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Générose Nacumi, la rossignole de Kirundo s’est envolée

Depuis quelques années, la santé de la célèbre poétesse, une des auteures des célèbres chansons mélodieuses typiques de la région de Kirundo, au nord-est du Burundi, ne cessait de se dégrader. Elle vivait dans la misère, oubliée. Elle s’en est allée ce mardi 14 juillet dans l’anonymat avec plein de regrets.

A un certain moment, quelques bienfaiteurs sont allés à son chevet, elle était mal-en-point, sa maison tombait littéralement en ruine. Ses appels au secours relayés par quelques âmes charitables ont porté des fruits mais c’était pour une courte durée.

La situation a continué à s’empirer pour cette dame, par la force des choses elle a appris à être résiliente, stoïque malgré les quelques chagrins, elle a fait justement quelques confidences.
Elle raconte : « Je suis née en en 1948, je n’ai pas pu fréquenter l’école, mes parents n’y voyait aucun intérêt, l’excuse de l’époque devenue proverbiale était que les études pour les filles ne valaient rien ».

Elle poursuit son récit : « Je dois avouer que j’étais jalouse de mes frères et surtout des autres jeunes filles qui allaient à l’école à Kanyinya. Nos chemins se séparaient, nous nous bifurquions vers les écoles des prêtres appelées ’’Yaga Mukama’’ pour l’apprentissage de la catéchèse et lire les lettres capitales ».

Subitement sa voix mélodieuse change : « J’aurais aimé y aller moi aussi. J’avais l’impression que ceux qui allaient à l’école avait quelque chose de spécial que nous n’avions pas. Ils étaient plus propres que nous. Mais il y avait très peu de filles qui allaient à l’école à cette époque. Mais les gens ont commencé à changer de mentalité quand ils ont vu les filles obtenir des diplômes et devenir utiles pour leurs familles ».

De la gloire, à l’anonymat

Cette artiste obligée de vivre dans la précarité est partie dans sa tombe avec un autre regret, il l’évoque avec des larmes dans la voix : « Quand tu n’as mis au monde que des filles, tu es maltraitée, persécutée et je le dis en connaissance de cause. Tu ne peux même pas retourner chez tes parents pour t’y établir. Tes propres frères te renient, ils ne t’acceptent pas. Je ne sais pas si un jour cette injustice sera réglée. Je n’aimerais pas que mes petites-filles endurent ce que j’ai vécu ».

Connue surtout pour la chanson devenue célèbre, Nkoni yera, Générose Nacumi raconte avec enthousiasme les débuts de son groupe de jeunes filles du mouvement d’action catholique, JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). « C’est surtout pendant les veillées que nos chansons ont été remarquées et à chaque mariage, nous étions sollicitées ».

Et un bon matin, poursuit-elle, quelques femmes leaders de l’UFB, l’Union des femmes du Burundi, un mouvement affilié au parti Uprona, sont venues demander aux sœurs chargées de notre encadrement, la permission d’aller à Muyinga pour un concours folklorique. « C’était dans les années 1970, nous avons eu la première place et notre groupe a été amené à Bujumbura pour l’enregistrement de nos chansons. C’était dans les studios de la Voix de la Révolution, l’actuelle RTNB (Radiotélévision nationale du Burundi) ».

Interrogée sur les chansons actuelles, Nacumi a été catégorique : « Ce n’est pas mélodieux, c’est trop rythmé, il y a trop de bruit, la poésie manque, les jeunes ne veulent même pas m’approcher, faire le retour aux sources pour apprendre leur culture qui s’éteint ».

Poétesse dans l’âme, Nacumi acceptait difficilement de reprendre ses chansons. « C’est pour ne pas les altérer et les trahir avec ma voix de plus en plus rauque de vielle dame. » Mais elle récitait d’un trait les longues strophes pleines de poésie de ses chansons. Après mille insistances, elle n’entonnait qu’une seule chanson, un peu rythmée, Wararaye. Et c’est malheureusement une chanson d’adieu.

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