Lors d’une conférence-débat organisée le 26 mai 2026 en commune Kayanza par l’ONG La Benevolencija, en collaboration avec dix-huit médias partenaires, autorités administratives, représentants syndicaux et membres du Conseil communal ont débattu sur le thème « Évaluation de la perception, de la gestion ainsi que de la transparence des taxes communales ».
En présentant l’état actuel des recettes issues des taxes communales, Godefroid Niyonizigiye, administrateur de la commune Kayanza, a salué l’évolution des recettes enregistrées dans sa commune depuis 2023. Selon lui, les performances ont été rendues possibles grâce aux mesures strictes prises en collaboration avec le Conseil communal.
« Après nous être réunis avec les membres du Conseil communal et avoir adopté des mesures rigoureuses, les recettes fiscales ont dépassé le plafond fixé auparavant. Nous avions planifié un maximum d’environ deux milliards de BIF, mais nous avons atteint un taux de réalisation de 115 %. Ce qui nous a permis de réaliser plusieurs projets en faveur des habitants de la commune. »
L’administrateur précise qu’un montant avoisinant 80 millions de BIF est actuellement perçu chaque mois dans la commune Kayanza.
Des réalisations effectuées

Parmi les réalisations déjà effectuées figurent l’approvisionnement en eau potable dans dix zones, la construction en cours du centre de santé de Maruri ainsi que l’édification de plusieurs ponts de liaison.
Il indique également que la perception des taxes se fait désormais à l’aide d’une machine électronique dénommée « E-Taxe », une innovation qui, selon lui, a permis de limiter les détournements et les pertes de recettes. « Nous avons formé les utilisateurs de ces machines et mis en place des encadreurs chargés du suivi afin d’assurer leur bon fonctionnement. »
De son côté, Ritha Karenzo, membre du Conseil communal de Kayanza, estime que l’utilisation des machines électroniques constitue une avancée importante dans la lutte contre les fraudes liées à la collecte des taxes.
« L’un des défis que nous rencontrons parfois est lié aux pannes des machines. Ce qui nécessite des moyens supplémentaires pour les réparer. Mais, des solutions sont toujours trouvées afin d’assurer la continuité du service. », assure-t-elle.
Des sensibilisations sont nécessaires
A son tour, Anatole Akeza, représentant du syndicat des travailleurs dans la commune Kayanza, estime que malgré la digitalisation de la perception des taxes, certaines inquiétudes persistent encore au sein de la population.
« Pour que l’on puisse réellement apprécier que la perception et la gestion des taxes se déroulent correctement, il faut qu’il n’y ait plus de lamentations au sein de la population. Jusqu’à présent, certaines personnes ne savent ni pourquoi ni comment payer les taxes. D’autres considèrent que ces recettes profitent uniquement aux communes. C’est pourquoi plusieurs autres séances de sensibilisation restent nécessaires. »

Il appelle les autorités administratives à renforcer le dialogue avec la population ainsi qu’avec les organisations de la société civile afin de recueillir de nouvelles idées susceptibles d’améliorer la gestion des taxes communales.
« Des réunions de sensibilisation sont nécessaires aussi bien pour la population que pour les acteurs de la société civile. Il faut multiplier ces séances afin que chacun comprenne l’importance des taxes et leur utilité dans le développement des communes. La population a toujours besoin d’être sensibilisée ».
Selon lui, le coût des machines électroniques utilisées dans la perception des taxes constitue également un défi pour certains commerçants. « Jusqu’à présent, plusieurs commerçants dans différents marchés ne disposent pas encore de ces machines parce qu’elles sont coûteuses. Débourser directement 1 500 000 BIF n’est pas facile pour tout le monde. Je proposerais que le gouvernement puisse les acheter lui-même afin que les commerçants les remboursent progressivement », a-t-il suggéré.
Reportage
Il nous faut une Banque pour le dépôt des taxes à Ruyigi
Certains commerçants de la commune Ruyigi saluent la contribution des taxes au développement de leur commune. Selon eux, les recettes fiscales permettent de financer plusieurs infrastructures publiques pour le bénéfice de la population.
