Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3679 jours. Nous ne l'oublions pas.

Commune Gitega : Creusage des compostières, la campagne bat son plein, mais….

Manque d’encadrement, manque d’arbres pour construire des ombrières, l’exigüité des parcelles…, Quelques-unes des difficultés rencontrées par les agriculteurs de la colline Rukoba, zone Rutegama, commune et province de Gitega.

Soleil couchant, nous sommes sur la colline Rukoba en commune et province. Certains agriculteurs sont en train de cultiver dans leurs champs de bananerais. Ils affirment avoir adhéré à la campagne de creusage des compostières dans leurs ménages.

Certains affirment avoir été formés dans ce domaine tandis d’autres disent qu’ils pratiquaient cette activité depuis longtemps.

« Après avoir constaté qu’il y a pénurie des engrais, nous avons appris à creuser les compostières. Nous y mettons différentes herbes, les tiges de bananiers, de la cendre. Nous les arrosons avec de l’eau.  Chaque mois, nous obtenons du fumier que nous utilisons dans nos champs pendant le semis », raconte Fidela Ndayiragije, une agricutrice.

Elle fait savoir qu’elle utilise la compostière depuis une année. « J’ai appris à creuser une compostière grâce au projet Tubura. L’administration zonale et collinaire est aussi venue nous sensibiliser. Nous creusons les compostières pendant les travaux communautaires ».

Selon cette cultivatrice, les difficultés ne manquent pas. Elle évoque l’exiguïté des parcelles et le fait que les compostières ne sont pas protégées pas les ombrières.

« Il nous manque des arbres pour construire des ombrières. Nos parcelles sont exiguës. Certains manquent des espaces pour creuser les compostières ».  

De son côté, N.J. apprécie l’activité de creusage des compostières tout en louant les bienfaits du fumier organique. « Je pratiquais déjà l’activité. J’aime le fumier organique car ce dernier est rentable par rapport aux engrais chimiques ».

Selon certains responsables collinaires, le taux de réalisation de creusage des compostières dans les ménages atteint un niveau satisfaisant sans pourtant autant préciser le pourcentage.

Il faut peut-être rappeler que la campagne de creusage des compostières a été annoncée par le ministère en charge de l’Agriculture le 13 mai 2026.


Eclairage

Interview avec Jean Sévérin Sinzobatohana : « Le fumier organique est comme une aspirine du sol »

Normes d’une bonne compostière, les étapes à suivre pour la construire, les éléments qui la composent, les défis rencontrés, la valeur ajoutée du fumier organique… Eclairage par Jean Sévérin Sinzobatohana, directeur du bureau provincial de l’Environnement, Agriculture et Elevage (DPEAE) à Gitega.

Où en êtes-vous avec la campagne de creusage des compostières dans la province de Gitega ?

Dans la province de Gitega, cette activité a débuté juste après la sortie du communiqué ministériel du 13 mai 2026. Elle arrive à un niveau tout à fait satisfaisant. Aujourd’hui, nous sommes à un taux de réalisation d’environ 80% des ménages. Toute la population est aujourd’hui sensibilisée que chaque ménage doit creuser trois compostières.

 Est-ce que tout le monde a adhéré à cette campagne ?

il y a des fois où nous remarquons certaines réticences liées au non-respect des normes d’une bonne compostière.

Quid d’une compostière qui remplit les normes ?

Une bonne compostière doit avoir une longueur de 4 m sur 3 m de largeur et d’une profondeur d’entre 60 à 80 cm. La compostière n’est pas creusée dans le bas-fond car l’eau des nappes phréatiques peut remonter et envahir la compostière. Ce qui peut perturber la minéralisation et la décomposition des matières qu’on a utilisées pour remplir cette compostière.

Quelles sont les étapes à suivre avant, pendant et après le creusage ?

