Vendredi 19 août 2022

Société

Réintégration des rapatriés : rentrer d’exil et dans leurs droits

16/10/2021 Commentaires fermés sur Réintégration des rapatriés : rentrer d’exil et dans leurs droits
Réintégration des rapatriés : rentrer d’exil et dans leurs droits
Quelquefois, des hommes rentrent avec d’autres enfants, …des femmes aussi

Après quelques années d’exil, bon nombre de rapatriés éprouvent pas mal de soucis, à part la réinstallation et la réintégration dans la société laissée, il y a quelques années. Ils se retrouvent au cœur de quelques contentieux à régler.

Mais il arrive que ces Burundais qui rentrent d’exil soient à l’origine de ces problèmes nécessitant une entremise ou une médiation des notables ou carrément une juridiction pour être en harmonie ou en symbiose avec les résidents.
Dans les convois ramenant ces rapatriés dans leur mère patrie, il y a beaucoup de jeunes gens et surtout d’enfants, les familles se sont agrandies d’autres se sont créées. Le nombre d’enfants est frappant et ils ne sont pas tous enregistrés ou légalement reconnus.

Quelques fois, ce sont des hommes partis seuls en exil qui ne veulent pas retourner dans leurs foyers car ayant fondé d’autres familles au camp, comme le précise Antoine Ndayiragije, administrateur de la commune Kayogoro dans la province de Makamba.

« La plupart de ces gens préfèrent venir s’installer à Kayogoro ou dans d’autres communes avoisinantes alors qu’ils ne sont pas originaires de cette commune, c’est un défi ».
Ce que nous faisons alors, confie-t-il, c’est d’essayer de connaître leurs communes d’origine et entrer en contact avec l’administration. « Nous découvrons alors que ce sont des hommes qui ont délaissé ou laissé leurs familles au pays et qui ont fondé d’autres familles au camp ».

Quand, ils regagnent la mère patrie, révèle-t-il, ils ont honte de rentrer chez eux avec une deuxième femme et d’autres enfants nés en Tanzanie d’où le recours à cette astuce pour se tirer d’affaire.

Des situations qui n’augurent rien de bon

Mais après concertation avec les administrateurs de leurs communes d’origine, fait remarquer l’administrateur de la commune Kayogoro, nous demandons à ces derniers de venir les prendre et aller gérer ces problèmes chez eux.
Avant l’intervention de l’administration ou de la justice, certaines femmes rentrées d’exil se retrouvent seules avec les enfants à leur charge dans des maisons de fortune.

Et c’est le cas dans le village de Kazirabageni de zone dans la commune de Nyanza-Lac en province de Makamba, où le chef de cette localité affirme qu’il y a des femmes qui attendent leurs maris en vain. Approchées, ces dernières affirment ignorer où sont leurs hommes.

Dans cette zone il y a des rues fantômes, plusieurs maisons sont vides avec de petits cadenas à la porte et quelques fenêtres défoncées. Et c’est pareil dans la zone de Gatabo dans la commune de Kayogoro dans cette même province. Dans plusieurs familles des rapatriés, il y a souvent un des conjoints qui manque.

Quand les contentieux ne trouvent pas leur origine dans les litiges fonciers, ou des biens spoliés par ceux qui sont restés au pays, il faut chercher du côté du concubinage comme l’explique Eric Twizerimana, administrateur de la commune Bugabira dans la province de Kirundo au nord du Burundi.

Les femmes ne sont pas en reste

« Parmi ceux qui ont pris le chemin de l’exil, il y en a qui ne sont pas partis avec leurs familles au complet. Quelques fois, c’est soit le mari qui s’en allait seul laissant sa femme au pays, ou c’est soit la femme qui fuyait le pays laissant son mari ».

Et ce qui se passait, explique-t-il, c’est que si c’est le mari, il prenait des concubines au camp ou s’il était resté au pays, il se remariait. « Même pour les femmes, il arrive qu’elles aient d’autres enfants au camp ou si ce sont ces femmes qui sont restées au pays, elles donnaient naissance à d’autres enfants ».

Conséquence : « Au retour d’un des conjoints, des conflits éclatent. Et là nous avons été sollicités et en collaboration avec les juges, nous avons essayé de régler ces litiges avant que la situation ne dégénère ».

Autre chose, note l’administrateur de la Commune Bugabira, après avoir quitté le pays, ces rapatriés ont laissé leurs biens ici, et il y a des parentés qui s’en sont accaparés. « Il s’agit des propriétés et du bétail ou d’autres biens. Quand ces biens ont été exploités, la moindre réclamation du rapatrié à son retour, crée des mésententes ».
Et quand il y a des désaccords, fait-il remarquer, ils sollicitent l’administration ou les tribunaux pour le règlement de cette affaire afin d’éviter tout débordement.

« Il y a beaucoup de cas et ce sont par exemple ces enfants hors mariage, il y a des disputes pour que tel enfant soit reconnu et aille chez son père afin qu’il puisse être enregistré ».

Une assistance judiciaire pour une meilleur réintégration

Face à tous ces contentieux, il y a nécessité d’une assistance pour une règlement de ces problèmes. Une association dénommée ’’Icirore c’Amahoro’’, Miroir de Paix qui a son siège à Ngozi mais qui bénéficie d’une couverture nationale, propose une assistance judicaire à ces rapatriés. Cette organisation est présidée par Mme Emérentienne Nduwimana.

Emérentienne Nduwimana : « L’assistance judiciaire aux rapatriés les aide beaucoup dans la réintégration.»

Pour les rapatriés qui ont des problèmes, explique-t-elle, quand leurs soucis sont portés à notre connaissance, notre association possède des avocats qui interviennent en apportant de l’assistance judicaire aux rapatriés qui éprouvent des difficultés.

« Ils échangent et quand le problème exposé nécessite qu’il soit porté devant la justice, nos avocats les aident à intenter un procès en justice. Cela peut commencer au niveau de la police judicaire, ensuite au niveau des tribunaux et par après dans les parquets ».

Selon la représentante de l’association Icirore c’amahoro, chaque fois, le rapatrié est assisté par l’avocat de notre association et tous les frais sont à charge de notre organisation, pour intenter les procès en justice même pour les frais des différents dossiers à la clôture du procès.

« Et quand le rapatrié perd le procès, ce qui peut arriver, notre association lui donne des moyens pour pouvoir interjeter appel », fait savoir Mme Emérentienne Nduwimana.

Cette association d’assistance judiciaire aux rapatriés demande d’être appuyée afin de pouvoir apporter son soutien à ces Burundais rentrés d’exil pour une meilleure réintégration.

 

Reportage réalisé dans le cadre du programme BBB, Building Bridges in Burundi

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