Son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Après ses études secondaires, il se rend en effet à Bujumbura dans l’espoir de trouver du travail. Il exerce alors comme aide-maçon dans le secteur de la construction, une expérience qui ne lui apporte pas les résultats espérés.
Cette période lui permet néanmoins de réfléchir à son avenir professionnel. Pour lui, l’autonomie passe par la maîtrise d’un métier et la possibilité de travailler à son propre compte.
En 2014, il décide alors de poursuivre ses études à l’Université polytechnique de Gitega où il se forme en électricité domestique et semi-industrielle pendant deux ans. Cette formation constitue une étape importante dans son parcours et lui permet d’acquérir des connaissances techniques qu’il mettra ensuite à profit dans la conception des machines.
En 2023, il s’associe à d’autres jeunes de Gitega pour créer Development Technology, une structure installée au quartier Nyabututsi et spécialisée dans la fabrication de différents équipements utiles aux activités agricoles et à d’autres secteurs.
Des innovations au service des agriculteurs
L’intérêt de Jean-Bosco Ndayizeye pour les solutions techniques répondant aux besoins de la population se manifeste notamment en 2020. Avec d’autres jeunes, il participe à la fabrication d’une machine d’irrigation agricole qui fonctionne sans électricité ni carburant.
Selon lui, le dispositif utilise la force du courant d’eau pour pomper l’eau des cours d’eau vers les champs. Une innovation qui peut faciliter l’irrigation des cultures, particulièrement pendant la saison sèche.
Mais, les besoins des agriculteurs ne se limitent pas à l’arrosage des champs. Pendant les grandes récoltes de maïs, les producteurs doivent également faire face aux difficultés liées au décorticage des grains. Constatant l’importance des quantités récoltées et les efforts nécessaires pour séparer les grains des épis, le jeune Ndayizeye et ses collaborateurs décident de concevoir une décortiqueuse.
Leur travail attire l’attention d’un multiplicateur de semences de maïs dont la récolte par saison atteint cent tonnes. Alors qu’il envisageait de commander une décortiqueuse en Chine, celui-ci se tourne finalement vers D-Techno.
La fabrication de cette machine n’a pas été facile, reconnaît le jeune ingénieur. Mais, le résultat est satisfaisant. « La décortiqueuse conçue par notre association est performante dans la mesure où elle n’abîme pas les grains », explique-t-il.
L’atelier accueille également des machines importées, notamment de Chine, pour des travaux d’amélioration. Selon lui, certaines de ces machines abîment les grains et nécessitent des modifications afin d’améliorer leurs performances.
Les innovations de D-Techno ont aussi bénéficié d’un encouragement financier. Dans le cadre de la journée Inkerebutsi Day, l’association a en effet reçu une enveloppe de 20 millions BIF.
Pour répondre aux besoins des agriculteurs et des éleveurs, les jeunes ingénieurs ont également conçu une machine qui permet à la fois de moudre les aliments destinés au bétail et de couper les herbes. Au lieu d’acquérir deux équipements distincts, les utilisateurs peuvent ainsi disposer d’une seule machine capable d’effectuer les deux opérations.
Le travail de l’association dans le domaine de la ferronnerie lui a par ailleurs valu la visite du président de la République qui a salué, selon les informations recueillies, ses réalisations dans le travail du fer et la valorisation du minerai.
Des bénéficiaires témoignent
À Nyabututsi, les activités de D-Techno sont appréciées par plusieurs habitants, qui soulignent les changements apportés par les machines dans leurs activités quotidiennes.
Micheline Kanyana, habitante du quartier, dans le secteur communément appelé « Kuri Plage », estime que l’installation de Ndayizeye et de ses collaborateurs constitue un exemple encourageant. Elle apprécie particulièrement le fait que cette initiative offre aux jeunes des possibilités de travail.
Pour elle, les machines fabriquées dans cet atelier contribuent au développement du pays. Elle cite notamment la décortiqueuse de maïs qui a permis de réduire considérablement la pénibilité d’un travail autrefois accompli manuellement. « Les enfants souffraient beaucoup au moment de décortiquer le maïs. Pour 100 kg, ils pouvaient passer deux semaines à travailler. Le maïs leur laissait des ampoules aux mains. Maintenant, avec la machine, c’est devenu une petite affaire », témoigne-t-elle.
Un autre habitant met en avant l’utilité de la machine d’irrigation. Selon lui, cet équipement permet de faire monter l’eau jusqu’aux champs situés en hauteur, offrant ainsi de nouvelles possibilités aux cultivateurs pendant la saison sèche.
De son côté, Géraldine Nduwimana souligne l’apport des machines de D-Techno à l’élevage. Elle explique que les aliments pour bétail moulus grâce à ces équipements contribuent à améliorer l’alimentation des animaux.
L’intérêt de ces innovations se mesure également à travers les économies de temps et d’argent qu’elles permettent de réaliser.
Godefroid Gaciyubwenge, économe adjoint de l’ETSA de Gitega, parle des avantages de la décortiqueuse utilisée dans son établissement. « Quatre tonnes de maïs nous prenaient deux mois de travail et nous coûtaient jusqu’à 800 000 BIF. Maintenant, la décortiqueuse s’en occupe en seulement deux heures, pour une somme de 300 000 BIF », explique-t-il.
Il rappelle qu’auparavant, une quinzaine de travailleurs pouvaient être mobilisés pour décortiquer le maïs manuellement. Ils devaient parfois utiliser des bâtons pour séparer les grains des épis, une méthode qui risquait de les abîmer.
Grâce à la machine, cette opération est désormais beaucoup plus rapide et moins coûteuse, selon son témoignage.
Rendre les machines accessibles et ouvrir davantage des portes aux femmes

Malgré ces réalisations, Jean-Bosco Ndayizeye sait que la disponibilité et l’accessibilité des machines restent des enjeux importants. La conception des équipements se poursuit tandis que l’association envisage de faciliter leur acquisition par les agriculteurs et les éleveurs.
Il explique que des mécanismes de paiement à crédit ou par tranches sont envisagés afin de tenir compte des moyens financiers des clients.
L’ouverture de l’atelier aux femmes constitue un autre objectif affiché par le jeune ingénieur. Selon lui, le secteur de la fabrication des machines ne devrait pas être réservé aux seuls hommes.
Des appels à candidatures sont en cours pour permettre aux femmes de postuler et de rejoindre l’équipe. M. Ndayizeye estime qu’il n’est pas normal qu’une usine comptant quarante employés soit exclusivement composée d’hommes.
Cette volonté d’élargir les possibilités d’emploi s’inscrit dans une ambition plus large : faire de D-Techno un espace où les jeunes peuvent acquérir des compétences, développer leurs idées et participer à la création de richesses.
Un appui de l’administration locale
Les perspectives de développement de l’association pourraient également être soutenues par les autorités locales.
Selon Jacques Nduwimana, administrateur de la commune Gitega, l’administration communale a promis deux hectares à l’association afin de lui permettre de travailler dans de meilleures conditions.
L’administrateur encourage les jeunes qui prennent des initiatives et contribuent au développement sans attendre l’aide de l’État uniquement. Il les invite à devenir des créateurs d’emplois plutôt que de rester uniquement en quête d’un travail.
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