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Économie

Tontine, pivot du secteur financier informel

10/11/2020 Pacifique Gahama Commentaires fermés sur Tontine, pivot du secteur financier informel
Tontine,  pivot du secteur financier informel
Vincent Nibigira : « Les épargnes du secteur informel vont diminuer le niveau de l’épargne et du crédit demandé. »

Taux d’intérêt bancaire élevé, exigence des garanties et des avaliseurs, absence des institutions de crédits dans les coins reculés du pays, entre autres raisons qui incitent la population à recourir au secteur financier informel.

La tontine rotative appelée « ikirimba », un moyen de crédit informel se développe de plus en plus à l’échelle nationale au grand dam du secteur financier formel. « En l’absence de ce qu’on aime, on se contente de ce qu’on a », raconte Jean Marie Ntirampeba, partisan de ce nouveau mode de financement. Le trentenaire loue les avantages de la tontine tournante: « le taux d’intérêt est inférieur à celui pratiqué par les banques. » De plus, souligne-t-il, la tontine tournante n’exige pas des garanties ni des hypothèques.

Ce quadragénaire affirme que le fonctionnement de la tontine tournante est simple. Un groupe de gens qui se connaissent bien se mettent ensemble et fixent un montant à cotiser. Avec son groupe de 15 personnes chaque participant cotise 2.000 BIF par jour. Après une semaine de cotisation, un membre du groupe est désigné pour être le bénéficiaire du montant collecté. Au total, il reçoit 210000 BIF. La désignation du bénéficiaire se fait suivant le numéro obtenu au tirage au sort effectué au début du cycle.

M .Ntirampeba ne nie pas les avantages des tontines, mais décourage les personnes désireuses d’y recourir. Il explique qu’il arrive des fois où le bénéficiaire ne reçoit pas le montant convenu suite au non-respect des engagements des membres. Pour le moment il a déjà quitté le groupe, car selon lui son avenir était incertain. Il souligne aussi l’absence des textes réglementant ce secteur informel.

K.A., est une autre personne qui reconnaît avoir participé à l’ikirimba composée de 15 personnes. Pour y adhérer, tout membre est tenu de payer une somme qui varie entre 10000 BIF et 30000BIF par mois. Elle précise que les cotisations ne sont pas redistribuées aux membres à la fin de chaque mois, mais après une période consensuelle convenue par les membres et cela au prorata des cotisations de chacun.

Les fonds sont octroyés aux membres sous forme de crédit. Le taux d’intérêt est de 4 % sur une période de trois mois. Le montant accordé au demandeur du crédit est de 3 fois ce qu’il a cotisé. La durée de cette tontine est fixée à une période 12 mois.

Une personne sous couvert d’anonymat explique: « Nous sommes une vingtaine à avoir intégré une caisse d’épargne communautaire appelée ikirimba na Ecocash de la compagnie de téléphonie mobile Econet-Wireless. Nous avons commencé en janvier après avoir signé un acte d’engagement avec la compagnie. » Maintenant nous sommes à un niveau satisfaisant, car après 8 mois d’activités nous en avons fait une coopérative déjà agréée par l’instance compétente. Nous versons une cotisation de 12000 BIF et tout se fait dans le système Ecocash. C’est l’ikirimba le plus sûr, car chaque membre peut consulter le solde. Le retrait est conditionné par l’autorisation de trois personnes.

Le demandeur de crédit doit avoir trois avaliseurs également membres du club. Le taux d’intérêt mensuel est 10%. Le plafond du crédit est fixé à 500. 000 BIF. L’échéance ne peut pas dépasser 3 mois. Cette trentenaire se réjouit des avantages de cette épargne communautaire : « C’est une solution aux difficultés d’avoir accès aux crédits bancaires ou de microfinances qui exigent des hypothèques et des taux d’intérêt élevés. Parfois le contractant du crédit bancaire travaille dans la perte, mais le paiement reste obligatoire. » Avec le crédit de l’épargne communautaire, affirme-t-elle, on peut monter des activités génératrices de revenu à court terme. »

L’accès aux services formels n’est pas facile

Malgré ces avantages, des défis ne manquent pas. D’après notre source, le taux d’intérêt mensuel est trop exorbitant. Parfois le contractant du crédit travaille à perte, mais le paiement reste obligatoire .Un autre défi majeur est la courte échéance de remboursement .Il est évident que dans trois mois on ne peut pas faire grand-chose.

Vincent Nibigira, Directeur Général de la fédération nationale des coopératives d’épargne et de Crédits (FENACOBU), éclaire sur les raisons qui poussent nombre de personnes à recourir aux services informels : « Premièrement, les tontines constituent des services de proximité. On n’a pas besoin de parcourir une longue distance pour aller épargner, retirer ou demander un crédit. Deuxièmement, l’accès aux services formels n’est pas facile. »

Pour ce qui est de l’impact des tontines sur les institutions de microfinances, il se fait sentir au niveau de l’épargne et crédit. Les épargnes du secteur informel font diminuer le niveau de l’épargne et de crédits demandés.

Prosper Niyoboke : « Les gens qui ont des capacités de financement préfèrent investir là où leurs capitaux peuvent être mieux rémunérés. »

Prosper Niyoboke, économiste et professeur d’universités, explique ce nouveau mode de financement par trois facteurs. D’une part, il indique que les taux d’intérêts débiteurs exigés par les banques et les microfinances sont très élevés. Actuellement, ils varient entre 10% et 30%. Cela pousse certaines personnes en besoin de financement à boycotter les services financiers formels et à chercher d’autres moyens de financement moins coûteux. Un motif avancé par cet économiste est que le taux d’intérêt créditeur accordé par les banques aux épargnants est trop faible. Il varie entre 4% et 7%. Par conséquent, les gens qui ont des capacités de financement préfèrent investir là où ces capitaux puissent être mieux rémunérés.

Deux dimensions à considérer. Certains acteurs préfèrent s’auto octroyer des crédits selon les canaux disponibles à leurs niveaux avec des taux préférentiels à ceux appliqués par les banques. D’autres sont des usuriers qui spéculent la situation de pression éprouvée par certains acteurs n’ayant pas de garanties pour proposer aux banques ou tout simplement ne voulant supporter la lourdeur administrative des banques avec toute forme de rationnement de crédit bancaire.

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