Société

Nyamurenza/Ngozi :Œil pour œil, dent pour dent?

20/08/2019 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Nyamurenza/Ngozi :Œil pour œil, dent pour dent?
Nyamurenza/Ngozi :Œil pour œil, dent pour dent?
La tante du violeur et mère de la fillette violée se dit traumatisée.

Après le viol, la mort d’une fillette et le lynchage du présumé violeur sur la colline Nyarusange, commune Nyamurenza en province Ngozi, les habitants sont traumatisés. La famille du présumé violeur est en exil par crainte de représailles. Elle demande protection. Du coup, nombre de personnes se posent des questions sur cette justice populaire.

Par Edouard Nkurunziza et Fabrice Manirakiza

Dans la vallée de Gihama, le sang des victimes est toujours visible. La vie de Darlène a été fauchée dans la fleur de l’âge. Elle a été sauvagement tuée le 5 août dernier par un certain Jean Marie. Sa mère, Annonciate Manariyo, est entre la vie et la mort. Blessée à la tête par le même jeune homme. Un autre homme du nom de Bosco Hatungimana est aussi mal en point. Jean marie lui a assené des coups de houe à la tête, le même jour.

A quelques kilomètres du chef-lieu de la commune Nyamurenza, sur la colline Nyarusange, la population parle toujours de ce qui s’est passé ce jour-là. «Nous sommes toujours traumatisés. C’était la première fois qu’on voyait une chose pareille», raconte une femme, la cinquantaine, en train de puiser de l’eau dans la vallée de Kaburantwa.

Chez Déo Rwasa, le père de Jean Marie, aucune âme qui vive. Ils se sont tous enfouis. «Cet incident alimente toujours les discussions sur la colline», ajoute une autre femme.

M. Rwasa a déserté son foyer par peur de représailles. Régine Mpabonimana, la mère de la fillette violée, ne vit plus chez elle depuis ce jour tragique. Elle vit sur une autre colline avec sa fille, la victime. «J’ai peur à cause des paroles qui se disent». D’après elle, elle reçoit des menaces.

«Le jour où ma fille a été violée, je n’étais pas là. Quand Jean Marie a été lynché, je n’étais pas là. Je ne sais pas pourquoi ils veulent s’en prendre à moi alors que ma fille a été violée». Aujourd’hui, sa fille est traumatisée. Elle est sous médicaments.

Le viol

Le crime est commis mardi 6 août, en toute fraîcheur matinale. Régine Mpabonimana est partie, depuis l’aube, à l’Hôpital de Buye pour des soins médicaux. A la maison, chez elle, sa fille D., 12 ans, et son neveu Jean Marie, 22ans. Depuis sous peu, Jean Marie vit chez sa tante…

Régine est allée se faire soigner en toute tranquillité, convaincue que sa maison est bien gardée par des cousins. Des cousins naturellement en franche collaboration, s’accordent à dire les habitants de Gihama. «Jean Marie était un jeune homme, au caractère bon enfant, plutôt très sage. On ne contait pas de lui une probable criminalité».

L’habitation de Régine est mitoyenne de celle de son frère, Déo Rwasa, le père de Jean Marie. Cette matinée, Rwasa est à la maison, il n’est pas allé dans ses travaux champêtres. A un moment, il perçoit des hurlements, des cris assourdissants issus de la maison de sa sœur. «Il s’est dépêché tout d’un coup pour constater ce qui s’y passait», affirme un voisin de Rwasa. «Le viol était en pleine consommation, la mineure criait». Atroce. Ce vieil homme, en bon parent, en a eu un chat dans la gorge.

Le meurtre

Déo Rwasa ne réfléchit pas de midi à 14h. Il faut faire vite. «Il a soudainement sauté sur son fils et a essayé de le tirer de la fillette». Et puis, un retournement de situation. Tandis que la fillette se sauve, Jean Marie se retourne vers son père. Un bras de fer pendant quelques minutes. Mais Rwasa n’allait pas tarder à être vaincu si Annonciate Manariyo, une femme de la localité, ne survenait, soulignent les habitants.

Cette femme qui vient, en compagnie de sa fille Darlène, récolter la patate douce pour le dîner, apporte vite secours à Rwasa qui commence à crier à son tour. Relâché, ce dernier se sauve à toutes jambes. Mme Manariyo également. Et puis, l’escalade…

Pris de colère, Jean Marie s’empare d’une petite houe de la maison. Il va à la recherche de ceux qui viennent de l’interrompre dans son crime. Mais ils sont déjà très loin. A proximité du champ de patates douces de Mme Manariyo, Darlène, 7ans, n’est pas préoccupée par les événements. Quand sa mère a couru, elle ne s’est pas sentie concernée.

Jean Marie la retrouve là-bas, poursuivant la récolte de la patate. Et il déverse toute sa colère sur elle. Un coup de houe sur la tête. De loin, sa mère qui assiste à la scène n’en croit pas ses yeux. La petite s’écroule par terre. Affolée, Annonciate Manariyo revient pour tirer sa fille des mains de l’assassin. Une occasion que ce dernier attendait.

D’un autre coup de houe, Jean Marie blesse la mère au niveau de la tête. Elle s’évanouit aussitôt. Dans l’entretemps, suite aux cris, la population environnante a investi petit à petit les lieux. Alors qu’il tente un deuxième coup pour l’abattre définitivement, ces habitants se précipitent vers lui pour l’attraper. Il prend le large avec sa houe.

La vengeance

Déo Rwasa et sa sœur ont pris fuite, quittant leurs foyers de peur de représailles des familles éprouvées.

Au bout de la fuite, il rencontre Jean Bosco Hatungimana, un jeune homme de Nyarusange, vivant avec handicap, qui se rend au chef-lieu communal. Ce dernier, alors qu’il l’avertit qu’une foule le poursuit de loin derrière, Jean Marie réplique : «Tu étais là toi ? Je ne t’avais pas vu ». Et il se tourne vers lui.

Jean Bosco Hatungimana reçoit plusieurs coups au niveau de la tête et perd connaissance. «C’est comme si une folie s’était emparée de Jean Marie», analysent des femmes de Nyarusange. Des habitants de Gihama et Nyarusange, arrivés dans la foulée, l’attrapent et le lynchent avant qu’il n’assomme Hatungimana.

Mme Manariyo et M. Hatungimana sont alors dépêchés au centre de santé de Ntega. Quant à Darlène, elle est déjà passée de vie à trépas.

Pourquoi ces habitants ont-ils lynché le jeune homme alors qu’ils l’avaient déjà attrapé ? Des habitants de Nyarusange soutiennent qu’il n’y avait pas d’autre alternative. «Il fallait le mettre hors d’état de nuire. Sinon, il allait exterminer tout le monde». Et qui l’ont lynché ? Ces habitants répondent : «C’était toute une foule. On ne peut vraiment pas les identifier.»

Interrogé, Dieudonné Niyonzima, administrateur de la commune Nyamurenza, assure que des enquêtes sont en cours : «Le dossier est aux mains de la police judiciaire pour des enquêtes. Attendons les conclusions, je ne puis en dire quoi que ce soit.»

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