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Quand légalité et légitimité peinent à se rencontrer

Un parti politique ne vit pas par son nom. Il vit par ceux qui croient encore en son projet.

Cette vérité simple résume le drame actuel du CNL (Conseil national pour la liberté). Tiraillé entre deux logiques qui refusent de se réconcilier, cette formation politique traverse une crise qui est aussi le miroir des contradictions de toute la vie politique burundaise.

D’un côté, un CNL officiellement reconnu : le sigle, le cachet administratif, les organes homologués. La loi est de son côté. Cette légalité lui donne le droit de représenter officiellement le parti dans les institutions et les procédures électorales. Mais la légalité seule ne garantit pas automatiquement l’adhésion populaire : le parti n’a eu aucun siège électif lors du double scrutin (législatif et communal) de 2025.

De l’autre, un courant qui se réclame d’Agathon Rwasa. Sans reconnaissance officielle, il revendique une légitimité historique dans la création et la construction du CNL, la fidélité de la base, une identité politique associée à son leadership. Mais une popularité, même forte, doit aussi s’appuyer sur une organisation reconnue et durable.

Le paradoxe est nu : un CNL sans Rwasa possède l’appareil mais doit prouver qu’il a encore des troupes. Un courant autour de Rwasa a peut-être les troupes, mais sans appareil, une popularité s’érode. Les deux camps sont, chacun à sa manière, incomplets.

À qui appartient un parti politique ? À ceux qui détiennent la reconnaissance officielle, ou à ceux qui conservent l’adhésion de la base ? La réponse honnête est : aux deux. Et c’est précisément pourquoi la rupture est si coûteuse.

Un parti légal sans base militante devient une coquille vide. Un courant populaire sans structure légale reste condamné à s’épuiser dans la protestation. Aucune des deux formules ne tient dans la durée.

On ne réconcilie pas deux tendances par un arrangement en chambre. Ce serait coller un sparadrap sur une fracture. Ce qu’il faudrait, c’est une refondation : un dialogue interne sans tabou, des règles acceptées par tous, un nouveau contrat de confiance avec les militants.

Mais la refondation exige une question préalable que personne ne semble vouloir poser : quel problème national le CNL voulait-il résoudre à sa création ? Car un parti ne survit que lorsque son idée dépasse les personnes qui le dirigent.

Les Burundais vivent la flambée des prix, le chômage des jeunes, le manque de devises, la pénurie du carburant, la hausse des cas d’abandons scolaires. Le CNL — quel que soit le camp qui en sortira renforcé — devra répondre à ces questions concrètes. C’est à cette aune-là, et non aux prétoires, que les citoyens jaugeront sa pertinence.

Le vrai CNL ne sera pas celui qui possède uniquement le cachet administratif, ni celui qui revendique seulement l’héritage historique. Il sera celui qui aura su unir légalité, légitimité et confiance populaire autour d’un projet qui parle aux Burundais ordinaires.

La légalité ouvre des portes. La légitimité remplit des salles. Seul un projet crédible fait gagner des élections.

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