Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3657 jours. Nous ne l'oublions pas.

Quand légalité et légitimité peinent à se rencontrer

Un parti politique ne vit pas par son nom. Il vit par ceux qui croient encore en son projet.

Cette vérité simple résume le drame actuel du CNL (Congrès national pour la liberté). Tiraillé entre deux logiques qui refusent de se réconcilier, cette formation politique traverse une crise qui est aussi le miroir des contradictions de toute la vie politique burundaise.

D’un côté, un CNL officiellement reconnu : le sigle, le cachet administratif, les organes homologués. La loi est de son côté. Cette légalité lui donne le droit de représenter officiellement le parti dans les institutions et les procédures électorales. Mais la légalité seule ne garantit pas automatiquement l’adhésion populaire : le parti n’a eu aucun siège électif lors du double scrutin (législatif et communal) de 2025.

De l’autre, un courant qui se réclame d’Agathon Rwasa. Sans reconnaissance officielle, il revendique une légitimité historique dans la création et la construction du CNL, la fidélité de la base, une identité politique associée à son leadership. Mais une popularité, même forte, doit aussi s’appuyer sur une organisation reconnue et durable.

Le paradoxe est nu : un CNL sans Rwasa possède l’appareil mais doit prouver qu’il a encore des troupes. Un courant autour de Rwasa a peut-être les troupes, mais sans appareil, une popularité s’érode. Les deux camps sont, chacun à sa manière, incomplets.

À qui appartient un parti politique ? À ceux qui détiennent la reconnaissance officielle, ou à ceux qui conservent l’adhésion de la base ? La réponse honnête est : aux deux. Et c’est précisément pourquoi la rupture est si coûteuse.

Un parti légal sans base militante devient une coquille vide. Un courant populaire sans structure légale reste condamné à s’épuiser dans la protestation. Aucune des deux formules ne tient dans la durée.

On ne réconcilie pas deux tendances par un arrangement en chambre. Ce serait coller un sparadrap sur une fracture. Ce qu’il faudrait, c’est une refondation : un dialogue interne sans tabou, des règles acceptées par tous, un nouveau contrat de confiance avec les militants.

Mais la refondation exige une question préalable que personne ne semble vouloir poser : quel problème national le CNL voulait-il résoudre à sa création ? Car un parti ne survit que lorsque son idée dépasse les personnes qui le dirigent.

Les Burundais vivent la flambée des prix, le chômage des jeunes, le manque de devises, la pénurie du carburant, la hausse des cas d’abandons scolaires. Le CNL — quel que soit le camp qui en sortira renforcé — devra répondre à ces questions concrètes. C’est à cette aune-là, et non aux prétoires, que les citoyens jaugeront sa pertinence.

Le vrai CNL ne sera pas celui qui possède uniquement le cachet administratif, ni celui qui revendique seulement l’héritage historique. Il sera celui qui aura su unir légalité, légitimité et confiance populaire autour d’un projet qui parle aux Burundais ordinaires.

La légalité ouvre des portes. La légitimité remplit des salles. Seul un projet crédible fait gagner des élections.

Forum des lecteurs d'Iwacu

5 commentaires
  1. Vous écrivez: « Le vrai CNL ne sera pas celui qui possède uniquement le cachet administratif, ni celui qui revendique seulement l’héritage historique. Il sera celui qui aura su unir légalité, légitimité et confiance populaire autour d’un projet qui parle aux Burundais ordinaires. »
    Huum! Depuis quand les dirigeants du Burundi actuel sont choisis par le « peuple » autour d’un projet? Nooon, nous le savons tous que si un système est bien construit/établi sur place, il fera tout pour rester. Il ne faudrait pas rêver. Et ce n’est pas seulement chez-nous. Suivez mon regard autour de nous. La seule question à se poser est: que font nos gouvernants actuels pour le bien du peuple qui « vote » pour eux à plus de 90%? Je suis d’accord d’ailleurs avec le Président NEVA quand il se demande, avec raison, s’il en valait la peine de dépenser autant d’argent pour organiser les élections.

  2. Vous écrivez: « Le vrai CNL ne sera pas celui qui possède uniquement le cachet administratif, ni celui qui revendique seulement l’héritage historique. Il sera celui qui aura su unir légalité, légitimité et confiance populaire autour d’un projet qui parle aux Burundais ordinaires. »
    Huum! Depuis quand les dirigeants du Burundi actuel sont choisis par le « peuple » autour d’un projet? Nooon, nous le savons tous que si un système est bien construit/établi sur place, il fera tout pour rester. Il ne faudrait pas rêver. Et ce n’est pas seulement chez-nous. Suivez mon regard autour de nous. La seule question à se poser est: que font nos gouvernants actuels pour le bien du peuple qui « vote » pour eux à plus de 90%? Je suis d’accord d’ailleurs avec le Président NEVA quand il se demande, avec raison, s’il en valait la peine de dépenser autant d’argent pour organiser les élection.

  3. L’histoire politique montre que les partis ne disparaissent pas toujours à cause des défaites électorales ; ils disparaissent souvent lorsqu’ils perdent leur raison d’être. Le CNL est donc devant un choix : rester prisonnier d’un conflit de personnes ou transformer cette crise en occasion de maturité politique.
    Car au-delà de la question de savoir qui détient le vrai CNL, la véritable question est : qui saura encore convaincre les Burundais que ce parti porte un avenir ?

  4. Le calcul est machiavélique : confier un parti au départ très fort à des éléments dont la force politique ne vaut même pas la valeur du papier sur lequel leur approbation a été signée; tout ceci dans le but assumé d’écarter les concurrents les plus redoutables à la tête de ce parti. Il me semble qu’au vu de la précarité et des pénuries de tous ordres dans lesquelles nous vivons maintenant, ceux qui gèrent le pouvoir et leurs alliés n’ont à vrai dire que peu d’arguments et preuves convaincantes à vendre à la population pouvant la motiver à encore voter pour eux. Même un concurrent qui n’a pas encore fait preuve de ses capacités de « kuzamura igihugu » pourrait séduire cette population à pencher vers un changement. C’est pour cela qu’il faut nous attendre à des manœuvres dilatoires et des ruses pour stopper net l’émergence de ce concurrent potentiel.

  5. Le CNL est aujourd’hui devant une épreuve de vérité. Un parti politique ne vit pas seulement par son agrément, mais par sa capacité à convaincre, organiser et représenter. La perte de sièges électifs n’est pas forcément la fin d’un parti, mais elle est un signal d’alarme : sans militants mobilisés et sans projet crédible, la légalité risque de devenir une coquille sans force politique

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