Samedi 31 juillet 2021

Politique

Le dépassement devra passer par la case dialogue

18/06/2021 9
Le dépassement devra passer par la case dialogue

Lors de son discours d’investiture, jeudi 18 juin 2020, le nouveau locataire de Ntare House a asséné sa conception de l’opposition : « Je ne veux plus entendre parler de partis de l’opposition au Burundi. Si tu n’es pas du même avis que le gouvernement burundais, avec quel Etat vas-tu être du même avis ?»

Rebelote, dimanche 24 janvier. A l’issue du congrès national extraordinaire, organisé dans la capitale politique, au cours duquel Révérien Ndikuriyo, l’ancien président du Sénat, est élu secrétaire général du Cndd-Fdd, le chef de l’Etat a semblé faire l’amalgame entre palabre et débat, le carburant du pluralisme politique qui reconnaît et accepte la diversité des opinions et de leurs représentants : « Comme ils sont là, je profite de l’occasion pour leur demander d’avoir un œil vigilant, soyez de bons observateurs, nous nous sommes engagés à servir la nation. […]. »
Un style contradictoire irrigue ce rapport problématique à la culture démocratique : les opposants ne doivent pas être considérés comme ‘’nos ennemis’’ tandis que son gouvernement s’enfonce dans la voie de la rupture radicale avec ceux qui refusent de lui faire le baisemain. 34 personnalités (acteurs politiques, militaires, activistes de la société civile, journalistes et avocats) accusées d’avoir trempé dans la tentative de putsch du 13 mai 2015 ont pris connaissance, mardi 2 février, du verdict rendu par la Cour suprême : une peine de prison à perpétuité et un dédommagement d’environ 10 milliards de BIF.

Le dépassement devrait aussi être érigé en concept-clé qualifiant l’action du gouvernement « responsable «  et « laborieux ». Ce serait le véritable visage de la cohésion sociale consistant à prendre en compte le regard de l’autre – opposant et défenseur des droits humains – dans le mode de gouvernance : reconnaître des rapports d’interdépendance et la nécessité d’établir des passerelles de dialogue. Ce faisant, l’exécutif passerait d’une rupture radicale à une rupture décisive pour le nécessaire retour de la paix durable qui ne peut être assurée par la seule absence de violence directe. Cette paix positive exige aux protagonistes de la crise de 2015 de s’asseoir autour d’une table pour penser les modalités d’un vivre-ensemble qui ne génère plus un esprit revanchard – terreau de la violence structurelle. Ou une méfiance aiguë de ceux qui restent sur leurs gardes, leurs esprits ayant quitté les rives de la sérénité.

Pour l’heure, le gouvernement, par l’instauration de la Journée nationale du patriotisme en date du 8 juin, impose l’idée d’un patriotisme exclusif, à mille lieues du « rendez-vous du donner et du recevoir ». Le président Ndayishimiye a enfoncé le clou en recourant à une expression biblique infamante et partant disqualifiante : « Ceux qui ne célèbrent pas Pierre Nkurunziza aujourd’hui sont des suppôts du diable.»

Entrer en contact avec un éventail plus large de personnes met nos préjugés à l’épreuve et stimule notre créativité. A contrario, s’obstiner à rester dans sa zone de confort où gravitent les membres de sa famille politique, les « tout ce qui vous agréera, sire» et les plus royalistes que le roi empêche de comprendre l’autre. Et, in fine, porte atteinte à la bonne santé de la société burundaise en la polarisant.

Une hauteur de vue consisterait à se placer au-delà d’une lecture partisane et ethnicisante se déclinant en vainqueur et en vaincu. En deçà de cette exigence éthique, la cohésion sociale est un concept qui sonne creux et la paix ressemble à un intervalle entre deux guerres.