« Nous sommes contents de payer les taxes parce qu’elles nous reviennent sous forme de réalisations concrètes, notamment la construction d’hôpitaux et d’autres infrastructures. Si je ne contribuais pas, je me sentirais en faute. Nous avons commencé avec une taxe de 100 BIF mais, aujourd’hui, elle est passée à 500 BIF », témoigne l’un des commerçants.
Cependant, ces commerçants évoquent certaines difficultés liées au paiement des taxes par téléphone mobile. « Le principal problème est que nous devons effectuer les paiements par téléphone parce qu’il n’y a pas d’agence Bancobu ici. Il serait judicieux que cette banque ouvre ses portes à Ruyigi », déplorent et proposent-ils.
Kirundo : des défis persistent
Sur le terrain, certains habitants de la commune Kirundo expriment leur mécontentement en affirmant ne pas constater les retombées concrètes des taxes qu’ils paient régulièrement.
Sous couvert d’anonymat, un habitant identifié par les initiales N.N témoigne : « Nous parcourons plusieurs kilomètres pour atteindre un hôpital et nous ne disposons pas suffisamment d’eau potable et d’infrastructures publiques. Personnellement, je ne vois pas l’importance des taxes que nous payons. »
La commune Kirundo avait prévu un plafond de recettes de 2 154 589 785 BIF pour l’exercice budgétaire 2025-2026. Jusqu’au mois d’avril 2026, seulement 1 589 032 000 BIF avait déjà été perçu selon Céline Ntakirutimana, comptable de la commune Kirundo.
« Il ne nous reste que deux mois avant la clôture de l’année budgétaire. Nous risquons de ne pas atteindre le montant prévu. Cette situation s’explique notamment par les effets du changement climatique qui ont affecté plusieurs champs de cultures ainsi que par le changement des autorités intervenu durant les premiers mois de l’année budgétaire », a-t-elle expliqué.
Réaction
Déo Ruberintwari : « Les administrateurs communaux doivent assurer un suivi quotidien des recettes afin de vérifier les montants réellement perçus. »
Le directeur général chargé du Programme Décentralisation et Développement local au ministère de l’Intérieur affirme qu’avec le nouveau découpage territorial, les communes fonctionnent principalement grâce aux taxes et impôts qu’elles perçoivent. Il explique qu’au début de chaque année, le Conseil communal se réunit afin d’évaluer et de fixer les produits et services soumis à taxation.
Selon lui, une mission de vérification menée par le ministère de l’Intérieur durant les mois de novembre et décembre 2025 a permis de constater une augmentation significative des recettes communales. « En novembre 2025, les taxes perçues s’élevaient à 5 898 442 384 BIF tandis qu’au mois de décembre, elles ont atteint 7 223 733 985 BIF. »
Toutefois, il reconnaît que plusieurs irrégularités ont été relevées au cours de cette période dite de « mois témoin » consacrée au contrôle de la perception des taxes. « Nous avons constaté que certaines sommes n’étaient pas réclamées. Cela montre que les administrateurs communaux doivent assurer un suivi quotidien des recettes afin de vérifier les montants réellement perçus. »
Il ajoute que de nombreux contribuables ne comprennent ni les raisons ni les modalités du paiement des taxes. Un autre problème identifié concerne les recettes collectées qui, dans certains cas, ne sont pas directement versées sur les comptes des communes.
Un suivi de près
Face à cette situation, le ministère envisage de digitaliser le système de perception des taxes et impôts afin de renforcer la transparence et d’améliorer la gestion des recettes communales. « Cette mesure est en train d’être mise en œuvre actuellement. »
Pour illustrer les disparités entre les communes, M. Ruberintwari cite l’exemple de la commune Ntahangwa qui figure parmi celles ayant enregistré les recettes les plus importantes. À l’inverse, la commune Bururi est parmi celles ayant perçu les montants les plus faibles, avec 46 734 012 BIF. Selon lui, ces différences s’expliquent notamment par le niveau de richesse et d’activités économiques propres à chaque commune.
Il rappelle enfin que la loi régissant les communes prévoit l’organisation de réunions publiques destinées à présenter la situation financière des communes et à montrer à la population comment les taxes qu’elle paie sont utilisées pour le développement local. Il appelle ainsi les citoyens à ne pas être indifférents en suivant de près la gestion de leurs communes ainsi que l’utilisation des ressources publiques.
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