Environnement

La désillusion chez les riverains de la Ntahangwa

Les travaux de stabilisation des berges de la principale rivière traversant Bujumbura avancent à pas de tortue. Avec la saison pluvieuse, l’espoir né chez les riverains avec leur lancement a vite cédé la place au désespoir.

A Kigobe, les travaux de stabilisation des berges de la Ntahangwa semblent au ralenti.

« Qu’ils arrêtent de se moquer de nous et de jouer avec notre vie! », lâche un habitant de Kigobe-Sud extension. Cet homme, quadragénaire, dit qu’il n’y a plus d’espoir que leurs maisons soient sauvées. « Comment peuvent-ils expliquer qu’après plus de deux mois de travaux, ils ne sont même pas parvenus à tracer un chemin pour l’eau ? ». Nos maisons sont en train de tomber l’une après l’autre, désespère-t-il, nous avions contracté des crédits avec l’assurance de l’urbanisme que nos parcelles seraient protégées.

Il dit douter de l’existence d’une étude sérieuse pour lancer ces travaux. «C’est tout simplement une façon de capter l’argent du contribuable. Rien n’est en train d’être fait.»

I.J., un jeune croisé sur place se montre déçu : « Vu l’ampleur des dégâts, une vingtaine d’ouvriers sans matériels peut-elle réaliser quelque chose de durable ? » A moins d’un miracle, la Ntahangwa va encore causer des dégâts, glisse-t-il avant de continuer son chemin.

Un autre riverain fulmine : « Si c’était moi le gestionnaire du pays, toutes ces autorités qui ont donné des parcelles à cet endroit devraient se retrouver en prison. » Et de lancer une pique assassine : « Même si les travaux piétinent ici, sûrement que les gagnants du marché sont en train de s’ériger des buildings quelque part. »

Le gouvernement tranquillise

Sur terrain, à quelques jours de la fin de la durée impartie à ces travaux, la situation est inquiétante. Seulement une vingtaine d’ouvriers s’active pour ériger des gabions. Les pluies du week-end ont déjà balayé tout ce qu’on avait annoncé comme nouveau chemin pour l’eau de la Ntahangwa.

Sans gants, sans brouettes, ni bottines, des ouvriers, dont la plupart viennent de Cibitoke, sont aussi à bout de souffle. « On ne fait que s’exécuter. On ne parviendra pas à sauver ces maisons. C’est peine perdue !», se désole un des ouvriers. Il assure que le matériel disponible est insuffisant.

Face aux lamentations, Célestin Ndayizeye, ministre de l’Environnement se veut rassurant : « Nous sommes en train d’approcher les 50% des travaux à effectuer et nous sommes en train de mobiliser toutes les forces pour pouvoir canaliser cette rivière.» Il reconnaît qu’il y a eu un problème de matériel et que certaines machines sont tombées en panne. Il fait savoir que les machines de l’armée avaient été sollicitées. Mais cette dernière avait programmé les jeux militaires de l’EAC. « Leurs machines n’ont donc pas été disponibles tout le temps.»

Toutefois, le ministre s’est voulu rassurant : « Nous espérons qu’avec le mois d’octobre, les travaux seront finis et les berges de la Ntahangwa stabilisées.» Ainsi, il appelle les riverains à planter des arbres, des bambous… au bord de cette rivière, dès la fin des travaux.

Signalons que ces travaux concernent également Mugoboka à Mutanga-Sud, zone Rohero, commune Mukaza. Néanmoins, aucune activité n’y est en cours.

Forum des lecteurs d'Iwacu

29 réactions
  1. Nahayo

    Abo ba géotechniciens made in Eagle ntibaguteshe umwanya ntibumva ivyo bazi barazi.

  2. Bakari

    @John
    Ces villes que vous citez ne sont pas immunisées contre des inondations…
    La nature reste un rouleau compresseur…

  3. Jac Sentore

    @Rurihose
    J’espère ko uzi iyo R’dam na A’dam ziherereye. Niyumvira ko uzi igihugu izi ville zikwirikira zirimwo; Boston, New-Jersey, Louisiane, Floride, etc… Sinon ntaye umwanya kukwishura.

