1. Le baptême du feu : la phase de groupes (Groupe G)
Il faut se souvenir d’où ils partaient. Invités directement par la FIFA, non par tirage au sort, mais en reconnaissance du travail silencieux et obstiné de la FFB en matière de formation. Une invitation qui est déjà une victoire. Une marque de respect.
Jetés dans le Groupe G, les gamins ont tout connu.
Tout a commencé par une morsure. Portugal 1 – 0 Burundi. Une défaite serrée, cruelle, de celles qui apprennent. On perd d’un souffle, mais on comprend qu’on a sa place.
Puis, l’histoire s’est écrite. Burundi 2 – 0 Fidji. La première victoire historique du Burundi dans une Coupe du Monde U15. Imaginez ce vestiaire. Des cris, des larmes. Un pays de treize millions d’âmes qui, à des milliers de kilomètres, a vibré.
Le soufflé est retombé face au Pays de Galles. 3 – 1. Défaite, oui, mais avec ce but burundais qui dit : nous ne sommes pas venus pour faire de la figuration.
Et ils l’ont prouvé aussitôt. Bangladesh 0 – 2 Burundi. Victoire nette, autoritaire, sans discussion. Deux buts comme deux affirmations.
Enfin, la gifle pour clore les poules. Burundi 1 – 6 Indonésie. Un revers lourd, qui fait mal aux jambes et à l’orgueil. Mais qui, paradoxalement, allait forger le caractère des gamins pour la suite.
2. Le jour le plus long : trois matchs, une vie
Burundi qualifié. C’était déjà inespéré. Mais ce qui allait suivre relève du roman.
Le 28 octobre, à Bakou, les organisateurs ont enchaîné les matchs couperets à une cadence infernale. Et les petits Hirondeaux ont dû jouer leur vie trois fois en une seule journée.
Seizième de finale : Togo 3 – 4 Burundi.
Un match fou. Mémorable. Menés, malmenés, les Burundais ont renversé la table. Comment ? Par le cœur de leur capitaine, Blaise Tuyishime, auteur d’un doublé de patron. Par la vista d’Alain Niyonkuru. Et par un éclair venu d’ailleurs, celui de Blaise Yishurahageze, ce gamin que tout le monde à Bujumbura surnomme déjà « Messi ». 4-3. Un miracle.
Huitième de finale, quelques heures plus tard : Cap-Vert 1 – 2 Burundi.
On croyait qu’ils n’avaient plus d’essence. On se trompait. Disputé dans la foulée, sans le temps de souffler, ce match fut une leçon de solidarité. Pas de héros solitaire cette fois. Un bloc, une famille, onze frères qui ont couru les uns pour les autres. Et qui ont propulsé le Burundi dans le grand huit mondial. Dans les huit meilleures nations du monde. Répétez-le à voix haute, ça fait frissonner.
Quart de finale, toujours le 28 octobre : Canada 7 – 0 Burundi.
Et c’est là que le corps a dit stop.
À bout de forces, exsangues après avoir disputé trois rencontres à élimination directe dans la même journée, à intervalles ultra-réduits, les jeunes Burundais ont sombré. En face, la fraîcheur physique des Canadiens, puissants, cliniques. 7-0. Le score est lourd, oui. Il est sévère. Mais il ne raconte pas la fatigue, il ne raconte pas les crampes, il ne raconte pas ces gamins de 15 ans qui ont donné tout ce qu’un corps de 15 ans peut donner.
3. L’épilogue douloureux : la fin de l’aventure
Match de classement, 29 octobre : RDC 4 – 1 Burundi.
Pour leur ultime sortie au complexe sportif de Hovsan, le destin a réservé un derby, un duel fraternel contre les voisins de la République Démocratique du Congo. Mais il n’y avait plus de magie. Plus de jambes.
Plus lucides, plus frais, plus réalistes, les Léopards n’ont laissé aucune chance. 4-1. Une nouvelle correction. Sèche, qui fait mal et qui vient clore une épopée par une troisième claque.
Car il faut bien le dire : l’aventure des Burundais a été balafrée par trois lourdes défaites. Le 1-6 contre l’Indonésie pour clore les poules, le 7-0 contre le Canada en quart de finale, et enfin ce 4-1 contre la RDC pour le classement.
C’est la dure loi du très haut niveau. Quand le réservoir est vide, le football ne pardonne pas.
Ils rentrent donc sans coupe, avec ces trois gifles dans les jambes pour finir. Mais avec une histoire quand même. Celle de ces deux victoires héroïques en une seule journée contre le Togo et le Cap-Vert. Et ça, personne ne pourra jamais leur enlever.
4. Et puis, il est une fierté qui ne s’inscrit pas au tableau d’affichage, mais qui vaut toutes les coupes.
Au milieu du vacarme de Bakou, une vérité demeure, pure et intacte : ces petits Hirondeaux étaient bien des enfants. Pas un n’avait plus de quinze ans. Pas un n’a triché avec le temps. C’étaient des U15 dans leurs jambes, dans leurs regards, dans leurs larmes aussi.
On ne saurait en dire autant de toutes les délégations croisées là-bas. Il faut bien le dire, les yeux ne mentent pas. Il y avait, y compris parmi celles qui ont si durement terrassé le Burundi, des silhouettes où l’enfance semblait déjà si lointaine, des visages que quinze printemps ne pouvaient raisonnablement avoir sculptés. Tricherie à peine voilée, qui chuchote son nom sans jamais l’avouer.
Alors que le Burundi rentre la tête haute, fort d’avoir joué le jeu, et rien que le jeu. C’est là sa plus belle victoire. Et c’est un clin d’œil, fraternel mais ferme, que nous adressons à la FIFA : pour la prochaine édition, qu’elle veille au grain. Qu’elle sorte, comme elle sait si bien le faire pour ses Mondiaux U17, son arsenal scientifique, ses tests biologiques, son intransigeance. Afin que l’équité protège enfin ceux qui respectent l’âge de leurs rêves.
Patrick Sota
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