Jeudi 11 août 2022

Culture

OPINION* | « This music comes from the heaven »

21/07/2022 2
OPINION* | « This music comes from the heaven »

Le Ministre de la Culture a raison de sévir contre la profanation et la banalisation excessive des Tambours sacrés du Burundi. Ces Tambours figurent sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. De ce fait, il est capital d’en préserver la valeur culturelle unique afin qu’ils ne tombent pas dans la vulgarité d’opérations commerciales. Il existe des règles précises pour protéger les sites et les objets qui figurent sur cette liste prestigieuse de l’UNESCO. Il faut donc les appliquer et les respecter !

Cependant, la suspension des troupes culturelles ne constitue pas une bonne méthode. Le dialogue entre le Ministère de la Culture et les troupes Amagaba, Amabano Legacy et Ruciteme serait bien plus préférable. Il n’est pas convenable de fragiliser l’économie des événements culturels et de décourager les jeunes troupes qui les organisent. Le Ministère de la Culture pourrait profiter de ce dialogue apaisé pour expliquer les contraintes qu’imposent le fait que les Tambours Sacrés du Burundi soient classés comme des éléments du patrimoine culturel mondial.

Expliquez mais ne découragez pas les jeunes

Pour autant, il ne faudrait pas brider la créativité et l’innovation culturelles et figer les Tambours du Burundi dans un passé lointain. Les jeunes artistes burundais d’aujourd’hui ont le droit de faire évoluer le spectacle des Tambours. Qu’ils portent d’autres vêtements que les pagnes noués sur les épaules n’a rien de choquant. Il existe des photos qui montrent une troupe de Tambours du Burundi accueillant, dans les années 1950, de hauts dignitaires du Royaume du Burundi à l’aéroport de Bujumbura. Ces tambourinaires étaient torse nue et avaient les pagnes nouées autour de la taille.

Du reste, si on se projette dans le passé, les Batimbo de l’époque de Mwezi Gisabo ne pouvaient pas porter des pagnes reprenant les trois couleurs du drapeau national. Car le drapeau n’existe que depuis l’indépendance du Burundi. Il est très probable donc que les Batimbo de l’époque pré-coloniale portaient des vêtements en fibre de ficus de couleur brune claire. Le fameux cuir végétal fabriqué au Burundi et dans plusieurs autres anciens royaumes de la région des Grands Lacs notamment dans le Buganda.

De ce fait, la mesure de suspension de la troupe Amagaba, parce que ses jeunes artistes portaient des pantalons et des baskets pour jouer les tambours, constitue une mesure d’une sévérité excessive, arbitraire et contreproductive. Par ailleurs, interdire que les étrangers s’approchent des tambours du Burundi après les spectacles et essayent d’en jouer n’est vraiment pas logique. Puisque les tambours du Burundi sont devenus un patrimoine culturel mondial, il faut accepter avec joie que les étrangers s’en approchent, se les approprient en quelque sorte et même en jouent. Les Tambours Sacrés du Burundi sont devenus les meilleurs ambassadeurs du pays dans le monde.

Par contre, le Ministère de la Culture aurait absolument raison d’interdire définitivement l’utilisation publicitaire et commerciale des spectacles du Tambour du Burundi pour faire la promotion de la bière Primus de la BRARUDI notamment.

Les troupes Amabano Legacy et Ruciteme l’ont fait peut-être avec naïveté ou par appât du gain. Le Ministère de la Culture devrait plutôt expliquer à ces jeunes troupes les règles qui régissent la protection des Tambours du Burundi, devenus éléments du patrimoine culturel immatériel et mondial de l’UNESCO. Et leur demander de les respecter désormais. Le Ministère de la Culture devrait ensuite lever immédiatement les sanctions qui frappent les trois troupes Amagaba, Amabano Legacy et Ruciteme.

Le Ministère de la Culture devrait également expliquer ces mêmes règles à la BRARUDI et à la multinationale Heineken, propriétaire des brasseries du Burundi afin qu’elle n’utilise plus les Tambours du Burundi pour faire la promotion de la consommation de l’alcool.

La Brarudi doit cesser la publicité de l’alcool dans les médias

Cette interdiction devrait s’étendre aussi aux événements sportifs dont la BRARUDI se sert pour faire la promotion de ses produits alcoolisés. De ce fait, le Burundi devrait formellement et définitivement interdire la publicité de l’alcool et du tabac dans les médias, sur la voie publique et lors des événements culturels et sportifs. En effet, les pouvoirs publics ont l’obligation de lutter contre les fléaux de l’alcoolisme et du tabagisme afin de protéger la population, en général, et surtout les jeunes. Car, la débauche publicitaire de l’alcool et du tabac met gravement en danger la santé publique.

Une anecdote inspirante pour terminer sur une note positive et joyeuse. A la demande du Ministre de la Culture de l’époque, j’ai organisé, en 1990, plusieurs tournées des Batimbo au Canada, en Espagne et aux États-Unis. Après chaque spectacle, que ce soit en salle ou sur des podiums de Festivals culturels, beaucoup de spectateurs, dans ces trois pays, toujours très émus et enchantés par le spectacle des Tambours du Burundi, s’approchaient des tambours et demandaient de les toucher.
Un jour, après un spectacle des Tambours du Burundi organisé par la municipalité de La Fayette, en Louisiane au sud des États-Unis, j’ai vu le Conseiller Culturel de la Municipalité essuyer des larmes. Inquiet, je m’en suis approché. J’avais peur que la troupe des jeunes Batimbo ait commis une grave faute qui le chagrinait. Avant de lui présenter éventuellement mes excuses, je me suis permis de lui demander pourquoi il avait du chagrin. En fait, il ne pleurait pas parce qu’il avait été contrarié. Il pleurait parce que les Tambours du Burundi avaient provoqué en lui une immense émotion. Et il m’a dit : « This music comes from the heaven ». Cette musique vient du ciel !

Athanase Karayenga

*Les articles de la rubrique opinion n’engagent pas la rédaction

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Gacece

    « La Brarudi doit cesser la publicité de l’alcool dans les médias »

    Pas d’accord avec cela. La bière de la Brarudi n’est pas une boisson prohibée. Ils doivent seulement user de précaution dans le choix de contexte dans lesquels ils diffusent leurs publicité.

    Montrer une photo d’une table de réception (de mariage) sur laquelle se trouve une bouteille de Primus n’est pas la même chose que montrer le marié saoul avec une bouteille de Primus dans sa bouche… dans la même salle de réception.

    Ils peuvent toujours faire des publicité sans montrer quelqu’un en train de boire. C’est là toute la différence. Mais ceci reste également une opinion.

  2. NKUNZUMWAMI

    Il est inconcevable de voir un groupe de joueurs de cornemuse sans la tenue celtique en kit écossais. De même, la tenue traditionnelle des trois couleurs nationales doit accompagner nos tambourinaires. Le ministère de la culture a raison d’être strict. Il doit taper sur les doigts de cette brasserie qui se permet tout dans sa publicité.

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