  4. Yves

    @Ruhirose : certes, mais Amsterdam et Rotterdam ne se sont pas construites en un jour (l’urbanisme de ces villes a été “conçu” dès le début du Moyen-Âge). Encore récemment, les Pays-Bas on dût débloquer une somme gigantesque (20 milliards d’EUR sur 30 ans) pour rehausser leurs digues face à la montée du niveau des océans. On peut se battre contre la nature, oui, mais le coût en temps, en déploiement de savoir mais aussi en terme d’investissement financier est généralement considérable. Peut-on dès lors comparer la situation de ces villes à la problématique des riverains de la Ntahangwa ?

  5. John

    @ Congo, il est vrai que c’est une erreur d’avoir autorisé la construction des maisons dans le lit de la Ntahangwa. Pour le moment, l’urgence est de maîtriser ses berges pour empêcher que la rivière ne détruit les habitations riveraines. Ceci ne peut se faire que par des travaux de génie civile. C’est ce que j’ai dit et ça peut se faire. Peut être que ce qui manque pour le moment, ce sont les moyens. Je me souviens que déjà en 1967 quand le pont dit des “républicains ” allait s’écrouler, le ministre d’alors des TP, feu le Commandant Ndayahoze a fait effectuer des travaux de stabilisation de la rivière . À cette époque on n’avait que un ou deux ingénieurs pour tout le pays. Maintenant on en a peut-être 1000fois que ça.

  6. John

    La plupart des villes européennes sont construites au bord des fleuves. Ils ont stabilisé ces fleuves par des travaux de génie civile. Si la Seine, la Meuse, le Rhin, la Volga….etc peuvent être maîtrisés, je vois pas pourquoi la Ntahangwa ne le serait pas. Pourtant on a des ingénieurs, a l’exemple de Jac!

  7. SENYAMWIZA Jean Claude

    On est dirigé par une bande d’incapables. La seule chose que ces gens savent faire correctement c’est la prédation des deniers publics ainsi que la violence à l’encontre de ceux qui ne pensent pas comme eux pour le faire taire par la force… Triste Burundi. !

  8. Rurihose

    Cher Geothechinien,
    Namba wize école Fyondanthahe (Fondamentale).
    Quand vous dites “On ne se bat pas contre la nature”, vous proférez un slogan creux et ridicule.
    Rotterdam et Amsterdan ont été construits en repoussant la mer
    Ngejeje aho

  9. Jambo

    Les zones non constructibles concernent toutes les zones en bordure des eaux fluviales,lacustres,….C’est une question de bon sens et non de génie civil .

  10. Jambo

    John,
    Nawe ngaho jako utwereke ivyo wize.

  11. Jac Sentore

    @ John; iyo nyishu yawe ntayindi nyishu ikeneye!!!

  12. Congo

    @ john, le geotechnicien n a pas été explicite mais je crois que nous devons apprendre qu on ne peut pas ou plus s approcher de la Ntahangwa pour y ériger des maisons. Nos ingénieurs de l urbanisme qui ne pipent mot empochent les dessous de table et à nous les malheurs. Qui va dompter la Ntahangwa ? J espère me tromper.

  13. John

    @Jac, pour geotechnicien ivyo uvuze buteur isoni. Il est vrai que l’on ne se bat pas contre la nature mais on essaie de la contrôler notamment par des travaux de génie civile. Le lit et le cours de la Ntahangwa peube donc être maîtrisés par des travaux d’ingénierie. Subira ku masomo niba utaravyigishijwe.

  14. Jac Sentore

    Ncuti,
    Je suis “Géotéchnicien” de proféssion et de formation. Je suis “d’origine” burundaise; né et grandi à Buja. Mon conseil aux propriètaires de cette zone est que; au lieu de perdre votre temps et votre énérgie dans des discussions inutiles; sauvez-vous avant que ces maisons vous tombent déssus! Personne au monde peut “téchniquement” vous aider sauf un menteur. On se bat pas contre la nature!!!