Après le creusage, nous démarrons par le remplissage en disposant six troncs d’arbres, mais qui ne sont pas de grand diamètre. Les troncs sont disposés dans la longueur et les autres dans le sens de la largeur. Cela permet de créer un espace d’aération entre le sol et la première couche de remplissage.

Après, nous installons de façon verticale, quatre troncs d’arbre, dans les coins de la compostière.  Le 5e tronc est installé tout au milieu de la compostière déjà creusée.

Quels sont les éléments à mettre dans la compostière ?

Le remplissage est débuté par la première couche d’herbes qui sont sèches, le reste des haricots, les feuilles des bananiers, les résidus de sorgho mais aussi les résidus de maïs, etc.

Dans cette première phase, ces herbes sont humidifiées par l’humidité provenant du fond de la compostière. La première couche d’herbes doit posséder une couche d’entre 8 à 10 cm.  Il doit y avoir une séparation entre le fond de la compostière et la première couche.

Pourquoi cette séparation ?

C’est dans l’objectif de créer la respiration ou l’aération. Il s’agit donc de la respiration des micro-organismes qui seront utiles dans la facilitation de la minéralisation, de la décomposition de cette compostière.

Et les autres étapes qui suivent ?

La seconde étape consiste à mettre de petits morceaux de bananiers qui font même une couche d’entre 10 cm à 20 cm.

Après, nous poursuivons avec la mise d’une variété de différentes herbes tout à fait fraîches.

Cette couche doit être constituée de nombreuses sortes d’herbes parce que plus on dispose d’un grand nombre d’herbes différentes, plus les éléments nutritifs seront nombreux.

A quoi servent ces éléments nutritifs ?

Etant donné que les engrais fabriqués par l’usine FOMI sont aujourd’hui connus avec 5 éléments majeurs fertilisants, notamment le calcium, le magnésium, le potassium, l’azote et le phosphore, il y a d’autres 11 éléments mineurs fertilisants qui doivent être disponibles pour la bonne alimentation de la plante, notamment le zinc, le soufre, le moribyden, le cuivre, le cyris, le fer et autres. Pour dire que cette troisième couche d’herbes différentes doit être respectée.

Et après ?

Bâtiment abritant différents services de la DPEAE de Gitega

Après cette troisième couche, nous mettons la quatrième qui est la bouse ou le fumier de ferme. Ce fumier de ferme est là pour faire naître de différents micro-organismes.     Par la suite, nous pouvons même mettre des écorces ou des épluchures de bananes. Ces derniers ont aussi la grande capacité de créer le pouvoir de faciliter la décomposition des matières de la compostière.

Nous mettons de la cendre à une mince couche d’environ 1 à 2 cm.  Cette cendre est là pour aussi faciliter la bonne décomposition.

A quelle étape peut-on arroser la compostière et avec quelle matière ?

Après avoir mis de la cendre, nous arrosons avec les urines lapin ou  de la vache. A la place, on peut utiliser l’eau où on a imbibé de l’urée pour faciliter la décomposition.

Une fois l’arrosage terminé, on amène de l’herbe communément appelée Tithonia diversifolia.  Cette herbe doit être disposée en grande quantité parce qu’il contient l’azote et l’urée.

Par la suite, on doit apporter de l’eau propre.  Mais, il faut que cette eau pénètre jusqu’au fond de la compostière. Il faut toujours songer à ne pas entasser ces matières parce que la respiration de ces micro-organismes peut être perturbée.

Que faire quand on constate que la compostière n’est pas remplie ?

Il faut refaire le remplissage en respectant les couches que j’ai déjà évoquées. A la fin, on observera que la compostière est remplie de 50 cm au-delà de la couche superficielle du sol.

Bref, ce qui vous montrera que la décomposition a eu lieu, c’est que ces 50 cm vont descendre jusqu’au niveau de la couche superficielle du sol.

L’étape suivante est de couvrir le tout avec des herbes sèches pour garder l’humidité qui constitue une grande nécessité dans la décomposition de la compostière. Il faut alors arroser la compostière une ou deux fois la semaine, tout en prenant soin de ne pas créer de l’asphyxie dans la compostière.

