marque. C’est-à-dire la première entreprise pharmaceutique qui a pensé à mettre sur pied un principe actif ou le médicament en soi. Ce même médicament s’appellera une spécialité », explique-t-il.

Ces médicaments, ajoute-t-il, peuvent être sous forme de sirop, de comprimés, suppositoires ou autres. «L’industrie a dans ce cas le droit de donner le nom à son propre produit. C’est une marque, c’est une spécialité».

M. Ntadambanya fait savoir que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) donne le temps à l’entreprise de récupérer les moyens financiers investis dans les recherches et la fabrication de ce médicament. Cela peut prendre entre cinq et dix ans, voire plus : «Pendant ce temps, l’industrie a l’exclusivité de vendre ce médicament».

Après ce délai, précise M. Ntandambanya, les autres entreprises pharmaceutiques peuvent obtenir le brevet de reproduction et fabriquer à leur tour le même médicament. « Cela veut dire le même médicament, sous la même forme, en respectant la même posologie. Là nous parlons de génériques. » M. Ntandambanya insiste en précisant que si les génériques respectent les règles ci-haut citées, ils peuvent se substituer aux spécialités.

Tout en affirmant que l’aspect budgétaire est la grande différence entre ces deux catégories, M. Ntadambanya justifie cet écart du fait que les entreprises ayant obtenu des brevets de fabrication fournissent beaucoup moins d’efforts et investissent peu de moyens dans la fabrication des génériques. «Elles n’ont pas de recherches particulières, elles ne font que la reproduction du médicament».

Toutefois, alerte-t-il, des industries pharmaceutiques peuvent en profiter pour pirater des médicaments. «Ils peuvent diminuer le principe actif ou changer d’excipient, altérant ainsi la composition du médicament». Le principe actif étant la substance chimique, qui dans un médicament possède un effet thérapeutique et l’excipient désignant toute autre substance qui accompagne le principe actif dans un médicament.

Pour ce pharmacien, cette crainte de piraterie médicamenteuse est l’une des raisons qui poussent les médecins à prescrire des spécialités plutôt que des génériques. «70% des médicaments proviennent de l’Inde et ce dernier est en tête de liste des pays accusés de pirateries. Il revient aux pharmaciens d’être prudents.»

Toutefois, il rassure : « Les génériques ne sont généralement pas de faux produits. Un malade qui ne peut s’acheter une spécialité peut bien évidemment en prendre ».

M. Ntandambanya fait un clin d’œil aux pharmacies. «Un médecin peut prescrire un médicament qui a été d’ores et déjà retiré du marché, dans ces cas, la présence d’un pharmacien qui connaît la circulation de médicaments est plus que nécessaire ».

Le ministère de la Santé rassure

Emmanuel Bamenyekanye, directeur du département de la Pharmacie, du médicament et des laboratoires au ministère abonde dans le même sens « Il n’y a pas de raisons majeures qui fassent que la population continuer à se payer le luxe des spécialités alors que les génériques sont moins cher ». Ce cadre soutient que les compositions des génériques et des spécialités sont les mêmes : « Le malade n’a rien à craindre. Les deux soignent de la même manière». Toutefois, Il fait savoir que le ministère envisage de prendre des précautions par rapport à la provenance des génériques : «Notre département prévoit très prochainement de mettre sur pied un groupe de spécialistes qui accréditeront les génériques en fonctions de leur provenance et des industries pharmaceutiques qui les fabriquent.»


Se soigner

L’ignorance une autre maladie

Diabète, hépatites, cancers,… Beaucoup de malades ignorent que la prise en charge des maladies chroniques est possible.

