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Minerais : des milliers de tonnes exportées mais, où sont les recettes ?

Depuis bientôt une année, le gouvernement burundais multiplie les convois d’exportation de minerais. Lancée en octobre 2025, cette campagne a déjà permis l’exportation de plusieurs milliers de tonnes de minerais. Le dernier convoi, organisé le 7 septembre 2026, a transporté 516 tonnes. Si l’envoi de ces convois est largement médiatisé, le rapatriement des devises générées par ces exportations reste, lui, entouré d’un silence radio. La société civile dénonce une situation qui dépasse l'entendement

Après plusieurs mois d’exportation des minerais du Burundi, une question demeure : combien de devises ont réellement été rapatriées au Burundi ? Pour le moment, la Banque de la République du Burundi (BRB) n’a pas communiqué de chiffres actualisés permettant de suivre précisément les recettes provenant de ces convois. Après l’envoi du dernier convoi en date, Iwacu a contacté la BRB pour obtenir des éclaircissements sur le montant des devises rapatriées. Mais, la banque n’a pas souhaité réagir.

Au lancement du premier convoi, le président de la République, Évariste Ndayishimiye avait présenté les minerais comme « un champ prêt à être récolté et qui appartient à tous les Burundais ». Les autorités avaient alors expliqué que leur exploitation devait notamment contribuer à faire face aux pénuries de carburant, de médicaments et de devises dans un contexte de difficultés économiques persistantes.

Des machines plutôt que des chiffres

Après le dernier convoi du 7 septembre, le ministre ayant les mines dans ses attributions, Hassan Kibeya, a tenté de répondre aux interrogations sur les retombées des exportations. Mais, au lieu de communiquer le montant actualisé des devises générées ou rapatriées, il a mis plutôt en avant les investissements réalisés dans le secteur.

Selon lui, les revenus miniers ont notamment permis l’acquisition de deux machines de traitement. La première, destinée au titane, peut traiter jusqu’à cent tonnes par heure. La seconde, destinée au coltan, au wolframite et à la cassitérite, dispose d’une capacité de quatre tonnes par heure. Ces équipements sont actuellement en cours d’installation.

Plusieurs questions restent posées

Le 20 novembre 2025, lors d’une conférence de presse, le président Ndayishimiye avait annoncé que plus de six millions de dollars étaient attendus de la vente des minerais exportés vers la Chine. Il précisait toutefois que la BRB n’avait pas encore encaissé ces recettes.

Quelques mois plus tard, le gouverneur de la BRB, Édouard Normand Bigendako, annonçait que les exportations minières du quatrième trimestre 2025 avaient généré plus de 35 millions de dollars. Selon les chiffres communiqués, l’or représentait à lui seul 27,842 millions de dollars pour 200,04 kg tandis que les autres minerais totalisaient 7,353 millions de dollars.

Cette annonce soulève toutefois quelques interrogations : Pourquoi l’or ne figure pas parmi les minerais présentés dans les convois officiellement médiatisés depuis octobre 2025 ? Ces 35 millions de dollars correspondent-ils aux convois lancés dans le cadre de cette campagne ou aux recettes globales du secteur minier, incluant d’autres exportations ?

Le 27 mars 2026, lors d’une émission publique à Kayanza, l’ancienne porte-parole présidentielle Rosine Guilène Gatoni avait affirmé que plus de 96 millions de dollars avaient été générés par l’exploitation minière entre septembre 2025 et février 2026, dont plus de 90 millions déjà versés au Trésor public. Là encore, une question demeure : le premier convoi officiel ayant été lancé en octobre 2025, pourquoi cette période commence-t-elle dès septembre ?

 

Depuis octobre 2025, des convois de minerais ont déjà quitté le Burundi. Le 7 octobre, 260 tonnes de quartz vert et d’améthyste ont été expédiées vers la Chine, suivies de 175 tonnes de minerais 3T le 27 octobre et de 400 tonnes de titane, béryllium, améthyste et terres rares le 14 novembre. D’autres expéditions ont suivi en 2026, notamment 650 tonnes en février, 300 tonnes en mars, 1 500 tonnes en mai, 416 tonnes en juillet et 516 tonnes en septembre.

 

Réaction

Faustin Ndikumana : « Ce qui se passe dans l’exportation des minerais dépasse l’entendement »

Pour le directeur national de Parcem, la manière dont le Burundi gère l’exportation de ses minerais soulève de nombreuses interrogations. Il estime que la médiatisation des convois ne suffit pas à garantir la transparence.

« Ce qui se passe dans l’exportation des minerais est bizarre et dépasse même l’entendement. Depuis bientôt une année, le pays s’est lancé de façon ostentatoire dans l’exportation des minerais. C’est-à-dire que c’est la transparence jamais vue qui commençait à s’établir. Mais c’est plutôt le contraire qu’on observe. La transparence n’est pas l’exposition à l’exportation devant les caméras. »

Selon lui, il faut aller au-delà des cérémonies d’expédition. Il demande notamment une expertise permettant d’établir les quantités réellement exportées, sur base des documents des services d’exportation et de la douane. Il estime également nécessaire de publier le degré de concentration des minerais exportés et de vérifier les prix appliqués sur le marché international.

« Les rentrées en devises ne sont pas connues ou communiquées », . Il souhaite aussi un rapprochement entre les données de la douane burundaise et celles des pays importateurs afin de vérifier les volumes et les recettes.

Ndikumana déplore également l’absence de rapports réguliers de la Banque centrale sur ces transferts. Il appelle le gouvernement à accélérer son adhésion à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).

« La société civile, nous allons commencer à crier haut et fort pour que cette denrée puisse commencer à donner des retombées positives. »

 

 

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