Certains ménages se lamentent qu’ils  n’ont d’arbres pour construire une ombrière. A quoi sert cette dernière ?

Après les étapes ci-haut décrites, il faut songer à construire de l’ombrière d’une hauteur de 2 m partant de la couche superficielle du sol pour faciliter la circulation de celui qui viendra donc faire des travaux de routine dans la compostière. Mais, cette ombrière ne doit jamais être faite ou être couverte par des eucalyptus ou des cèdrelas parce que ces derniers empêchent la naissance des micro-organismes dans la compostière.

Cette ombrière a aussi un rôle d’éviter l’entassement de la compostière par les eaux de pluie, mais également de garder son humidité.

En plus, nous obligeons à tout agriculteur de planter dans les quatre coins quatre plans de maracuja pour renforcer l’ombrière et plus tard ces fruits seront consommés par les ménages.

Y a-t-il des éléments qu’il ne faut pas mettre dans la compostière ?

Absolument. Il ne faut pas y mettre des sachets, des plastiques, des matières où on a versé du savon. Il ne faut pas non plus y mettre de la viande ou de l’huile de palme. Tous ces éléments constituent la balise de la vie des micro-organismes dans la compostière.

Trois compostières, n’est-ce pas trop pour un ménage ? 

Trois compostières ne sont pas nombreuses. Nous tenons à faciliter même celui qui n’a pas une grande propriété à creuser au moins une compostière.  Et il lui est permis de réduire les dimensions en faisant même une compostière de deux et demi mètres de longueur sur deux mètres de largeur.

Ce n’est pas une obligation d’aboutir à des dimensions normales. On tient compte de la superficie que l’agriculteur possède.

Qu’en est-il des défis techniques ?

Il y a d’abord la sensibilisation qui n’est pas encore parvenue à tout citoyen. Il y a aussi du manque de déplacement pour certains techniciens agronomes afin qu’ils puissent parvenir dans tous les coins de la province pour sensibiliser, pour aider les agriculteurs dans le remplissage de ces compostières.

Il faut citer en outre la réticence de certains agriculteurs parce qu’aujourd’hui, il y a encore 20% de ménages qui traînent les pieds.

Avez-vous des moniteurs et des agronomes sur toutes les collines ? 

Le nombre de moniteurs et d’agronomes reste insuffisant. Bien que les zones aient des techniciens agronomes, elles n’ont qu’un seul technicien chargé de l’environnement, agriculture et élevage. Je doute fort qu’il soit capable d’intervenir dans tous ces domaines à l’échelle où nous le désirons.

Sur chaque la colline, nous avons élaboré une stratégie d’instruire ou de former un moniteur agricole mais également un agent de santé animale.

 Est-ce que ce fumier organique constitue une alternative en cas de manque d’engrais chimiques ? Quelle est sa valeur ajoutée ?

Je le dis souvent, au lieu d’utiliser uniquement les engrais, il vaut mieux utiliser la fumure organique. En sensibilisant les agriculteurs à creuser les compostières, le grand objectif n’est autre que d’augmenter la quantité de fumure organique à utiliser en faisant la fertilisation mixte constituée par la fumure organique, la dolomie, mais aussi des engrais chimiques.

En tant que technicien, je vous dirai que la fumure organique est comme une aspirine du sol. Elle peut être utilisée étant seule pendant le semis. Il serait bon d’avoir de l’urée pour faciliter le sarclage afin d’arriver à augmenter le rendement.

Votre appel aux agriculteurs de Gitega ?

Nous lançons un appel très vibrant aux agriculteurs de Gitega à adhérer massivement à la campagne de creusage des compostières.

Aujourd’hui comme demain, nous devons conjuguer nos efforts pour parvenir à changer le mode de vie de nos agriculteurs.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU