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Région Centre/Gitega : Des pharmacies qui poussent comme des champignons interrogent

Dans la capitale politique, les officines saturent l’espace urbain. Elles s'installent jusque dans les recoins les plus isolés. Mais, au-delà de la prolifération de ces chambrettes aux cartons remplis de remèdes, l’absence de pharmaciens qualifiés et l'anarchie dans les prix sèment le doute.

Au détour d’une ruelle poussiéreuse d’un quartier périphérique de Gitega, une simple plaque peinte à la main indique Pharmacie. A l’intérieur, pas de blouse blanche ni de conseils avisés. Des cartons s’empilent dans une pièce exiguë où une jeune fille, sans formation médicale apparente, sert des comprimés à la volée. Ici, le médicament est traité comme une marchandise ordinaire, au même titre qu’une bouteille de bière dans le bistrot voisin.

Le phénomène ne se limite plus aux zones rurales. Même au cœur du centre-ville de Gitega, le constat est cinglant : le pharmacien de profession est une espèce rare. « Vous entrez, vous demandez un conseil sur une interaction médicamenteuse, et on vous répond par un silence gêné ou un prix », déplore Denis Manirambona, un habitant croisé devant une officine de la place. D’après lui, l’absence de personnel qualifié constitue un danger public. Sans expert pour vérifier les dosages ou la compatibilité des traitements, le patient devient son propre prescripteur de médicaments avec tous les risques de surdosage ou d’intoxication que cela comporte.

Une différence des prix qui nourrit la suspicion

L’inquiétude des consommateurs est doublée d’un sentiment d’injustice financière. À Gitega, le prix d’un médicament semble dépendre du quartier ou de la tête du client.
« J’ai acheté ce sirop pour la toux à 12 000 BIF hier soir. Ce matin, dans la pharmacie d’en face, il était à 8 000 BIF », s’insurge la prénommée Marie, une mère de famille. « Cette différence de prix me fait peur. Est-ce que le moins cher est périmé ? Est-ce que le plus cher est le seul vrai ? On ne sait plus à quel saint se vouer. »

Pour beaucoup, cette instabilité tarifaire est le signe flagrant d’un circuit d’approvisionnement opaque où la qualité des molécules n’est plus garantie.

Ouvrir des Facultés de pharmacie

Du côté des professionnels, l’amertume est palpable. L’Ordre des pharmaciens semble être le grand oublié du système. Selon des sources internes, l’organisation n’est que rarement consultée lors de l’octroi des autorisations d’ouverture ou lors des rares inspections de routine. Le mépris va plus loin : même les rares pharmaciens diplômés disponibles sur le marché local se voient ignorés par les propriétaires d’officines qui préfèrent embaucher du personnel non qualifié, moins coûteux et moins exigeant sur les normes de conservation.

« Il est urgent d’ouvrir des facultés de pharmacie dans nos universités locales », plaide Serges Harindogo, acteur du secteur. Pour lui, seule une formation massive de cadres nationaux permettra de réoccuper le terrain et d’imposer une éthique là où règne aujourd’hui le profit. Il rappelle que le médicament n’est pas un produit comme les autres.

L’administration communale rassure

Face à cette anarchie, l’administration communale tente de reprendre les choses en main. Jacques Nduwimana, administrateur de la commune Gitega, se veut rassurant et ferme. Selon lui, la passivité n’est plus de mise. Le département communal de la santé multiplie les descentes sur le terrain. L’objectif est clair : débusquer les structures clandestines ou celles qui ne respectent pas le cahier des charges. « Nous procédons régulièrement à des fermetures », souligne l’administrateur. « Ces établissements restent sous scellés jusqu’à ce qu’ils se conforment strictement à la réglementation en vigueur »

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