Mercredi 05 octobre 2022

Société

VSBG : des centres pour soulager les vies brisées des victimes au ralenti

19/03/2021 Commentaires fermés sur VSBG : des centres pour soulager les vies brisées des victimes au ralenti
VSBG : des centres pour soulager les vies brisées des victimes au ralenti
Une des victimes reçue au centre Mpore de Makamba.

Ces centres intégrés de prise en charge des victimes des violences sexuelles basées sur le genre ne sont que trois à travers tout le pays. Après l’appui de la Banque mondiale, ces structures ont vu leurs activités aller decrescendo. Des voix s’élèvent pour plus d’aide à ces organes multiservices.

Imaginez une maison avec un bureau d’accueil où le cabinet d’un docteur côtoie celui d’un psychologue, et ces derniers jouxtant le bureau d’un OPJ et celui d’un magistrat.

Objectif de tous ces services concentrés en un seul endroit : conjuguer leurs efforts ou spécialités, voler au secours des victimes des VSBG, recoller les morceaux de leur vie brisée, bafouée, atténuer leurs souffrances en les accompagnant dans leur rétablissement physique et moral afin de recouvrer leur dignité blessée, leur réintégration sociale.

Cap sur Makamba, plus exactement dans les enceintes de l’hôpital de Makamba où se trouve le Centre Mpore. Le vocable évoque le réconfort adressé à une victime d’un malheur, pour lui dire que l’on compâtit.

L’ancien centre est désaffecté, ses chambres accueillent aujourd’hui des malades hospitalisés. Les victimes des VSBG sont transférées dans des locaux flambant neufs, un bâtiment en étage érigé avec l’appui de la Banque Mondiale.

Seul le rez-de-chaussée est consacré à ces vies brisées en quête de soulagement. L’étage accueille les malades présentant des signes de la Covid-19, révèle une infirmière.

Avant une visite guidée de ce centre, le médecin directeur de l’hôpital de Makamba, Dr Elias Nzeyimana confie que la situation actuelle est allée decrescendo. « C’est comme un service minimum que nous offrons aux victimes des VSBG qui se présentent à ce centre. Ce n’est plus comme avant quand ce projet démarrait».

Avant, raconte-t-il, le centre offrait des services variés et multiformes. « Les victimes étaient soignées, nourries, hébergées, avec un ’’kit dignité’’, il y avait un déplacement, les présumés auteurs étaient appréhendés car il y avait un OPJ et un magistrat qui déférait le suspect devant les juridictions. Aujourd’hui, regrette ce médecin, les victimes hospitalisées ne sont plus nourries par exemple.

«Faute de moyens, les cas qui nous arrivent sont en baisse »

Selon le Dr Elias Nzeyimana, il y a quelques ONG qui essaient de voler au secours de ces victimes comme Path Finder pour le carburant et le Centre Seruka qui assure le déplacement des victimes. «Le véhicule pour le déplacement des présumés auteurs est là mais vous comprenez que l’hôpital ne peut pas tout de même acheter du carburant pour le déplacement des présumés auteurs de viols, il faut d’autres intervenants ».

Quand une victime arrive au Centre Mpore, relate-t-il, elle est confiée au service d’accueil et une infirmière l’écoute, lui demande ce qui s’est passé et décide d’orienter cette victime. « C’est selon son cas et il y a un toujours un médecin de garde au service de ces victimes des VSBG. Par après, il y a intervention d’un OPJ et d’un magistrat pour la suite jusqu’au tribunal ».

Ce médecin fait quelques confidences : « L’appui actuel est sur 5 mois, il faut que quelques partenaires puissent prendre le relai, il y a des promesses. Certains services aux victimes ne sont plus assurés et le nombre de cas traités par le Centre Mpore a diminué et cela ne veut pas dire que les cas de viols ont baissé ».

Le psychologue de ce Centre Mpore, Martin Ndayizeye déplore un manque de moyens pour la réinsertion sociale et le suivi psychosocial des victimes. « C’est primordial pour éviter des inadaptations sociales, il faut des visites à domicile et cela ne se fait plus, faute de moyens. Sinon nous faisons le counseling, même pour les couples. Il faut une écoute attentive. Le monde parle mais n’écoute pas ».

Dans ce centre, fait savoir ce psychologue, nous encourageons les victimes à s’adapter, à surmonter leur mal, que le viol peut arriver à n’importe qui. « Par exemple aujourd’hui, il y a une victime que je viens de consulter, elle affirme que c’est pour la 4ème fois qu’elle se fait violer».

Laissée pour morte

Quelques minutes auparavant, une autre victime, les larmes aux yeux, se confie, à l’infirmière qui l’aide à se tenir debout et à avancer. Elle marche difficilement, d’un pas lourd, s’arrête de temps en temps, pour reprendre ce pénible exercice vers le cabinet du médecin, un calvaire. Elle est mal en point.

Son témoignage entrecoupé de sanglots et de soupirs pour reprendre son souffle, fait froid au dos : « C’était pour la première fois, ils étaient à quatre, ils se relayaient, je me suis débattue, j’’ai crié, je les ai suppliés de me laisser, rien. J’étais épuisée. J’ai beaucoup saigné à un certain moment, je me suis évanouie. Quand j’ai repris connaissance, j’avais honte, mes habits étaient maculés de sang. Je me suis mise à pleurer». A ces mots, elle se met à sangloter.

Quand le Dr Elias Nzeyimana, fait signe qu’il y a une autre victime qui arrive, il marque un arrêt et fait un appel : « Il faut que le gouvernement intervienne pour que différents services aux victimes puissent continuer. Certaines interventions ne sont plus assurées, il faut que notre gouverneur porte haut notre appel afin que ce centre tourne à plein régime comme avant ».

Dr Sylvie Nzeyimana : « Ces centres intégrés de prise en charge des victimes des VSBG jouent un rôle important dans la lutte contre ces maux.»

Et c’est le même signal de détresse lancé par Donavine Niyonsaba, présidente du Forum des femmes de la province de Makamba. «Nos populations sont pauvres, et les victimes de ces VSBG n’ont pas de moyens, des fois elles se retrouvent obligées de parcourir des kilomètres pour arriver à ce centre pour des soins. Il faut que ces centres soient soutenus, aient des moyens pour soulager ces gens. Le gouvernement doit prendre cette question en main».

Au moment où ce centre de prise en charge des victimes des VSBG à Makamba déplore le manque de moyens, le Centre Humura de Gitega qui a la même configuration et les mêmes missions semble bien portant grâce à l’appui du gouvernement. Selon sa coordinatrice, Dr Sylvie Nzeyimana, 90% des cas traités dans son centre concernent les filles et les femmes.

Elle appelle le gouvernement à venir en aide à ces centres intégrés de prise en charge des victimes des VSBG, qui d’après elle, jouent un rôle important dans la lutte contre ces maux.

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