Le 26 juin 2026, le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a ouvert une semaine diplomatique placée sous le thème : « Diplomatie économique et partenariats stratégiques, leviers pour l’atteinte des objectifs de la Vision, pays émergent en 2040, développé en 2060 ».
Cette semaine constitue, selon le chef de la diplomatie,une occasion de mettre en avant les sites touristiques afin de faire rayonner ce que le Burundi a de meilleur à offrir.
Le constant malheureux est qu’à travers tout le pays, de nombreux sites touristiques demeurent peu valorisés et mal entretenus. Le Parc national de la Ruvubu en est une parfaite illustration. Avec ses 50 000 hectares, il s’agit de la plus vaste aire protégée du Burundi. Traversé par la rivière Ruvubu, dont les méandres offrent un panorama remarquable, le parc présente des paysages variés mêlant longues chaînes de montagnes, différents types de savanes, galeries forestières et forêts claires.
Il abrite une riche biodiversité avec 44 espèces de mammifères, principalement des buffles du Cap (Syncerus caffer), des antilopes et des hippopotames. Le parc recense également plus de 425 espèces d’oiseaux, 14 espèces de poissons ainsi qu’une importante diversité de reptiles, de carnivores et de primates.
Toutefois, cette faune est continuellement menacée par le braconnage. En cause : le manque criant de matériel de protection adapté et l’insuffisance des effectifs chargés de surveiller cette aire protégée. Moins d’une cinquantaine d’écogardes assure la protection de ce patrimoine environnemental. Selon ces derniers, leurs conditions de travail sont particulièrement difficiles, ce qui favorise la recrudescence du braconnage.
Agasumo ka Mwaro en est un autre exemple. Composé de quatre chutes d’eau successives entourées d’une végétation luxuriante, ce site offre en effet un paysage particulièrement spectaculaire. Malheureusement, il ne dispose ni d’infrastructures de restauration ni d’espaces aménagés pour accueillir les visiteurs dans de bonnes conditions. Les quelques infrastructures existantes restent insuffisantes ou peu fonctionnelles, notamment en raison du manque d’électricité et d’aménagements adaptés.
Une Direction générale peu financée
Outre ces défis structurels, la Direction générale du Tourisme reste sous-financée. Pour l’exercice budgétaire 2025-2026, elle disposait d’un budget d’environ 3 milliards de FBu. Après la révision budgétaire, cette enveloppe a été ramenée à 2,4 milliards de Bif, soit environ 1 % du budget total du ministère de tutelle. Un niveau jugé insuffisant pour assurer la valorisation et l’entretien des sites touristiques placés sous sa responsabilité.
Une gestion dispersée
Au Burundi, la gestion des sites touristiques relève de plusieurs institutions. À titre d’exemple, le Musée vivant, le site du traité de Kiganda ou encore la Source du Nil sont placés sous la responsabilité de la direction générale du Tourisme. Les aires protégées, notamment les parcs nationaux de la Ruvubu, de la Rusizi, de la Kigwena et de la Kibira, sont administrées par l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE).
D’autres sites relèvent des autorités locales. C’est notamment le cas des eaux thermales (Amashuha) de Rumonge, gérées par la commune Rumonge et du site dit « Agasumo ka Mwaro », placé sous la responsabilité de la commune Mwaro.
Cette multiplicité d’acteurs, conjuguée à l’absence d’une stratégie coordonnée de gestion et de valorisation des sites touristiques, compromet les ambitions de développement du secteur touristique au Burundi.
Interview avec Armelle Irakoze : « Des réflexions sur la mise en place des mécanismes de gestion concertée des sites touristiques sont en cours »
Le tourisme ne bénéficie que d’environ 1 % du budget. Cela est-il suffisant pour permettre un véritable essor du secteur ?
Aujourd’hui, le tourisme est reconnu comme un secteur stratégique, capable de contribuer à la croissance économique, à la création d’emplois et à l’entrée de devises. Toutefois, le niveau actuel de financement ne permet pas d’exploiter pleinement ce potentiel.
Quels sont les principaux besoins budgétaires de votre Direction ?
Le budget alloué couvre essentiellement les dépenses de fonctionnement ainsi qu’une partie des activités prioritaires. Pour accélérer le développement du secteur, des ressources supplémentaires sont nécessaires afin de renforcer la promotion de la destination Burundi sur les marchés national et international, développer les infrastructures touristiques, valoriser et aménager les sites touristiques, renforcer les capacités des acteurs du secteur, améliorer la qualité des services et mettre en œuvre les réformes prévues dans la politique nationale du tourisme.
L’Etat affiche néanmoins une volonté claire de faire du tourisme un levier de développement. Des efforts sont également menés pour mobiliser des financements complémentaires auprès des partenaires techniques et financiers ainsi que pour encourager les investissements privés.
La gestion des sites touristiques relève de plusieurs acteurs. Cela ne crée-t-il pas des difficultés de coordination ?
Le tourisme est un secteur transversal avec 213 sites touristiques. Ils relèvent effectivement de plusieurs institutions selon leur nature : patrimoine culturel, aires protégées, collectivités territoriales ou encore institutions publiques.
Cette diversité peut parfois poser des défis de coordination mais, elle constitue également une opportunité de promouvoir une gouvernance participative. Notre rôle est justement d’assurer la coordination des interventions afin que ces différents acteurs poursuivent une vision commune.
Existe-t-il un cadre légal de gestion ou une réforme envisagée ?
Le cadre juridique actuel prévoit déjà des mécanismes de collaboration. Des réflexions sont toutefois en cours pour renforcer cette coordination, notamment à travers l’amélioration des textes réglementaires, la clarification des responsabilités des différents gestionnaires et la mise en place de mécanismes de gestion concertée des sites touristiques. L’objectif est que chaque site contribue davantage au développement économique local tout en garantissant sa conservation.
Il y a un projet de construction de sites dédiés aux héros nationaux alors que plusieurs sites existants manquent d’entretien. Les priorités ne devraient-elles pas porter d’abord sur leur réhabilitation ?
Les deux approches ne sont pas contradictoires, mais elles sont complémentaires. La valorisation des héros nationaux participe à la préservation de la mémoire collective et enrichit l’offre touristique culturelle du pays. Parallèlement, la réhabilitation des sites existants demeure une priorité.
Des projets en cours ?
Nous envisageons la réhabilitation des sites touristiques prioritaires. Déjà, plusieurs travaux sont en cours au Musée vivant, notamment le réaménagement de la maison des serpents et celle des léopards ; le réaménagement des bassins pour les crocodiles qui se sont multipliés ; la rénovation des maisons des singes et la construction d’un aquarium.
Il y a également le réaménagement du site du traité de Kiganda avec la construction d’une maison d’accueil qui disposera ainsi d’un espace de souvenir.
Quelles sont les principales priorités de dépenses pour l’exercice budgétaire à venir ?
Le développement du tourisme intérieur et du tourisme lacustre figure parmi les priorités. Nous allons aussi poursuivre les réformes du secteur, notamment l’adoption et la mise en œuvre de la loi sur le tourisme.
Les priorités portent aussi sur le renforcement de la régulation du secteur à travers l’encadrement des
opérateurs touristiques, la délivrance des licences et le contrôle du respect des normes, la promotion de la destination du pays sur les marchés national, régional et international ainsi que le renforcement de l’implication des communautés locales dans la gestion et la valorisation des sites touristiques. L’objectif est de favoriser leur appropriation du patrimoine et le développement d’activités génératrices de revenus.
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