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Les lamentations des réfugiés Congolais de Musenyi

Insuffisance d’assistance alimentaire, abris inappropriés, difficile accès aux soins de santé, …. Ce sont quelques-uns des défis auxquels font face les réfugiés congolais du camp de Musenyi en commune Musongati de la province de Burunga. Ils appellent à l’aide.

Le camp est subdivisé en deux : Musenyi I et Musenyi II. Les deux sont séparés par une distance d’un kilomètre. Installé dans la plaine de Ku Moso, ce sont des sites non clôturés.

Musenyi I n’est pas un site comme les autres. On y trouve  en effet quelques maisons en durs. Des boutiques vestimentaires sont installées juste à l’entrée du site.  Un commerce florissant s’y développe. Une pancarte indique par ailleurs qu’il existe une maison de passage dans les environs. A l’entrée, on y trouve aussi un petit bistrot. Là, on peut même commander une brochette de chèvre. Des plaques solaires et des salons de coiffure sont partout. Des personnes des environs y entrent et sortent comme bon leur semble. Il n’existe pas de barrières comme c’est le cas pour d’autres camps de réfugiés. La circulation est libre. Des motards font des va-et-vient transportant des élèves en noir et blanc. Apparemment, la majorité des réfugiés sont propres, bien habillés et en bonne santé.

Néanmoins, dans ces maisons ou dans les tentes, tout n’est pas rose. Il y a des lamentations. « Ici, la vie est très difficile. Nous recevons peu d’aide humanitaire. On nous donne juste 1kg de farine par mois et par personne. Imaginez-vous : comment une personne normale peut vivre d’1kg de farine ou de riz tout un mois ! », se plaint Dawid Ngomanywa, un réfugié congolais, père de deux enfants.

D’après lui, quand on ne leur donne pas de produits alimentaires en nature, c’est l’argent qu’il qualifie de somme très modique. « Nous recevons 38 mille BIF par personne et par mois. Vous constatez que c’est quasiment impossible de vivre avec cette somme pendant 30 jours. Quand tu te rends au marché, c’est juste pour acheter quelques savons, du sel et c’est fini. »

Un problème d’abris se pose aussi. « En fait, on nous avait donné des tentes il y a déjà une année. Or, ces dernières ne peuvent pas tenir pendant toute cette période. Maintenant, il y a des trous partout. Lorsque la pluie tombe, c’est comme si on est dehors. L’eau entre directement et on est inondé », décrit un autre réfugié interrogé. Même quand il y a du soleil, poursuit-il, il fait tellement chaud à l’intérieur que personne ne peut tenir.

Un accès difficile aux soins de santé

Pour les soins de santé, il indique qu’il y a une insuffisance notoire des médicaments. « Par exemple, quand quelqu’un a la malaria,  on lui donne le paracétamol. Ce qui est vraiment incompatible. »

Une jeune fille rencontrée dans Musenyi II ajoute qu’il y a beaucoup de cas d’infections.  « En fait, la distribution des serviettes hygiéniques n’est pas fréquente. Quand les parents n’ont pas d’argent pour te payer ce matériel, nous sommes souvent contraintes d’utiliser des morceaux de pagnes durant nos menstruations. Ce qui augmente les risques d’infections. »

Selon elle, l’état des toilettes ne leur facilite pas non plus la tâche. « Elles débordent souvent. Dans ces conditions, il n’y a pas d’hygiène. Et quand une jeune fille ou une femme s’y rend, il y a une forte probabilité d’être affectée. »

Que ce soit à Musenyi I ou à Musenyi II, des cas d’enfants malnutris sont aussi visibles. Heureusement qu’il existe un service chargé de suivre ces cas ainsi que ceux des femmes enceintes et allaitantes sur place. Le grand défi reste que certains parents vendent les produits ou les nutriments offerts pour le traitement de la malnutrition, selon les témoignages recueillis sur place.

Le phénomène El-niño fait trembler les réfugiés congolais

Dawidi Ngomanywa : « Comment une personne normale peut vivre d’1kg de farine ou de riz pendant tout un mois ? »

 « Lorsqu’on nous avait donné cette information, nous avons eu tellement peur. Et pour cause, l’état de nos tentes est déplorable. Elles ne peuvent pas nous protéger contre de fortes pluies », confie le réfugié Ngomanywa. « Nous craignons pour notre sécurité et nos enfants. »

Le prénommé Pascal, un autre refugié, n’est pas non plus tranquille. « Premièrement, notre site est à risque d’inondations. Vous constatez que c’est dans une plaine surplombée par une chaîne de montagne. Quand la pluie tombe, la destination finale de l’eau et d’autres sédiments, c’est sans doute ici. »

En deuxième lieu, ce réfugié indique qu’à l’intérieur du site, les aménagements faits ne le protègent pas. « Normalement, les caniveaux d’évacuation d’eau devaient avoir une certaine perte afin de permettre à l’eau de continuer jusque dans les marais des environs. Mais, pour le moment, l’eau stagne et envahit nos tentes. »

Des dégâts sont d’ailleurs déjà enregistrés. D’après les témoignages des réfugiés recueillis à Musenyi, El Nino a déjà frappé dans leur camp. « C’était le 21 octobre. Des pluies mêlées de vents violents ont détruit des tentes. L’eau a envahi des gens, etc. La pluie n’a duré que quelques minutes mais, les dégâts ont été énormes. » D’après ce réfugié, beaucoup de familles ont vu leurs affaires, leurs matériels de couchage, leurs habits et leurs ustensiles de cuisine inondés.  « Certains sont même devenus inutilisables. »

Un signe d’espoir

A Musenyi I, une centaine de maisons en durs sont en phase de finissage. Selon les réfugiés et quelques ouvriers, il s’agit d’un projet du gouvernement burundais via le ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique.  « Chaque famille recevra une maison. Dans cet espace, il y avait des tentes. Mais, voilà, on vient de nous construire de belles maisons en durs. Nous n’aurons plus à nous inquiéter des pluies », se réjouit un réfugié.

D’après lui, contrairement aux autres maisons déjà construites par d’autres organisations, celles-ci sont en bon état et durables. « Nous disons merci. Mais, nous demandons de le faire pour tous les réfugiés. En effet, notre site se trouve dans une zone à risque d’inondations. » Il demande également que les caniveaux d’évacuation d’eau soient bien aménagés.

Selon les données du PAM, le camp des réfugiés (Musenyi I et II) compte 20 mille réfugiés dont 9 mille enfants.

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