Le leadership féminin prend de plus en plus place dans la commune Cibitoke. Des femmes s’imposent dans la gestion locale en démontrant que la participation féminine est non seulement possible mais aussi essentielle au développement communautaire.
Chantal Nizigiyimana, 44 ans et mère de trois enfants, s’illustre comme une figure du leadership féminin sur la colline Dogodogo, en zone Rugombo. Élue lors de deux mandats consécutifs parmi les cinq responsables locaux, elle doit son engagement aux encouragements reçus lors des réunions communautaires où les femmes étaient sensibilisées à se porter candidates pour mieux représenter leurs pairs.
Cependant, son parcours n’est pas sans embuches. Entre responsabilités familiales et fonctions de leader, elle doit constamment jongler pour maintenir l’équilibre. « Avant mon élection, je me suis entendue avec mon mari pour qu’il comprenne mes retours tardifs à la maison, surtout lors des circonstances de gestion des conflits. En tant que femmes leaders, nous faisons face à des responsabilités à la fois professionnelles et familiales. Mais, il s’agit d’un engagement que nous assumons pleinement. »
Sous un autre angle, Mme Nizigiyimana se réjouit des avancées réalisées dans le développement sur sa colline. Parmi les réalisations majeures figure l’amélioration de l’accès à l’eau potable. « Avant, notre colline souffrait du manque d’eau potable. Avec l’aide de la population, nous avons pu installer des robinets publics. Aujourd’hui, nous remplaçons les petits tuyaux par des plus grands pour assurer un approvisionnement suffisant. »
Pour elle, ces résultats sont la preuve que les femmes sont capables de contribuer efficacement au développement local. Elle lance ainsi un appel aux autres femmes. « Ce que j’ai fait, beaucoup d’autres femmes peuvent le faire. Il faut croire en soi et oser s’engager. »
Le soutien familial, un levier essentiel
Son époux, Alexandre Harerimana, souligne que cet engagement n’a rien perturbé au niveau de l’équilibre familial. Au contraire, il estime que leur collaboration a renforcé le foyer. « Ma femme n’a pas changé. Nous prenons les décisions ensemble. Je l’ai encouragée à se faire élire parce que je voyais en elle du courage. », témoigne-t-il.
Selon lui, le soutien des hommes est déterminant dans la promotion du leadership féminin. Il note également un impact positif sur le plan économique. « Avant, j’étais le seul à travailler pour la famille. Aujourd’hui, nous contribuons tous les deux. »
Il ajoute qu’il a joué un rôle dans le renforcement de la confiance de sa femme, notamment en l’encourageant à s’exprimer en public et à rédiger des rapports. Des compétences qu’elle exerce désormais avec assurance.
D’autres femmes suivent le pas
À quelques kilomètres de là, sur la colline Busiga, Régine Ndayizeye incarne elle aussi cette dynamique. Cheffe du quartier Social A, elle affirme avoir été élue grâce à son engagement constant dans les activités communautaires. « C’est la population d’ici qui m’a choisie. J’avais le courage de participer à toutes les activités de développement de mon quartier ainsi qu’aux réunions et aux séances de sensibilisation. Cela m’a donné l’opportunité de me faire élire et d’occuper ce poste. »

Elle souligne que, malgré les préjugés selon lesquels les personnes du sexe féminin ne peuvent pas assurer des fonctions de leadership, les femmes en sont pleinement capables et peuvent accomplir les mêmes tâches que les hommes.
« Par exemple, nous avons résolu plusieurs conflits familiaux. Nous avons également contribué à éradiquer certaines violences faites aux femmes. Par ailleurs, nous avons initié des coopératives et des associations de développement, notamment en faveur des femmes afin de promouvoir leur autonomisation. »
Elle appelle les autres femmes à dépasser les barrières psychologiques.
« Le véritable obstacle, c’est souvent le manque d’audace. Il faut croire en ses capacités. »
Une évolution encourageante
Selemani Sibomana, le chef de la zone Rugombo, observe une évolution encourageante de la participation des femmes dans les processus électoraux. Selon lui, elles commencent progressivement à s’impliquer et à s’affirmer dans la sphère publique.
Cependant, il souligne lui aussi que le principal obstacle reste le manque de confiance en elles-mêmes. « Les femmes ont déjà fait un pas en avant et commencent à se sentir concernées par les élections. Le problème, c’est qu’elles se sous-estiment alors qu’elles sont capables. »
Pour illustrer ses propos, il cite l’exemple de Chantal Nizigiyimana qu’il considère comme un modèle de réussite. « Mme Nizigiyimana est un bon exemple. Elle rédige et présente très bien ses rapports. Cela prouve que les femmes peuvent faire aussi bien, voire mieux que les hommes. »
Enfin, il appelle à renforcer les actions de sensibilisation afin d’encourager davantage les femmes à s’engager dans les instances de prise de décisions. Il insiste également sur le rôle des hommes dans ce processus.
« Des sensibilisations restent nécessaires pour que les femmes se sentent à l’aise afin de participer aux postes de responsabilité. J’encourage aussi les hommes à soutenir leurs épouses, notamment en partageant les tâches ménagères, afin de leur permettre de mieux s’impliquer. »
Réaction
Acher Niyonizigiye : « Le leadership des femmes est tout aussi efficace que celui des hommes, pourvu que les opportunités et les conditions d’exercice soient équitables. »
Selon cet expert en matière, le leadership repose avant tout sur la capacité à guider, organiser et mobiliser les autres vers un objectif commun. Dans cette perspective, il estime que le leadership féminin ne diffère pas fondamentalement de celui des hommes dans la mesure où les principes restent universels, indépendamment du genre.
Il souligne qu’au sein de la famille, la femme joue déjà un rôle clé dans l’organisation et l’éducation des enfants. « Même en l’absence de l’homme, elle est en mesure d’assumer pleinement les responsabilités liées à la gestion du foyer. Ce qui témoigne de ses aptitudes naturelles au leadership. La différence ne se situe pas dans la nature du leadership mais plutôt dans la manière de l’exercer. »
Cependant, il dégage un obstacle majeur auquel font face les femmes leaders : le poids des responsabilités domestiques et surtout en milieu rural. « Celles qui occupent des fonctions décisionnelles doivent concilier leurs engagements professionnels avec les tâches ménagères, une double charge encore plus lourde pour celles ayant de jeunes enfants. »
Enfin, Acher Niyonizigiye rappelle que, dans la tradition burundaise, le leadership féminin a longtemps été sous-estimé. Néanmoins, il se montre optimiste quant à l’évolution des mentalités en affirmant que cette perception tend progressivement à disparaître. « Le leadership des femmes est tout aussi efficace que celui des hommes, pourvu que les opportunités et les conditions d’exercice soient équitables. »
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