Les patients des maladies chroniques non transmissibles reçoivent des médicaments gratuitement (une file des patients à un hôpital)

Les patients des maladies chroniques non transmissibles reçoivent des
médicaments gratuitement (une file des patients à un hôpital)

Depuis cinq mois, O. N est porteur d’un virus actif d’hépatite B. Chaque mois, il se présente à l’hôpital pour s’approvisionner en médicaments. « Je n’éprouve pas de grande difficulté. Je ne fais que présenter l’ordonnance donnant accès à l’ARV « Truvada ». Les médicaments pour l’hépatite sont gratuits », témoigne O.N.

Selon lui, le grand problème est de savoir que l’on souffre de cette maladie. « Je l’ai su après avoir parcouru pas mal de cabinets. », dit-il.

O.N dit qu’après six mois, il va faire un contrôle pour voir l’évolution de sa maladie. « Si le virus est encore actif, je poursuivrai le traitement encore six mois, voire une année».

Nibigira souligne que son père, son grand-frère et ses oncles sont morts suite à cette maladie : « Ils ne savaient pas qu’ils étaient porteurs du virus de l’hépatite ». Pour ce, il recommande à toute personne de se faire dépister. E. N souffre du diabète. Heureusement pour lui, ses médicaments sont payés par son employeur.

Accès au traitement, un casse-tête

Spés Nsavyimana, présidente de l’association pour la prévention et la prise en charge du diabète-APREPRIDIA évoque le problème d’accessibilité au traitement. Dans leur association, les enfants et les jeunes adultes de moins de 25 ans qui souffrent du diabète du type 1 sont assistés par un bienfaiteur et reçoivent de l’insuline gratuitement. « Mais le nombre de ceux qui adhèrent à la prise en charge reste très bas », déplore-t-elle.

Et pour cause : le prix de l’insuline est très élevé : « Cette maladie prend de l’ampleur dans les milieux ruraux. Et le prix d’un flacon d’insuline varie entre 18.000 et 20.000 Fbu».

Selon des données recueillies par l’association APREPRIDIA dans les provinces Gitega, Mwaro, Muramvya, Ruyigi et Cankuzo, 220 enfants étaient des diabétiques sous insuline tandis que sur 5649 personnes adultes dépistées, 138 étaient positives.

Pour elle, l’accès au traitement est une priorité. Pour les adultes qui souffrent du type 2, qui prennent des comprimés, il peut arriver qu’il y ait rupture. La prise en charge pour l’insuline se fait seulement dans les hôpitaux. « Les malades de l’intérieur du pays doivent parcourir de longues distances. Pire, les malades s’ignorent, mais aussi, ils oublient qu’il y a une prise en charge nutritionnelle et un suivi biologique pour voir si les médicaments sont compatibles au corps ou non ».

Pour les personnes vivant avec le VIH-Sida, ceux qui souffrent le plus sont les enfants et ceux qui n’ont pas encore adhéré à la prise en charge. « Les enfants qui naissent avec le VIH éprouvent de grandes difficultés pour accéder aux traitements. Leurs médicaments sont chers et ne sont pas disponibles. Pour les autres, le problème d’adhésion reste épineux », souligne Cédric Nininahazwe, coordinateur au réseau des jeunes vivant avec le VIH/SIDA.

Des efforts, mais encore des défis…
Pour Dr. Innocent Nkurunziza, les gens doivent se faire dépister à temps et éviter les facteurs de risque.

Le ministère de la Santé a mis en place des programmes pour suivre de près les personnes souffrant des maladies chroniques…

Dr Innocent Nkurunziza, directeur du programme national intégré de lutte contre les maladies chroniques non transmissibles indique les médicaments sont disponibles pour les maladies chroniques non transmissibles telles que le diabète, l’hypertension artérielle, l’hépatite et les cancers. « Mais pour d’autres maladies héréditaires, comme la drépanocytose (maladie héréditaire du sang), on fait des sensibilisations à la prévention et des soins palliatifs, car il n’y a pas de médicaments au Burundi », dit-il.

Selon Dr Nkurunziza, les médicaments pour les maladies chroniques non transmissibles héréditaires sont gratuits pour les enfants de moins de cinq ans parce qu’ils sont subventionnés par le gouvernement.

