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Région Centre/Gitega : Désordre calculé dans les prix de la bière sous le regard passif des autorités

Depuis de récentes révélations de la Brarudi sur l’exportation de ses produits vers la RDC pour compenser le manque de devises, le marché de la bière à Gitega a basculé dans une spéculation généralisée. Les bières Primus et Amstel s’achètent désormais au double du prix officiel. Grossistes, détaillants et autorités s’accusent mutuellement.

Dans un petit bistrot du quartier Nyamugari éclairé par une ampoule blafarde, où s’entassent à peine cinq chaises en plastique et sans le moindre sanitaire, la bouteille de Primus 72 cl s’affiche sans complexe à 6 000 FBu. Quant à l’Amstel 65 cl, elle s’arrache à 8 000 FBu. Des montants surréalistes au regard des prix officiels homologués par l’Etat et la Brarudi, fixés respectivement à 4 500 et 5 000 FBu.

Le phénomène s’est produit quelques jours après la déclaration de la Direction de la Brarudi qui parle notamment de l’écoulement d’une partie de sa production en République démocratique du Congo afin de se procurer les devises étrangères introuvables sur le sol burundais.

Depuis, la rareté entretenue alimente une surenchère incontrôlable et une libéralisation sauvage du marché. « C’est du vol qualifié à ciel ouvert ! », s’insurge Victor Nibizi, un fonctionnaire de la place. Il fait remarquer que même lorsque les bières arrivent, les prix s’envolent.

Dans plusieurs endroits, le prix normal est de 5 500 FBu pour la Primus et 8 000 FBu pour l’Amstel. Et pourtant, au niveau des dépôts officiels SSD (Société de distribution) et Mega SSD de la Brarudi, les prix de sortie d’usine n’ont pas varié d’un franc. « Nous respectons scrupuleusement la grille tarifaire établie et nous distribuons les quotas fixés pour chaque client agréé. Ce qui se passe une fois les casiers sortis de chez nous ne relève plus de notre responsabilité. », affirme sous couvert d’anonymat un gérant d’un dépôt local.

Hausse des prix pour compenser les dépenses

Sur le terrain, les propriétaires de bistrots rejettent la faute sur la rareté de l’offre et les circuits informels. Selon la réglementation en vigueur, la majoration des prix doit correspondre au standing de l’établissement et à la taxe annuelle de licence payée à l’Etat pour des hausses autorisées de 500 à plus de 1000 FBu par bouteille. Or, aujourd’hui, cette grille est totalement ignorée par les petits établissements de quartier. « On nous livre les boissons au compte-gouttes, parfois 10 ou 15 casiers par semaine, explique le prénommé Jean-Marie, gérant d’un cabaret.

D’après lui, pour maintenir le commerce ouvert, payer le loyer et s’approvisionner parfois chez des revendeurs intermédiaires qui prennent leurs commissions au passage, ils sont obligés d’ajuster les prix. « Nous ne faisons que suivre le rythme d’un marché où tout est devenu rare et cher. C’est une simple question de survie. »

Plus anciens, plus chers

L’Amstel dite ancien label et l’ancien primus, particulièrement recherchés, n’ont plus aucun prix de référence. Ils se négocient à la tête du client selon l’endroit et la quantité disponible. Quant à l’Amstel Royal ou la Bock, livrées à des doses homéopathiques quand elles ne sont pas purement introuvables, elles n’ont plus aucun tarif légal. « C’est à prendre ou à laisser », lâche un barman sans hésitation.

Face à cette anarchie commerciale qui s’installe au nez et à la barbe de l’administration , l’incompréhension des citoyens est totale. Aucune régulation, aucune descente sur le terrain ni aucune sanction ne viennent interrompre la hausse. Pris en otage, les consommateurs de Gitega se demandent jusqu’où ira le laissez-faire des autorités face au pouvoir des spéculateurs. Nous n’avons pas pu trouver le chargé du commerce à Gitega pour plus d’amples informations.

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