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Commune Kayanza : Devenir veuve rime avec vulnérabilité et injustice

Des veuves disent vivre dans la peur, la violence et l’injustice après la perte de leurs époux dans la commune Kayanza. Entre drames familiaux, violences sexuelles, conflits d’héritage et lenteur de la justice, leurs témoignages révèlent une réalité douloureuse où survivre devient un combat quotidien difficile. Des associations appellent à des mesures urgentes pour mieux protéger ces femmes souvent vulnérables.

Certains habitants de la colline Kaserege, en zone Rwegura, commune Kayanza, affirment que les violences faites aux veuves persistent encore dans leur localité.

Boniface Nkunzumwami témoigne du drame qu’a vécu sa belle-sœur. Elle aurait été torturée avant d’être tuée par un homme qui l’avait mise enceinte après le décès de son mari. « Craignant que cette relation ne soit pas découverte alors qu’il était déjà marié, il a décidé de la tuer pour cacher la vérité. Ce qui nous a encore plus bouleversés, c’est qu’après l’avoir tuée, il a tenté de jeter son corps dans une toilette. C’est horrible. »

Visiblement triste, M. Nkunzumwami déplore qu’une année après les faits, justice n’ait toujours pas rendue. Il affirme que sa famille, faute de moyens financiers, n’est pas en mesure de suivre l’évolution du dossier afin de faire exécuter la décision de la justice qu’elle juge par ailleurs insuffisante.

« Condamner l’auteur à verser seulement cinq millions de francs burundais en réparation de la perte d’une vie humaine, ce n’est pas juste. »

Il estime que le gouvernement devrait renforcer le cadre juridique afin de mieux protéger les veuves et leurs enfants contre toutes les formes de violences et d’abus.

De lourdes conséquences

Rose Ndabigengesere assure la garde des orphelins laissés par la veuve tuée. Résidente de la colline Kaserege, elle affirme que les violences faites aux veuves ont de lourdes conséquences tant pour les victimes que pour leurs familles.

« Ces violences entraînent des morts, des blessures et laissent de nombreux enfants orphelins. Aujourd’hui, j’élève neuf enfants dont quatre sont ceux de cette veuve qui a été égorgée par un homme. C’était ma meilleure amie. Avant sa mort, elle m’avait confié qu’elle entretenait une relation avec l’homme qui l’avait mise enceinte. Son décès nous a profondément bouleversés. Les enfants, eux aussi, ont été gravement affectés sur le plan psychologique ».

Elle lance un appel aux autorités afin qu’elles renforcent les mécanismes de protection contre les violences, en accordant une attention particulière aux veuves.

« Je crains qu’un jour ils finiront par me tuer »

Euzébie Ndayizigiye : « J’appelle les autorités à me venir en aide avant qu’un drame ne survienne. »

Âgée de 32 ans, Euzébie Ndayizigiye, résidente de la colline Ruganza, en commune Matongo, parle du calvaire qu’elle endure depuis le décès de son époux survenu il y a dix ans.

Elle raconte que sa belle-famille a commencé à la maltraiter après qu’elle ait refusé d’épouser l’un de ses beaux-frères conformément à une pratique que certains voulaient lui imposer.

« Ils étaient tous déjà mariés. Comment pouvais-je accepter une telle situation ? Je ne voulais pas devenir une deuxième épouse. On se marie par amour, et non par contrainte. Depuis mon refus, je n’ai plus voix au chapitre dans cette famille. »

Mme Ndayizigiye affirme également avoir été victime de multiples violences de la part de ses beaux-frères. Elle fait savoir que le troisième frère l’a violée en lui disant qu’il voulait avoir un enfant avec elle à tout prix. « Depuis, je ne vis plus en sécurité. Il m’arrive de fermer les portes de la maison même en pleine journée, de peur que l’un de mes beaux-frères ne vienne m’importuner. La dernière fois que l’un d’eux a tenté de me violer, les autorités lui ont infligé une amende de 75 000 francs burundais ainsi que l’obligation de me donner un pagne. Mais cette sanction ne lui a rien appris. »

Craignant pour sa sécurité, Mme Ndayizigiye lance un appel pressant à l’administration afin qu’elle lui apporte une protection. « Je vis dans la peur. Je crains qu’un jour ils finissent par me tuer. J’appelle les autorités à me venir en aide avant qu’un drame ne survienne. »


Réactions

Antoinette Singirankabo : « Devenir veuve n’est pas un choix mais une épreuve de la vie. »

La représentante légale de l’Association des veuves responsables dans la commune Kayanza fait savoir que les veuves sont confrontées à de nombreux problèmes. Selon elle, dès le décès de leurs époux, elles se demandent comment elles pourront assumer seules les responsabilités familiales. Elle ajoute que les veuves les plus jeunes sont souvent exposées aux violences sexuelles.

« Parfois, les belles-familles imposent aux veuves de se remarier avec les frères du défunt. Lorsque la veuve refuse, cela entraîne des conflits car, la belle-famille n’accepte pas sa décision. Il arrive aussi que des voisins profitent de la pauvreté ou de la faim d’une veuve pour l’exploiter sexuellement. Si elle tombe enceinte, cela aggrave davantage sa situation. »

Mme Singirankabo appelle l’administration à intensifier les campagnes de sensibilisation afin de faire comprendre à la population que devenir veuve n’est pas un choix, mais une épreuve de la vie.

Elle exhorte également les veuves à donner la priorité à l’éducation de leurs enfants plutôt qu’à la recherche d’un nouveau compagnon.

Godefroid Niyonizigiye : « Les veuves doivent avoir le courage de s’adresser à l’administration. »

L’administrateur de la commune Kayanza reconnaît que des cas de violences à l’encontre des veuves sont signalés dans sa commune. « Les formes les plus fréquentes sont les violences économiques et les violences sexuelles. Ces dernières surviennent notamment lorsque certains hommes tentent d’imposer un remariage à une veuve contre sa volonté. Quant aux violences économiques, elles se manifestent lorsque la veuve est privée de son droit à l’héritage des biens laissés par son défunt époux. »

Il encourage les veuves victimes à briser le silence et à saisir les autorités compétentes.

Interrogé sur le drame survenu sur la colline Kaserege, M. Niyonizigiye invite les proches de la défunte à s’approcher de l’administration communale afin de bénéficier de son accompagnement.

Il appelle également les veuves à se consacrer à l’éducation de leurs enfants et à développer des activités génératrices de revenus afin de subvenir aux besoins de leurs familles.

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