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Les journalistes burundais veulent leur tribunal des pairs

Redynamiser, ressusciter, restaurer — les verbes choisis par les représentants des médias burundais, publics et privés, disent à eux seuls l’ampleur du chantier.

Réunis ce mercredi 25 mars, journalistes et partenaires ont exprimé d’une seule voix leur volonté de se doter enfin d’un véritable « tribunal des pairs », capable de constituer un rempart face aux nouvelles formes envahissantes de communication qui brouillent, chaque jour davantage, les frontières du métier.

Des engagements fermes ont été pris, des échéances fixées. Mais la démarche s’est inscrite dans un constat amer : un tel organe avait déjà vu le jour en octobre 2014 — l’Observatoire de la presse burundaise (OPB) — avant d’être emporté par la tourmente politico-sécuritaire de 2015.

Plusieurs tentatives de relance s’ensuivirent, toutes soldées par l’échec. Et pour cause : c’est le plus souvent le Conseil national de la Communication ou le ministère de la Communication qui prenait l’initiative de mobiliser les journalistes. Une démarche aussi paradoxale ne pouvait qu’éveiller la méfiance des principaux concernés.

Car un organe d’autorégulation ne peut prendre racine que s’il est une émanation authentique de la volonté des journalistes eux-mêmes — sans interférence, sans injonction d’en haut. Sa légitimité est à ce prix. Ses missions sont nobles : promouvoir la liberté de la presse, protéger les journalistes, veiller au respect de la déontologie et élever la qualité du journalisme par l’établissement de normes éthiques partagées.

Invité à prendre la parole, l’ancien chef d’État Sylvestre Ntibantunganya, qui fit ses premières armes à la RTNB avant de collaborer à L’Aube de la démocratie, a rappelé quelques vérités fondamentales. « Le métier que vous exercez est en crise. Quand il est bien exercé, il contribue à forger de bons citoyens. Mais nous avons assisté à des dérapages inacceptables — comme le fait d’inviter dans les studios des hommes en treillis pour annoncer leur projet ».

Son message tenait en une formule lapidaire : « Pensez au public, aux citoyens que vous servez. » Et une mise en garde : « Il faut faire du journalisme, pas de la communication ».

Plusieurs voix se sont jointes à cet appel — la directrice du CENAP, Libérate Nakimana, le chef de mission de La Benevolencija, et le ministère de la Communication, qui a salué dans cette démarche la volonté de promouvoir une presse à la fois libre et responsable. Quant au secrétaire exécutif du CNC, Chanel Sabimbona, il s’est réjoui d’une perspective qui soulagerait son institution : « Les flèches décochées envers nous seront amorties par cet organe. Nous ne nous occuperons que des cas graves. » Touchons du bois.

2 commentaires

  1. Faut-il y croire ou bien ce sont toujours les bonnes intentions qui se soldent souvent par un constat amer. c’est trop sérieux pour etre vrai ou du moins pour etre réalisé dans un très proches avenir!

  2. Cher Abbas
    « Tribunal des pairs  » , c’est beau tout cela , mais un tribunal des pairs pour quoi faire ? Parce que peut être on considère que le problème des média est certains journalistes qui auraient un contentieux avec les règles du métier ? Probablement pour certains d’entre eux car ils appartiennent au même que le notre! Mais je vous le dis en vérité le problème de la presse burundaise est surtout politique c’est le CNC , c’est la politique qui veut faire taire tout le monde en commençant par les hommes de la presse car elle sait que la voix de journalistes porte loin . En déclarant ce qu’il fait M. Ntibantunganya parle en tant que politique ca fait longtemps qu’il a changé de casquette , sa parole ne me dit strictement rien.

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