Pour le diabète, le ministère de la santé appuie les enfants et les jeunes de moins de 25 ans. « Ils doivent se regrouper en association et le ministère leur donne les médicaments à base d’insuline et les appareils pour tester le taux de glycémie pour l’autocontrôle et aussi les réactifs », ajoute-t-il.

Pour les malades qui ont l’hépatite chronique B et C, il y a un programme de prise en charge car ces maladies sont traitées par les ARV. De plus, selon Dr Nkurunziza, les médicaments pour l’hépatite B et C ont été découverts récemment, il y a une année. « Il y a une association africaine qui veut regrouper tous les malades qui souffrent de ces maladies chroniques, plus de 800 malades ont été traités et guéris en Egypte », témoigne-t-il.

Pour cela, il faut que des gens se fassent dépister à temps pour voir s’ils ne souffrent pas de ces maladies chroniques non transmissibles en évitant des facteurs de risque tels que le stress, le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité, sédentarité et éviter l’usage des stupéfiants.

Pour l’accessibilité, Dr Nkurunziza assure que le ministère est en train d’évaluer les besoins pour donner des directives aux pharmacies.

Les séropositifs ne sont pas laissés pour compte

Dr. Evode Nimbona, médecin responsable du service de prise en charge globale, counseling et laboratoire au programme National de lutte contre le Sida et les maladies sexuellement transmissibles(PNLS), fait savoir que les médicaments offerts pour les personnes vivant avec le VIH/ SIDA-PVVIH sont gratuits. Le PNLS a connu des avancées significatives avec le récent rapport fait en 2015 qui prouve que 151% sont couverts par les ARV chez les adultes et 21% chez les enfants de moins de 15 ans tandis que 65,9 % des femmes enceintes sont sous ARV grâce au programme Prévention à la Transmission mère-enfant (PTME). « Mais nous avons encore à faire pour atteindre l’objectif de « FAST Truck » de l’ONU SIDA qui prône que toutes les personnes qui connaissent leur statut sérologique soient mises sur le traitement ARV. »

Selon lui, les enfants sont moins couverts suite à la faible capacité des prestataires au niveau des formations sanitaires de traitement ARV dans la prise en charge pédiatrique. Et d’ajouter : « La décision d’adhésion doit être prise par le parent ou par le tuteur. Cela fait que l’enfant soit oublié parce que les formes pharmaceutiques ne sont pas aujourd’hui disponibles pour les enfants que chez les adultes et sont plus cher ».

Dr Nimbona fait savoir qu’au niveau de l’adhésion, ce ne sont pas tous les PVVIH qui ont été dépistés qui reste sur la file active des personnes sous ARV même s’ils ont déjà commencé le traitement. « Aujourd’hui, nous avons 80% de rétention qui sont mis sur ARV durant 12 mois d’après le récent rapport du PNLS».

Plus de 42 mille personnes adultes sont sous traitement ARV tandis que 4 mille enfants de moins de 15 ans sont sous traitement, d’après les données du ministère de 2015 au niveau national.

Selon une étude faite en 2105, dans certaines provinces, la prévalence du diabète varie entre 4 à 20%. Dans la province de Kirundo, la prévalence était à 12% en 2012, à Buyenzi, elle était à 14,7% en 2011 tandis que à Cibitoke, la prévalence était à 24 % en 2011. Dans d’autres provinces, le dépistage de masse spontané prouve que la prévalence varie entre 5 et 21 %. Selon Dr Nkurunziza, Ces chiffres montrent que c’est une maladie qui prend de l’ampleur au Burundi.

Le pauvre et le médicament

Pour de nombreux Burundais, le médicament est un luxe. La CAM, la Carte d’Assistance Maladie pour les indigents est peu prisée par les hôpitaux et pharmacies, car l’Etat paie rembourse très mal.

Les enfants en train de préparer la nourriture.