  15. Yves

    @Bakari : les membres de l’exécutif burundais représentent, de ce point de vue, un échantillon très révélateur de l’exactitude de votre théorie !

  16. KABADUGARITSE

    Uwutira ibikoresho vyo gukora chantier yiwe nico kimwe n’uwutira isuka impeshi igeze.-

  17. Dora kabingo

    @ Pablo moses
    Non Il ne faut surtout pas accepter le retour des colonisateurs : ils ont trop d’idées, trop d’argent , trop de moyens . On veut vivre comme au 15 e siècle , C’est bon pour le moral , nous serons tous nus dehors comme dedans.

  18. Bakari

    @Rurihose
    Faites gaffe car la médiocrité est contagieuse et pas nécessairement héréditaire!

  19. Duhendwatubona

    @Pablo moses
    Abo bazungu batangan ibifaranga kuri gusa bari he nanje bankampa dukeyi? Jewe abo twama duhura ubasavye n’imeya baba birutse!

  20. Meurlsaut

    @Pablo moses
    Il faut plutôt “fermer portes et fenêtres pour barrer l’entrée aux néo-coloniastes occidentaux” c’est le prix à payer pour la défense de la souveraineté burundaise dixit Gacece!

  21. magufuri

    @ Pablo moses
    Abazungu bahe ? Les Français, les Belges ? La France, la Belgique, l’Union européenne et les USA sont tous en faillite alors que notre sous-sol est riche de terres rares, de nickel…et que bientôt nous seront le Singapour de l’EAC. …Oye! Oye! …Oye ! Oye!

  22. Rurihose

    Yves, mon cher Yves.
    Nous n’avons que nos larmes à verser.
    Quelle médiocrité

  23. Yves

    Article instructif. Pas parce qu’il indique que plus rien ne fonctionne correctement au Burundi (secret de polichinelle) mais plutôt parce qu’il est révélateur des priorités calamiteuses posées par certains membres de l’exécutif. On apprend ainsi qu’entre la survie des riverains de la Ntahangwa et la volonté de paraitre beau aux jeux militaires de l’EAC, la priorité a été donnée … aux jeux militaires. Brillant, n’est-il pas ?

  24. Yves

    @Barancira : vous inversez la causalité. Personnellement, entre l’escroc (les agents de l’Etat qui ont indûment délivré des autorisations) et les escroqués (les riverains), il me paraît logique d’incriminer l’escroc (celui d’où provient le problème) plutôt que l’escroqué (victime des agissements du premier), quand bien même celui-ci aurait fait preuve de naïveté.

  25. bados

    Mutama Habwawihe Pierre Claver, tugeze habi tuzohava twemera N´AHO kabisa, erega muta ” Indya y´umugayo irya umugabo “

  26. MBAZA

    Il est où le directeur général de l’urbanisme ?

  27. Habwawihe Pierre Claver

    Imana yitwa “S’AHO” iratubona. Nta bwenge dukeneye. Nta mafaranga adutwara ukwikukira kwacu dukeneye. N’izo mashini Imana izoziduha vuba cane. Imbere ni heza. Abo bakurikira Imana yitwa “N’AHO” bazohera nk ifu y’imijira. Ni banka dushire mu migere mumasha abairi tuzoba twibohoye.

  28. BARANCIRA

    Les conséquences devraient être assumées d’ABORD, par ceux qui se sont permi de construire à moins de 50 m du lit de la rivière stipulé par le code de l’eau. Quand le vin a été tiré, il faut être prêt à le boire jusqu’à la lie.
    ENSUITE, les agents de l’Etat qui ont signé sur les autorisations de bâtir.

    Il est temps, si ce n’est pas tard, qu’on apprenne que respecter la loi et la faire respecter , c’est se proteger soi-même

  29. Pablo moses

    Acceptez de négocier , abazungu baduhe amafaranga dukore aho hantu mwabantu mwe !!!!!

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