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Mugere : Une réorganisation du transport en commun sous tension

Depuis le 8 mai 2026, la commune Mugere de la province de Bujumbura a officiellement déplacé les arrêts de bus vers les marchés de Musaga, Kanyosha, Ruziba et Kinindo. Présentée par l’administration communale comme une solution pour réduire les accidents et les embouteillages, cette décision provoque déjà des réactions contrastées parmi les usagers et les transporteurs.

Sur la 1ʳᵉ avenue de Kanyosha, plusieurs usagers continuent à attendre les bus malgré l’absence de file organisée. Certains dénoncent une mesure qui complique davantage leurs déplacements quotidiens.
« C’est incompréhensible. Je prends une moto pour aller au marché de Kanyosha juste pour prendre un bus vers le centre-ville. Je perds du temps et de l’argent », confie par exemple la prénommée Jeanine, une mère de famille rencontrée sur place.

Les usagers du transport en commun très matinaux à Kanyosha et à Musaga en souffrent davantage. Ce sont pour la plupart des maçons et aide-maçons qui vont chercher des chantiers en construction au centre-ville, des élèves et des fonctionnaires qui craignent d’être en retard ainsi que de petites commerçantes qui vont s’approvisionner en fruits et légumes dans les marchés dits Cotebu et Chez Sion ou encore des passagers qui montent à l’intérieur du pays. Ils ne trouvent pas de bus ni aux anciens parkings ni aux nouveaux. Ils sont obligés de faire de longues distances à pied dans l’espoir de croiser un bus qui puisse les prendre en cours de route. Les bus se présentent sur les nouveaux parkings indiqués beaucoup plus tard.

Une mesure non concertée

Du côté des chauffeurs, beaucoup boudent la mesure. Ils disent que le trajet devient très long dans un contexte où il y a pénurie de carburants.
Les critiques portent sur le manque de concertation avant la mise en application de cette nouvelle organisation. C.N estime que les autorités auraient dû consulter les acteurs du transport avant de prendre une telle décision.
« On nous impose, on ne nous écoute pas. Si on avait discuté avant, on aurait trouvé un plan qui marche pour tout le monde », déplore-t-il.

Sécuriser les citoyens et donner du répit aux commerçants

L’administratrice de la commune Mugere, Adélaïde Hatangayo, défend cependant la mesure. Selon elle, le retour des arrêts dans les marchés vise avant tout à améliorer les conditions de circulation et à protéger les citoyens.
Elle explique qu’auparavant, les commerçants revenaient des lieux d’approvisionnement et déchargeaient leurs marchandises sur la route principale avant de les transporter à moto ou sur la tête jusqu’au marché. Une situation qu’elle qualifie d’épuisante pour les commerçants.
« Le retour des arrêts aux marchés, comme c’était le cas dans le passé, permettra aux commerçants de se reposer », insiste-t-elle.

Mme Hatangayo estime également que cette réorganisation permettra de réduire les accidents et les embouteillages observés sur certaines voies fréquentées par les motos et les voitures.
« Cette nouvelle organisation protégera mieux les citoyens. Nous voulons les protéger contre des accidents et qu’ils exercent leurs activités en toute sécurité », indique-t-elle.
Face aux critiques, elle reconnaît que tout changement suscite des mécontentements. Selon elle, certaines personnes qui profitaient des anciens arrêts-bus situés le long des routes seraient à l’origine des contestations.
« Nous cherchons l’intérêt de tous et non celui d’une seule personne », insiste-t-elle.

Beaucoup d’inquiétudes

Charles Ntirampeba : « On craint des pertes financières et de nouvelles taxes »

Du côté de l’Association des transporteurs de Burundi, Atrabu, les inquiétudes restent nombreuses. Elle évoque plusieurs conséquences possibles de cette mesure. Charles, le président de l’association, estime notamment que l’allongement des trajets pourrait entraîner une augmentation du prix des tickets de transport.
Il évoque également la crainte de nouvelles taxes imposées par la commune et ses agents, notamment sous forme de rabatteurs appelés « abakokayi ».

Selon lui, les transporteurs craignent aussi des pertes financières, car les agents de la commune obligeraient les bus à aller jusqu’à la destination finale sans embarquer de nouveaux passagers en cours de route. Les voyageurs seraient ainsi obligés d’attendre les bus uniquement aux terminaux.
Toujours selon Charles, plusieurs chauffeurs de bus auraient déjà commencé à délocaliser leurs véhicules vers d’autres lignes situées au nord de la capitale par crainte des conséquences de cette mesure.

L’Atrabu affirme également que le ministère en charge du transport avait déjà engagé des discussions sur la question. Charles évoque une correspondance envoyée par le ministre Ir. Egide Nijimbere, demandant à l’association de désigner un représentant pour participer à une commission chargée d’étudier les nouvelles lignes de bus et les tarifs.
Dans cette lettre, le ministère demandait que le nom du représentant soit communiqué avant le 11 mai 2026.

Charles estime que l’administration communale a pris une décision alors que le ministère avait déjà commencé à gérer le dossier.
« Nous, au niveau de l’Atrabu, on n’envisage pas d’aller voir l’administrateur de la commune, mais plutôt d’aller dans cette réunion et de continuer à discuter avec le ministère », explique-t-il.
Selon lui, la fixation des tickets de transport et la définition de nouvelles lignes relèvent du ministère ayant le Transport dans ses attributions et non de la commune.

En attendant une issue aux discussions, l’activité du transport dans cette localité reste fortement perturbée.
« Tout le transport de personnes est paralysé dans cette localité parce que les chauffeurs craignaient des mesures qui vont s’ensuivre. Ils sont en train de se délocaliser vers les parkings du nord de la capitale économique en attendant que la question soit étudiée et trouve de solutions », conclut Charles.

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