A un certain moment, quelques bienfaiteurs sont allés à son chevet, elle était mal-en-point, sa maison tombait littéralement en ruine. Ses appels au secours relayés par quelques âmes charitables ont porté des fruits mais c’était pour une courte durée.
La situation a continué à s’empirer pour cette dame, par la force des choses elle a appris à être résiliente, stoïque malgré les quelques chagrins, elle a fait justement quelques confidences.
Elle raconte : « Je suis née en en 1948, je n’ai pas pu fréquenter l’école, mes parents n’y voyait aucun intérêt, l’excuse de l’époque devenue proverbiale était que les études pour les filles ne valaient rien ».
Elle poursuit son récit : « Je dois avouer que j’étais jalouse de mes frères et surtout des autres jeunes filles qui allaient à l’école à Kanyinya. Nos chemins se séparaient, nous nous bifurquions vers les écoles des prêtres appelées ’’Yaga Mukama’’ pour l’apprentissage de la catéchèse et lire les lettres capitales ».
Subitement sa voix mélodieuse change : « J’aurais aimé y aller moi aussi. J’avais l’impression que ceux qui allaient à l’école avait quelque chose de spécial que nous n’avions pas. Ils étaient plus propres que nous. Mais il y avait très peu de filles qui allaient à l’école à cette époque. Mais les gens ont commencé à changer de mentalité quand ils ont vu les filles obtenir des diplômes et devenir utiles pour leurs familles ».
De la gloire, à l’anonymat
Cette artiste obligée de vivre dans la précarité est partie dans sa tombe avec un autre regret, il l’évoque avec des larmes dans la voix : « Quand tu n’as mis au monde que des filles, tu es maltraitée, persécutée et je le dis en connaissance de cause. Tu ne peux même pas retourner chez tes parents pour t’y établir. Tes propres frères te renient, ils ne t’acceptent pas. Je ne sais pas si un jour cette injustice sera réglée. Je n’aimerais pas que mes petites-filles endurent ce que j’ai vécu ».
Connue surtout pour la chanson devenue célèbre, Nkoni yera, Générose Nacumi raconte avec enthousiasme les débuts de son groupe de jeunes filles du mouvement d’action catholique, JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). « C’est surtout pendant les veillées que nos chansons ont été remarquées et à chaque mariage, nous étions sollicitées ».
Et un bon matin, poursuit-elle, quelques femmes leaders de l’UFB, l’Union des femmes du Burundi, un mouvement affilié au parti Uprona, sont venues demander aux sœurs chargées de notre encadrement, la permission d’aller à Muyinga pour un concours folklorique. « C’était dans les années 1970, nous avons eu la première place et notre groupe a été amené à Bujumbura pour l’enregistrement de nos chansons. C’était dans les studios de la Voix de la Révolution, l’actuelle RTNB (Radiotélévision nationale du Burundi) ».
Interrogée sur les chansons actuelles, Nacumi a été catégorique : « Ce n’est pas mélodieux, c’est trop rythmé, il y a trop de bruit, la poésie manque, les jeunes ne veulent même pas m’approcher, faire le retour aux sources pour apprendre leur culture qui s’éteint ».
Poétesse dans l’âme, Nacumi acceptait difficilement de reprendre ses chansons. « C’est pour ne pas les altérer et les trahir avec ma voix de plus en plus rauque de vielle dame. » Mais elle récitait d’un trait les longues strophes pleines de poésie de ses chansons. Après mille insistances, elle n’entonnait qu’une seule chanson, un peu rythmée, Wararaye. Et c’est malheureusement une chanson d’adieu.
Merci au Journal Iwacu d’avoir rendu hommage a cette immense figure de la musique traditionnelle burundaise. Cet article est un rappel douloureux de la richesse culturelle que Madame Generose Nacumi a léguée a notre pays.
Cependant, il est profondément révoltant d’apprendre qu’une artiste de cette envergure, qui a porté si haut les couleurs du Burundi à travers son talent, ait terminé sa vie dans la précarité, l’oubli et l’indifférence. Une telle situation ne devrait jamais se produire dans un pays qui se réclame attaché à la valorisation de sa culture et de son patrimoine.
Cet hommage posthume est certes mérité, mais il ne saurait effacer les souffrances qu’elle a endurées de son vivant. Les fleurs déposées sur une tombe ne remplaceront jamais le soutien, la reconnaissance et la dignité qu’elle méritait lorsqu’elle était parmi nous.
J’en appelle solennellement aux autorités compétentes, en particulier au ministère ayant la Culture dans ses attributions, pour qu’elles mettent en œuvre une véritable politique de protection, d’accompagnement et de valorisation des artistes burundais. Nos artistes ne doivent plus être applaudis sur scène, puis abandonnés lorsqu’ils vieillissent, tombent malades ou traversent des difficultés. Une nation qui négligent ceux préservent et transmettent son identité culturelle finit par appauvrir sa propre mémoire.
Que le destin de Madame Générose soit un électrochoc pour notre conscience collective et un tournant décisif dans la manière dont le Burundi honore ses artistes. Ils méritent d’être célébrés de leur vivant, dans la dignité, et non uniquement lorsqu’ils ne sont plus là pour entendre nos hommages.
La vie est injuste.😭
Paix à son âme.
Vous avez tout mon respect pour cet hommage à Générose Nacumi. Son talent, sa voix et son héritage artistique resteront gravés dans les mémoires. Mes sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont été touchés par sa musique. Qu’elle repose en paix. https://scsrd.co.za/