Jeudi 26 mai 2022

Editorial

Monsieur le ministre, « ça va bien, mais ça va mal »

13/05/2022 7

Sur le marché, il y a une tendance généralisée de la hausse des prix des produits. L’enquête menée par les journalistes d’Iwacu à Gitega, capitale politique et à Bujumbura, capitale économique, sur les produits agricoles de base, confirme l’envolée des prix.

Par Léandre Sikuyavuga

Pourtant, c’est la période de récolte et les prix devraient diminuer. « Le prix d’un bidon de cinq litres d’huile de palme a presque doublé, un kilo de riz est entre 2 500 Fbu et 3 500 Fbu, le haricot coûte autour de 2 300 francs le kilo », constate notre correspondant à Gitega.

L’augmentation et la volatilité des prix alimentaires touchent davantage les ménages qui observent déjà la détérioration de l’état nutritionnel. Ils s’inquiètent de l’avenir et craignent l’augmentation des abandons scolaires.
Selon eux, cette tendance devrait s’accélérer dans les prochains mois, au regard de la mauvaise récolte de produits agricoles. « Le choc sera d’autant plus fort que l’économie burundaise est très dépendante du prix du carburant et des importations », souligne un transporteur de Gitega.

Cependant, paradoxalement, le ministre chargé de l’Agriculture estime que la récolte est bonne et s’en prend à ceux qui affirment qu’il y a flambée des prix sur le marché. « Ceux qui disent que les prix ont augmenté sont des fonctionnaires qui n’ont même pas un petit champ potager. Ils devraient au moins avoir un petit champ au lieu d’être toujours dans les marchés pour s’approvisionner ».

Ces propos du ministre lors de la présentation des réalisations du troisième trimestre de l’exercice 2021-2022 ont choqué. Depuis lors, il est sous les feux des critiques.

C’est pire de prétendre que tout va bien. Personne n’accuse le ministre ou l’institution qu’il représente d’être à la base de cette situation. Les facteurs exogènes en sont en grande partie les causes.
Les faits sont têtus, dit-on. L’heure n’est pas de nier la hausse généralisée des produits alimentaires, pour ne pas dire leur inflation. Ce qu’il faut, c’est agir de façon plus efficace et plus cohérente pour stabiliser et réduire l’envolée des prix. L’heure est aussi de proposer des actions stratégiques, poser de vraies questions pour « calmer les marchés » : que faire, par qui et comment ?

Un expert en économie suggère entre autres la mise en place d’une réglementation de la spéculation orientée vers le marché, un financement renforcé des importations alimentaires, le lancement des programmes de production alimentaire à impact rapide.

Somme toute, on peut trouver des solutions à la situation. Mais de grâce, évitons une attitude d’aveuglement face à une problématique pour en cacher la réalité. Oui, Monsieur le ministre, « Ça va bien, mais ça va mal ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Ririkumutima

    Je n’ai d’autres moyens de communiquer au ministre. Ndazi ko aha azobisoma.
    Il y a une mesure que vous et votre régime avez institué. Umuntu atagerezwa kuragira mw itongo iwe. Il doit mettre des paddocks pour délimiter les paturages dews champs. Isinzi ry abarundi twarabigize. Des Imbonerakure peut etre mal informés de la mesure nous empechent meme d’amener notre bétail à la source.
    Est ce que l’objectif de la mesure si iyo kugwiza la production. Ndiriye ngaha guko tutagira aho tubivugira?
    Nta mutware numwe atwohereza au niveau communal.
    Sous d’autres cieux, on explique et on accompagne les mesures. Mbega muhanyi nta Suivi et évaluation iba dans votre ministère?
    Juste après la mise en application obligatoire de cette mesure, le prix de kg de viande et du litre de lait ont augmenté.
    Note de l’éditeur: ma colline natale est à Bukirasazi, ma femme vient de Ruyigi.
    La mesure est venue twararimye ubwatsi ku matongo y abavyeyi.

  2. Kibinakanwa

    Muravuze peee, Barekebavuge et Ndambi. Les conseillers et les porte parole lisent nos remarques. Question existentielle: Osent ilos le dire à leur patron? Lorsque nos dirigeants font des sorties, le monde entier les écoute. La population et le monde jugent. C’est vrai cette vidéo est virale sur les réseaux sociaux au Burundi et à l’☺étranger.
    Jewe nahungiye Suède kandi ndi muri CNDD.

  3. Barekebavuge

    Les communications de nos dirigeants frisent quelquefois……….. (Censuré). Dans la meme veine, mais multiplié par 1000:
    Un plus haut dignitaire burundais (la vidéo est virale sur les réseaux sociaux) a osé affirmer, il y a quelque jours, que le Burundi est gaté, qu’il y a surproduction. Sire , 75% de la population burundaise vit en dessous du seuil de la pauvreté.
    Cette vénérable autorité a rembrayé et acceleré et a dit qu’il une ferme qui produit des lombrics (imisiba). Quel rapport cela a t il avec la production du mais, haricot ou pomme de terres?
    Les gens autour de cette auguste personnalité applaudissaient.
    Oh my God.

    • Ndambi

      Je vais me faire l’avocat du diable et défendre cette auguste personnalité.
      1) On élève des lombrics. Mais c’est tellement marginal.
      2) on élève aussi des escargots. Tellement marginal.
      Ces 2 animaux sont riches en protéïnes.
      Néamoins, mes oreilles ont sifflé lorsque la personnalité a parlé d’élevage de mouches.
      Quand la personnalité a parlé de fortunes engrangées en vendant des lombrics, niyumvira ko avanga na son salaire dantesque.
      Aravuga aho ashorera imisiba.
      Naho yoba ayaronka. Cela ne changerait rien, et rien du tout alors au fait que notre pauvre Burundi est le pays le plus pauvre et le plus corrompu au monde

    • Mafero

      @Barekebavuge: « Les gens autour de cette auguste personnalite applaudissaient.. »
      Bien sur qu’ils ont applaudi! Et nous ne serons surpris qu’on decrete un guide supreme dans l’innovation.

  4. Mahoro

    « …« Ceux qui disent que les prix ont augmenté sont des fonctionnaires qui n’ont même pas un petit champ potager. Ils devraient au moins avoir un petit champ au lieu d’être toujours dans les marchés pour s’approvisionner » »
    Qu’il en parle avec son collègue ayant l’urbanisme dans ses attributions et prévoir lors des viabilisations des jardins dits « ouvriers » à une époque dans les pays du nord. Ceux qui voyagent verront que des municipalités sauvegardent des espaces pour les jardins des urbains. Aujourd’hui même dans les grandes villes, des tomates et d’autres légumes poussent sur les toits terrasses. Hari n-abahororera inzuki.

  5. Mafero

    Ils se sont tailles des »latifundia » et ils croient qu’il en est de meme pour tous les citoyens.

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