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Les retraités, gardiens de la mémoire et piliers de la réconciliation nationale ?

Face aux crises cycliques qui ont endeuillé le Burundi, la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) mise sur la sagesse des aînés. A Gitega, une rencontre cruciale a réuni ce mardi 2 Juin les retraités, ’’détenteurs d'une mémoire historique unique, pour briser le silence, panser les blessures du passé et guider la jeunesse vers une paix durable’’.

A Gitega, la CVR a choisi de s’adresser directement à ceux qui ont traversé et compris les heures les plus sombres de l’histoire du Burundi. Pour le président de la CVR, Pierre-Claver Ndayicariye, ces retraités ne sont pas de simples spectateurs du passé, mais des repères humains et moraux indispensables.

Qu’il s’agisse du montage des coups d’Etat de 1965 ayant mené à l’exécution des parlementaires Hutus, de l’affaire Ntunguburanye en 1971, de l’assassinat du roi Ntare V, des événements sanglants de 1972, ou encore des massacres de 1988 et ceux de 1993 et la guerre civile qui s’en est suivi, les aînés ont tout vu.

Pour la CVR, cette accumulation de tragédies résonne comme une malédiction imposée par les vendeurs de la mort. Cependant, la solution réside dans la transmission. « Votre expérience et votre mémoire constituent un patrimoine précieux pour les générations présentes et futures », a martelé Ndayicariye, appelant les aînés à porter une parole robuste, écoutée et respectée au sein des collines, des églises et des familles.

Le président de la CVR a insisté sur un point cardinal : aucune réconciliation ne peut se faire dans l’exclusion ou l’hypocrisie. Le pays doit assumer son histoire violente. La libération de la parole est essentielle, car les victimes ont besoin de pleurer, de faire leur deuil, mais aussi d’obtenir justice pour les spoliations matérielles.

Un patrimoine mémoriel contre la malédiction des divisions

Pour Pierre-Claver Ndayicariye, le traitement des traumatismes et la réparation sont les clés pour guérir une société qui a trop longtemps ignoré la souffrance des victimes.
En incitant les retraités à déconstruire les discours de haine et à proposer des voies de cohésion sociale, la CVR veut offrir à la jeunesse burundaise des récits responsables et porteurs d’espérance.

L’objectif ultime reste inchangé : faire en sorte que la vérité historique soit, sans concession ni mensonge, le socle inébranlable d’une paix définitive. D’après ces retraités, certes en 1972, certains étaient jeunes, mais ils comprenaient l’horreur. Beaucoup ont vu leurs collègues, leurs voisins disparaître du jour au lendemain.
« Aujourd’hui, parler devant la CVR n’est pas un acte de vengeance, c’est un devoir thérapeutique. Si nous ne racontons pas la vérité de manière équilibrée à nos petits-enfants, d’autres leur transmettront la haine », souligne Pierre Barusasiyeko. D’après lui, pour réconcilier un peupler meurtri par des divisions de toute sorte, l’équité doit être mis en avant pour étouffer des éventuelles crises.

Des décisions concrètes pour recoudre le tissu social

Dans cette démarche vers la réconciliation, certes les individus ont un rôle à jour mais les gouvernants doivent être au centre de tout. « Sans la bonne gouvernance où le dirigeant doit rendre compte de ses actions, la réconciliation reste comme un vœux pieux », a-t-il ajouté. Quant à Angelo Barampama il affirme que la vérité et la justice sont indispensable pour une vraie réconciliation.

Il indique que notre histoire est souvent falsifiée pour des raisons partisanes. Il fait savoir que les termes Hutu -tutsi ne sont pas l’invention du colonisateur. Des noms qui avaient les connotations économiques sont devenus politiques. « L’histoire est dynamique, nous ne pouvons pas rester à méditer seulement sur le passé mais chercher comment arriver à se procurer du pain, la paix et le développement ».

Même son de cloche chez Laurent Nicimbeshe de 73ans. Il reconnait que le passé du Burundi est sombre mais qu’il ne faut pas s’y éterniser jusqu’à ce qu’il accapare tout notre temps et notre intelligence. Comme il le fait savoir, la responsabilité pénale est personnelle.

Selon lui, si nous continuerons à incriminer tel groupe comme si tous les hutu ou tous les tutsi ont commis des crimes. « Nous enfermons notre jeunesse, nos jeunes dans la stagnation. Assumons notre passé pour que le responsable soit condamné mais pas son fils, sa fille ou son groupe ethnique au lieu de globaliser ce qui risque de toujours faire des ravages ».

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