Les enfants en train de préparer la nourriture.

Pour survivre, Claver Nicoyampaye, un lépreux de 47 ans habitant à Karevya, quartier Kanyenkoko de la commune Rumonge, il cultive la terre des autres.

Avec une femme et trois enfants, dont un handicapé, il dit qu’il vit dans une pauvreté extrême. « Parfois nous passons une journée entière sans rien manger. » Pire, ce père de famille dit avoir une famille souvent maladive. « Il nous est alors difficile d’acheter un médicament alors que nous avons faim. »

Le cas de Nicoyampaye n’est pas unique. Une grande partie de la population vit dans une pauvreté extrême. Pour de nombreux Burundais, le médicament est un luxe.Claver Nicoyampaye affirme n’avoir jamais entendu parler de la carte d’assistance médicale(CAM).

Matilde Ndabiruye, une pauvre vieille femme âgée de 70 ans de la colline Ruvuzo toujours dans la commune Rumonge a de graves problèmes oculaires depuis 1996.

Elle affirme qu’elle ne peut pas se hasarder à aller à l’hôpital ou chercher le médicament à la pharmacie. Elle n’a aucun moyen. « Nous les pauvres nous vivons par la grâce de Dieu, je viens de passer plus de 30 ans sans fréquenter une maison médicale. »

Cette veuve demande à l’administration de revoir les critères d’octroyer l’ attestation « d’indigence », afin que toutes les personnes vulnérables soient bénéficiaires de cette assistance sociale.

De son côté, la commune Rumonge soutient qu’une « assistance existe pour les indigents. »

Célestin Nitanga administrateur dit qu’être enfant orphelin total ou partiel, sans moyens pour vivre, donne directement le droit d’avoir une attestation d’indigence et de bénéficer des soins gratuits dans les hôpitaux de sa province.

Les pauvres rencontrés à Rumonge dénoncent les critères pour bénéficier cette attestation. Ils parlent de « favoritisme et parfois de corruption. »

L’administrateur de la commune Rumonge réfute ces accusations en rappelant aux personnes en situation de pauvreté extrême de saisir leurs autorités à la base pour avoir l’attestation afin de bénéficier une assistance.

« L’attestation d’indigence est gratuite, il suffit que les chefs de collines présentent le cas et que les autres conseillers collinaires le soutiennent. »

Célestin Nitanga, affirme que la commune Rumonge assiste plus de 200 élèves indigents. D’après lui, il est très difficile de donner l’effectif des personnes assistées pour les soins de santé, car elles se présentent occasionnellement quand elles sont malades.

Les pharmaciens face aux pauvres

Cassien Ntadambanya président de l’Ordre des pharmaciens au Burundi raconte que souvent, des patients viennent avec une ordonnance, mais sans argent. Par pitié, parfois les pharmaciens aident.

« Mais cela dépend du coût du médicament. Pour un produit qui coute 2000 ou 2500 Fbu, cela ne va pas ruiner la pharmacie. Mais si quelqu’un vient à la recherche d’un produit contre de l’hépatite qui coûte près de 650 milles, malgré la gentillesse, il sera pratiquement impossible d’aider le patient sans risque de ruiner sa pharmacie. »

Les pauvres qui ont la CAM disent avoir de problèmes pour les frais du ticket modérateur ( 20% du prix du médicament).

Les uns préfèrent alors acheter quelques comprimés « au détail », à la pharmacie « ambulante », car ces vendeurs de médicaments n’exigent pas l’achat d’une cure complète ou une boîte entière. Ils s’adaptent aux moyens de celui qui cherche le médicament. Mais le risque est le malade ne guérit pas totalement et la maladie peut évoluer vers d’autres complications.