Guibert Mbonimpa

Forum des lecteurs d'Iwacu

9 réactions
  1. Bavuga

    Le gâteau national est très petit. Les prétendants à ce gâteau sont nombreux. Alors la bataille pour accéder à ce gâteau a toujours existé, existe et existera toujours. Les chanceux qui parviennent à se tailler une bonne part, si pas léonine, reçoivent en même temps les honneurs qui vont avec et, bien entendu, les richesses matérielles. Voilà le paradis terrestre que nous recherchons par tous les moyens. Toutes les guerres civiles que notre pays a connues n’ont pour cause que cette lutte pour conquérir pouvoir et, par la suite, jouir du ”PARADIS TERRESTRE”. La haine, la discrimination, la déchirure du tissu social ne sont que des conséquences de cette bataille. Très souvent, nous oublions que nous avons, pour les plus costauds d’entre nous, qu’une centaine d’années à vivre sur cette terre. A cause de cette bataille pour le paradis terrrestre, nous risquons de perdre l’essentiel.

    Notre créateur nous a mis sur terre, non pas pour y accumuler des biens périssables mais pour avoir constamment les yeux tournés vers le paradis céleste qui lui est éternel. Quand notre vie sur cette terre prendra fin, nous serons surpris de retrouver dans l’autre monde, nos compatriotes et parmi eux ceux à qui nous aurons fait beaucoup de mal et que nous aurons probablement tué. C’est eux qui nous accueilleront. J’ai du mal à m’imaginer quelle sera notre honte à ce moment-là.

  2. Kibinakanwa

    L’histoire nous jugera.
    Et ce sera un amer jugement .
    On dirait que nous n’aporenons rien, rien du tout.
    Pauvre Burundi.
    Peuple meurtri

  3. Gacece

    « Une hauteur de vue consisterait à se placer au-delà d’une lecture partisane et ethnicisante se déclinant en vainqueur et en vaincu. En deçà de cette exigence éthique, la cohésion sociale est un concept qui sonne creux et la paix ressemble à un intervalle entre deux guerres. »

    C’est peut-être justement cela le problème… Vous auriez dû vous arrêter à ceci : « Une hauteur de vue consisterait à se placer au-delà d’une lecture partisane et ethnicisante ». À moins de nous démontrer qu’il y a eu des gens qui s’en sont vantés, vous conviendrez qu’on est en train de prêter des intentions avec cette « lecture ». Cette dernière est une opinion, pas plus. Parce que dans les faits observables à partir d’une hauteur de vue assez élevée, rien ne démontre une exclusion ou une discrimination motivées par une quelconque partisanerie ou par l’ethnie. C’est plutôt une interprétation que cetaines personnes font de ce qu’ils observent. Une telle perception a besoin d’être enrichie.

  4. JIGOU MATORE

    Guilbert Mbonimpa,

    Je m’incline: c’est très bien dit. Quand on s’enferme dans un cercle de ceux qui te ressemblent, tu développe une cécité. Celle-ci t’empêche de voir plus loin que la circonférence de l’enclos circulaire dans laquelle tu t’enfermes. Et pourtant au delà de la case, il y a des personnes qui peuvent vous aider à voir plus loin, loin très loin, pour le salut du peuple.

    • Kagayo

      Voilà un journaliste qui se cache derrière son métier pour faire avancer des agendas politiques cachés en plaidant pour des hors-la loi. L’opposition et la société civile pour lesquelles plaide monsieur Mbonimpa ont tué des personnes, détruit des biens publics et privés. Si passer l’éponge aux crimes sans que leurs auteurs en répondent devant la loi est le prix de la réconciliation, celle-ci peut bien attendre car elle n’en serait pas une. Le journaliste qui veut que ces crimes restent impunis s’inscrit exactement dans la logiques des bourreaux de 1972 qui ont tué, violé et volé impunément et qui ont toujours lutter pour que le temps enterre le passé qui pourtant refuse de passer. Il est donc clair que le billet est plutôt une mission commandée et qui risque de nuire à la réputation du journaliste et du journal iwacu. Le journaliste se fait porte parole d’une certaine categorie de personnes dont l’objectif est de noyer leurs tords dans la masse populaire afin d’y diluer leurs responsabilités pénales et sociétales: cela s’appelle ” tourner rn dérision les victimes” de la barbarie qui a endeuillé le Burundi depuis des décenies.
      Le contexte dans lequel le président de la République a parlé de l’opposition est bien connu: il en appelait au sens de responsabilité, une opposition construictive.
      Amitiés

