À l’entrée du site, une barrière a été installée et l’accès est contrôlé par la police. Une fois à l’intérieur, le constat est accablant : les ateliers, les meubles exposés, certains lieux de culte voisins, des véhicules et même des installations de télécommunication ont été consumés par les flammes. Seules quelques tôles déformées et des machines de travail subsistent parmi les débris.
Pour les artisans, l’incendie survenu dans la nuit du 20 au 21 juin 2026 ravive de douloureux souvenirs. En septembre 2024, un autre sinistre avait déjà détruit plusieurs ateliers du site de Kukabasazi, à Gikungu. Après cette catastrophe, de nombreux menuisiers avaient investi leurs économies pour relancer leurs activités à Jabe.
C’est le cas d’un propriétaire d’un atelier qui a requis l’anonymat. Devant les ruines de son atelier, il peine à mesurer l’ampleur de ses pertes : « J’avais investi autour de 30 millions de francs burundais dans l’aménagement de mon atelier et presque 150 millions dans les meubles et le matériel. Aujourd’hui, il ne me reste plus rien », confie-t-il.
Pour cet artisan, victime de deux incendies en moins de deux ans, la répétition de ces drames soulève des interrogations : « Comment expliquer que ces incendies deviennent si fréquents ? N’existe-t-il pas des spécialistes de la prévention et de la gestion des incendies dans ce pays ? », s’interroge-t-il.
La quasi-totalité des meubles détruits étaient des commandes de clients. Les menuisiers se retrouvent désormais incapables d’honorer leurs engagements. Les artisans estiment qu’un système d’assurance collective devrait être mis en place afin de les protéger et leurs clients en cas de catastrophe.
Du désespoir
Autour des responsables administratifs venus constater les dégâts, les visages sont marqués par le désespoir. Chacun est appelé à dresser l’inventaire de ses pertes, mais plusieurs artisans restent sceptiques : « À chaque catastrophe, des promesses sont faites, mais les mesures annoncées ne se concrétisent jamais », déplore l’un d’eux.
Pour Eric, un autre menuisier du site, la situation est particulièrement difficile. Après avoir quitté Kukabasazi à la suite de l’incendie de 2024, il voit aujourd’hui son activité anéantie une nouvelle fois : « Je ne connais que ce métier. C’est le bois qui fait vivre ma famille », explique-t-il. Au moment du sinistre, il travaillait sur une importante commande : « Tout s’écroule avant même que je ne puisse toucher ma paie », regrette-t-il.
Malgré tout, il garde l’espoir de voir le site rapidement reconstruit : « Si l’atelier est réhabilité, ce sera pour moi une nouvelle occasion de recommencer ma vie », affirme-t-il.
Au lendemain du drame, les autorités locales se sont rendues sur les lieux. Selon Amos Nibogora, commissaire du marché des meubles, la police a été chargée d’établir un rapport afin de déterminer l’origine de l’incendie et d’évaluer l’ampleur des pertes.
En attendant les conclusions de l’enquête, les victimes restent suspendues à une même question : quand prendra fin cette série d’incendies qui détruit non seulement les ateliers, mais aussi les moyens de subsistance et les espoirs de centaines de familles ?
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