La loi et l’assistance sociale

Le plan national de protection et de promotion sociale a été mis en place en 2000 et il concerne les enfants en difficultés, les personnes handicapées, les indigents et les personnes âgées. Le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté a ajouté sur ces catégories de la population, les réfugiés extérieurs (rapatriés) les réfugiés intérieurs (déplacés) les ménages des victimes du VIH SIDA et les Twa dont leur vulnérabilité est lié à leur discrimination. Selon la loi ces personnes devraient être prises en charge totalement par le ministère ayant la solidarité dans ses attributions via la direction de l’intégration sociale. Cette direction évoque les moyens insuffisants pour rendre service à toutes les personnes concernées. Souvent les hôpitaux, les CDS et les pharmacies sont réticents à servir les patients détenteurs de l’attestation d’indigence à cause du retard du gouvernement à payer les factures.

Les hôpitaux sont autonomes et ne peuvent pas continuer à offrir gratuitement des soins alors que le gouvernement ne tient pas ses engagements.

La direction d’intégration sociale collabore avec 39 hôpitaux au niveau national et 4 pharmacies à Bujumbura. Elle dispose d’un un budget de 1,4 milliard de franc Bu.

D’après plusieurs témoignages, à part les problèmes de financement, ce système souffrirait des procédures peu claires dans la sélection des bénéficiaires de la gratuité des soins.

Dans d’autres cas, souvent les pauvres détenteurs de la CAM n’ont pas le ticket modérateur de 20 % pour avoir de soins.

Fautes de moyens, certains patients guéris sont même « retenus » de force à l’hôpital, car ils n’arrivent pas à honorer ces 20%.Ce sont des bienfaiteurs qui interviennent pour rendre la liberté de ces patients guéris.

A cause du payement irrégulier de frais de prestation par le gouvernement, l’intervention de la CAM est très limitée et ne satisfait pas ses détenteurs.

La CAM est accessible à 3000 francs bu par an.

Abbé Léopold Mvukiye : « Les médicaments traditionnels, une richesse »
Stock des médicaments traditionnels

Moins chère, la médecine traditionnelle peut aider. Abbé Léopold Mvukiye du Diocèse de Bururi, soigne avec des médicaments traditionnels . De nombreux patients soignés par le prêtre affirment que cette médecine est efficace.

Avant de prescrire les médicaments, il écoute d’abord. Longuement. Ensuite il pose des questions pour identifier la maladie. « J’utilise une centaine de médicaments. Je soigne l’hépatite, l’estomac, le diabète, l’asthme, l’hypertension, les maladies mentales que certains appellent « ibisigo », « abadayimoni », ainsi que les maladies gynécologiques féminines, l’épilepsie, la malaria, les maladies cutanées comme les blessures, et la poliomyélite, la stérilité causée par les maladies sexuellement transmissibles, manque de la glaire cervicale pour les femmes.

Mieux, pour les familles qui mettent au monde les enfants de même sexe, il leur donne un médicament traditionnel appelé «umuhinduro » .

Abbé Mvukiye récolte des plantes médicinales dans les milieux environnants de sa résidence, dans la forêt de Bururi et dans la région naturelle de Kumoso au sud du pays.

Il cultive aussi des plantes médicinales pour les multiplier. Pour Mvukiye, les médicaments traditionnels sont une richesse. Ils ont peu de conséquences néfastes sur la santé . « Naturels, moins chers, ils ne sont mauvais qu’en cas de surdose, » précise-t-il.

L’Abbé Mvukiye regrette que certaines personnes pensent que la médecine traditionnelle est indiquée pour les maladies rebelles à la médecine moderne. Ce n’est pas vrai. Il affirme qu’il arrive des fois qu’une maladie ne soit pas soignée par la médecine traditionnelle et dans ce cas on procède par la médecine moderne ou vice versa
« Il nous soigne et nous guérissons »

Adrien Nimubona, originaire de la Province Bururi affirme avoir été soigné par Abbé Mvukiye alors qu’il souffrait d’une maladie mentale. « Oui, c’est ce prêtre qui m’a soigné. Même aujourd’hui, c’est lui qui suit de près mon état de santé. Il nous soigne et nous guérissons, » affirme Nimubona.