  5. Albert Rugwe

    Bien vu
    Le Burundi est en train d’écrire une histoire du vainqueur et se dernier s’est toujours trompé sur son temps. Le drame dans tout cela est que demain va ressembler à hier quand les autres écrivaient leur histoire, un cercle vicieux en somme.
    J’ai écouté attentivement l’ homélie de Monseigneur Ntamwana où il prônait un dépassement de soi de nos dirigeants. Une parole d’un sage qui a compris effectivement que nous sommes tous malades de la haine et de la discrimination.
    Les dirigeants du Burundi d’aujourd’hui peuvent fermer les yeux, continuer à inviter les conférenciers et autres témoins via le sénat, la CVR pour écrire l’histoire qui leur plaise. Ils doivent savoir pourtant que c’est pour une courte période car, la réconciliation doit être nationale ou rien
    Rugwe

    • SAKUBU

      “Nous sommes tous malades de la haine et de la discrimination”: une globalisation et une projection tels sont les maux imprégnant la sphère mentale de certains Barundi qui tremblotent face à certaines réalités et vérités en train d’être exhumées. Si, Je, Moi, suis malade à un certain degré mentalement, je ne souffre pas ni de la haine, ni de la discrimination.
      “La réconciliation doit être nationale ou rien”: encore un caractère très cartésien très affirmé tout en ignorant que les déchirures très profondes du tissu social, les psychotraumatismes vécus cycliquement et transmis de génération en génération ont été des processus longs; de même, les processus de cicatrisation, de résilience, de réconciliation mettront du temps pour prendre forme et aboutir et ce, dans le temps et dans l’espace pourvu que les Barundi dans leur ensemble s’en approprient lentement mais sûrement indépendamment des retardataires, des grinceurs de dents, des marginaux, de ceux qui se reprochent de quelque chose dans les drames vécues par le peuple Barundi.

    • SAKUBU

      “nous sommes tous malades la haine et de la discrimination” une globalisation et une projection imprégnant la sphère mentale d’une petite clique de Barundi qui tremblotent face l’exhumation de certaines réalités et vérités. Si, Je, Moi, suis malade à un certain degré mentalement, je ne souffre pas, ni de la haine ni de la discrimination.
      “la réconciliation doit être nationale ou rien”: un caractère très cartésien très affirmé tout en ignorant que les déchirures du tissu social, les psychotraumatismes répétitifs et transmis de génération en génération ont été des processus inscrits dans le temps et dans l’espace; de même les processus de cicatrisation, de résilience et de réconciliation prendront forme progressivement dans le temps, lentement et sûrement pourvu que les Barundi dans leur ensemble s’en approprient indépendamment des retardataires, des récalcitrants ou de ceux qui se reprochent de quelque chose dans les drames vécus par le peuple Barundi.
      Je le rédige pour la deuxième fois sans être garanti qu’il sera publié.

      • Kagayo

        True. Il faut persister et rediger plusieurs fois car beaucoup de réactions ont été censurées sans explication. C’est aussi cela la conception du droit d’expression chez iwacu. Mon commentaire a été censuré.
        Courage
        Note du modérateur

        Vérifiez avant de porter des accusations ! Votre commentaire est publié. C’est une opinion, comme celle de Guibert Mbonimpa. Par contre, vous vous trompez: Guibert Mbonimpa n’est pas le porte-parole que vous décrivez !

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