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Triple lynchage à Maramvya

Dans la nuit du 31 mai 2026, le meurtre par balle d'un commerçant très connu sur la colline Murago a mis le feu aux poudres. Exaspérés par une impunité qu'ils jugent chronique, les habitants des collines Muyange et Murago ont bravé les forces de l'ordre pour lyncher trois bandits présumés. Entre la colère d'une population qui célèbre l'élimination des suspects et l'administration qui condamne fermement la justice populaire, la zone Maramvya plonge dans une dangereuse logique de défiance face à une institution judiciaire jugée défaillante.

Tout a basculé dans la nuit du 31 mai dans la commune Gitega. À Murago, une colline d’ordinaire paisible de la zone Maramvya, Gaspard Ngendakumana, un commerçant local, a été abattu par arme à feu en rentrant à son domicile, par des individus non identifiés. Le mobile semble crapuleux : le jour même, la victime avait vendu une vache et détenait une somme d’argent importante sur lui. Dès le lendemain matin, la rumeur et la colère ont envahi les collines avoisinantes de Murago et Muyange. Très vite, les soupçons se sont portés sur trois figures locales de la grande délinquance à Muyange. Des témoins affirment les avoir vus consommer des boissons dans le bistrot de la victime jusqu’à des heures tardives. Plus accablant encore, l’épouse du défunt, présente lors du drame, aurait reconnu l’un des assaillants comme étant l’un des clients de la soirée. Pour les habitants, le doute n’était plus permis : une véritable chasse à l’homme s’est alors organisée. Menée par une foule chauffée à blanc, la battue a permis d’appréhender les trois suspects.

Le bouclier policier balayé par la foule

D’après certaines personnes rencontrées à Murago, ce qui s’est passé pose de sérieuses questions sur la capacité des forces de l’ordre à maintenir l’état de droit en situation de crise. Alors que les trois présumés brigands venaient d’être appréhendés et se trouvaient sous la garde des agents de police et des autorités administratives locales, la foule a littéralement débordé le dispositif de sécurité. Malgré les sommations, la colère populaire a été plus forte. Les trois hommes ont été arrachés des mains de la police et lynchés à mort sur la colline Murago.

« Ce n’était plus une foule, c’était un torrent de colère », confie sous anonymat un habitant de Bungere, à Murago, présent lors des faits. « Les policiers ont essayé de s’interposer, mais face à des centaines de personnes décidées à en découdre, ils n’ont rien pu faire. Ces criminels nous narguaient depuis trop longtemps ! », raconte une femme rencontrée après l’enterrement de Gaspard Ngendakumana. Aujourd’hui, les corps des trois hommes reposent à la morgue de l’hôpital régional de Gitega, tandis que l’arme du crime reste introuvable. La population soupçonne l’existence de complices en fuite qui auraient emporté le fusil, rendant les chances de réussite de l’enquête officielle particulièrement minces.

Le procès de l’appareil judiciaire

Derrière ce triple lynchage se cache un profond malaise social : le désamour total entre la population et l’appareil judiciaire. Pour les résidents de Maramvya, les trois victimes de la justice populaire n’étaient pas des enfants de chœur. Ils étaient soupçonnés de vols à main armée sanglants, allant même jusqu’à opérer en Tanzanie voisine avant de revenir se réfugier au pays. Souvent cités dans des affaires de banditisme, s’ils étaient arrêtés, expliquent les habitants, ils ne passaient jamais plus d’un mois derrière les barreaux avant d’être relâchés, souvent grâce à des complicités ou des failles du système.

Un habitant de Bungera, à Murago, exprime ce ras-le-bol généralisé : « Quand la justice relâche vite des malfaiteurs, elle condamne à mort la population. Ce lundi, la population a simplement décidé de sceller définitivement leur dossier. Ce n’est qu’un début : tout assassin attrapé subira le même sort ! »

Omerta et diplomatie de crise

Au lendemain de l’enterrement du commerçant, l’ambiance est lourde à Maramvya. Une chape de plomb s’est abattue sur la région. Si la satisfaction d’être débarrassé de ces présumés malfaiteurs est palpable, personne ne veut assumer publiquement sa participation au lynchage. La peur des vagues d’arrestations ou de représailles de la part des familles et complices des défunts mure les bouches dans un anonymat strict.

Face à ce défi lancé à l’autorité de l’État, l’administration tente de reprendre le contrôle de la situation. Des réunions de pacification et de sensibilisation sont d’ores et déjà organisées. « L’objectif est clair : stopper l’engrenage de la violence », déclare Méthode Ndikumana, le chef de la colline Muyange. L’administration locale se veut intraitable : l’enquête devra identifier les auteurs du lynchage, car la justice populaire reste un crime puni par la loi. « Si ces hommes étaient coupables, c’était à la justice de trancher et de les punir, pas à la foule », martèle cet administrateur. « Tolérer cela, c’est ouvrir la porte à l’anarchie, où n’importe qui peut tuer son voisin sous prétexte de suspicion », ajoute Oscar Ndayiragije, le chef de la zone Maramvya.

Entre une population qui réclame une sécurité immédiate et des institutions qui tentent de sauvegarder les principes du droit, les collines Muyange et Murago sont devenues le miroir d’une crise de confiance profonde, où la population a choisi de remplacer le marteau du juge par les pierres de la colère. Sur la colline Muyange, nous n’avons pas pu rencontrer les familles des trois personnes tuées sans jugement pour de plus amples informations.


Réactions

Vianney Ndayisaba : « C’est un message à la justice »


Pour le président de l’Association de lutte contre le chômage et la torture, Aluchoto, ce qui s’est passé à Gitega est une preuve de l’injustice dont est victime la population. « Voir qu’ils n’ont pas même reculé devant les coups de feu démontre qu’ils sont désespérés, qu’ils n’ont même plus peur de la mort. »

Cette réaction, dit-il, est un message adressé à l’administration, à la police et à la justice. « Ces trois institutions sont défaillantes dans leur mission de protéger la population. Elle n’a pas toléré de voir des “criminels” continuer à se la couler douce. » Il pointe une impunité devenue systémique : « Quand les auteurs sont arrêtés, ils ne passent que quelques jours dans les mains de la justice. Après leur libération, ils reviennent même narguer les familles affectées. » Son message à la justice est sans détour : « Il faut qu’elle soit indépendante et rendue équitablement, sans distinction de partis politiques, d’ethnies, d’origine ou de religion. »

Gabriel Rufyiri : « La population aurait perdu confiance en la justice »

Pour le président de l’Olucome, les faits révèlent une problématique d’impunité qui alimente l’insécurité. Gabriel Rufyiri situe le mal à deux niveaux : une extrême pauvreté qui pousse certains au vol, et une justice qui ne sanctionne pas. « Quand les gens constatent que des malfaiteurs restent impunis, cela conduit à la justice populaire. La population aurait perdu confiance en la justice. Elle a exécuté ce que lui dictait sa colère. »

Il plaide pour des enquêtes minutieuses aboutissant à des conclusions vérifiées, et appelle les institutions à s’attaquer aux racines du mal. « La richesse du pays est concentrée entre les mains d’une poignée d’individus », regrette-t-il, réclamant équité, lutte contre la pauvreté et fin de l’impunité.

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