Antoine Bigirimana, de la commune Gitaramuka en province Karuzi dit qu’il est allé se faire soigner en Tanzanie parce qu’il souffrait d’une maladie appelée « Agakoratima ». Il regrette qu’il n’ait pas pu se faire soigner convenablement là-bas. « J’étais totalement épuisé. Revenu au Burundi, on m’a dit qu’il y a un prêtre qui soigne les gens avec des médicaments traditionnels. Je lui ai exposé en détail mes problèmes et il m’a donné un médicament que je prenais par voie orale.Après trois jours, j’étais déjà remis de mes douleurs » témoigne Bigirimana.

La population croit en la médecine traditionnelle

Pour Joselyne Miburo, chef de Service de la Promotion de la Santé Mentale et de la Médécine Traditionnelle au sein du ministère de la Santé publique et de Lutte contre le VIH/SIDA, les Burundais croient en la médecine traditionnelle. Personne ne peut les empêcher d’y faire recours.

Avant que les Européens apportent les médicaments modernes, les Burundais utilisaient des plantes médicinales traditionnelles pour prévenir et soigner . L’OMS reconnait les guérisseurs traditionnels parce que les médicaments modernes sont fabriqués à partir des plantes médicinales. « L’OMS a décidé de dynamiser ce secteur dans plusieurs pays Africains, » explique-t-elle.

Le ministère de la Santé publique collabore avec les guérisseurs traditionnels. En 2014, le président du Burundi a promulgué un décret les autorisant de travailler officiellement.

Madame Miburo invite les guérisseurs à se mettre ensemble et collaborer entre eux. Le ministère de la Santé compte les assister. « Nous tenons quelques fois des réunions avec les représentants des associations des guérisseurs traditionnels agréés et organisons des ateliers de renforcement des capacités pour les mettre à jour, » dit-elle.

Pour Jocelyne Miburo, le principal problème observé dans ce secteur est que les praticiens traditionnels ne veulent pas dévoiler leurs formules. « Comme il n’y a pas de loi pour les protéger, ils veulent garder les formules pour eux seuls ». Elle évoque aussi le problème des charlatans qui disent aux gens qu’ils peuvent « guérir toutes les maladies » et ruinent les gens.


Quelque faits & chiffres

Combien de pharmacies ?

Lors de la dernière enquête réalisée en 2014, 600 pharmacies été répertoriées au Burundi. Seules quelques 130 établissements sont tenus par pharmaciens.

Combien de pharmaciens ?

Selon Cassien Ntadambanya le président de cet Ordre, 146 pharmaciens sont inscrits, mais seuls 135 sont en exercice. « Certains sont morts et d’autres sont partis s’installer ailleurs. »

Où se trouvent les pharmacies ?

Les deux tiers sont dans les provinces de Bujumbura, Cibitoke, , Rumonge et Makamba

La plus ancienne

La pharmacie SOCOPHAR, située sur la rue de la victoire dans le centre-ville de Bujumbura.

Les médicaments les plus chers

Les médicaments prescrits contre l’hépatite C.

Les plus vendus

Le médicament le plus vendu, se prend surtout en automédication contre la fièvre, c’est notamment le Paracétamol. »

  3   Vos commentaires
  1. Ndikumana Roger

    …..Vous m’excuserez,….je crois que j’ai oublié de préciser.Ma question sur le traitement du diabète faisait référence à l’Abbé Mvukiye Léopold de la Diocèse de Bururi.
    Merci.

  2. Ndikumana Roger

    Bonjour,…Merci à Iwacu pour cette enquête. Par contre j’ai une question: »Peut-il soigner un diabète à l’état très avancé? »
    Genre, patient dialysé au moins 2 fois/semaine actuellement?
    Murakoze!

  3. kimararungu

    Une bonne étude et enquête.courage le journal IWACU

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